Une étude japonaise récente révèle qu’une habitude alimentaire simple pourrait réduire significativement le risque de démence chez les personnes âgées. Selon Futura Sciences, des chercheurs ont observé que la consommation hebdomadaire de fromage était associée à une baisse de 24 % du risque de développer une démence sur une période de trois ans.

Ce qu'il faut retenir

  • Réduction du risque de 24 % : les seniors japonais consommant du fromage au moins une fois par semaine présentaient un risque réduit de démence par rapport à ceux n’en mangeant jamais, selon une étude publiée en octobre 2025 dans Nutrients.
  • Une cohorte de 7 914 participants : l’étude, menée entre 2019 et 2022 dans le cadre du programme JAGES, a suivi des personnes âgées de 65 ans ou plus vivant à domicile.
  • Mécanismes biologiques possibles : le fromage contient de la vitamine K2, des peptides bioactifs anti-inflammatoires et des probiotiques, qui pourraient jouer un rôle protecteur sur le cerveau.
  • Limites de l’étude : les données génétiques (comme le gène APOE ε4) et une mesure unique de la consommation alimentaire réduisent la portée des résultats.
  • Un contexte démographique critique : le Japon, pays le plus vieillissant au monde, compte déjà 12,3 % de sa population de plus de 65 ans atteinte de démence.

Publiée en octobre 2025 dans la revue scientifique Nutrients, cette étude japonaise, menée par des chercheurs du Centre national de gériatrie du Japon, de l’université de Niimi et de l’université de Chiba, s’inscrit dans un contexte mondial alarmant. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 50 millions de personnes sont actuellement touchées par la démence à travers le planète, un chiffre qui pourrait tripler d’ici à 2050 en l’absence de traitement curatif.

Pour les auteurs de l’étude, cette piste alimentaire représente une avancée majeure, alors que les mécanismes de la démence restent en grande partie incompris. « Face à l’absence de solutions thérapeutiques définitives, identifier des facteurs de prévention accessibles devient une priorité absolue en santé publique », explique l’un des coauteurs, cité par Futura Sciences. La consommation de fromage, un produit abordable et largement disponible, pourrait ainsi offrir une protection supplémentaire, en complément des recommandations classiques.

Une étude rigoureuse sur un échantillon représentatif

Les chercheurs ont analysé les données de 7 914 seniors japonais âgés de 65 ans ou plus, tous vivant à domicile entre 2019 et 2022. Les participants ont été répartis en deux groupes : ceux consommant du fromage au moins une fois par semaine, et ceux n’en mangeant jamais. Pour éviter tout biais, les scientifiques ont utilisé une méthode statistique appelée propensity score matching, qui permet de neutraliser l’influence de variables comme l’âge, le sexe, les revenus ou l’état de santé déclaré.

Les résultats sont sans ambiguïté : sur les trois années de suivi, 134 consommateurs de fromage (soit 3,4 % des participants) ont développé une démence, contre 176 non-consommateurs (4,5 %). Cette différence représente une réduction de 24 % du risque relatif pour le groupe consommateur. Même après ajustement pour les habitudes alimentaires globales, l’effet reste significatif, avec une baisse de 21 % du risque.

« Le fromage n’est pas simplement un marqueur d’une alimentation saine, précise l’un des chercheurs. Nos analyses montrent qu’il exerce un effet protecteur propre, indépendant des autres composantes du régime alimentaire. » Cette observation ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche en neurosciences et en nutrition.

Des mécanismes biologiques encore partiellement élucidés

Plusieurs hypothèses pourraient expliquer ce lien entre consommation de fromage et réduction du risque de démence. Le fromage est une source naturelle de vitamine K2, un nutriment liposoluble qui régule la calcification des vaisseaux sanguins. Or, l’hypertension et l’athérosclérose, deux facteurs aggravant le risque de démence vasculaire, sont directement liées à la santé des artères. « Protéger le système cardiovasculaire, c’est aussi protéger le cerveau », souligne un spécialiste en gériatrie.

Autre piste : les peptides bioactifs, libérés lors de la fermentation du fromage, possèdent des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes. Ces mécanismes sont centraux dans le déclin cognitif lié à l’âge. Certains fromages affinés, comme le camembert, contiennent également des probiotiques qui agissent sur l’axe intestin-cerveau, un lien de plus en plus documenté dans les pathologies neurodégénératives.

Reste que la majorité des participants (82,7 %) consommaient du fromage transformé, moins riche en probiotiques que les fromages affinés. Seuls 7,8 % mangeaient des fromages à moisissures blanches. « Les bénéfices observés pourraient donc reposer sur des effets combinés, encore partiellement identifiés », tempèrent les auteurs. D’autres recherches seront nécessaires pour affiner ces conclusions.

Un potentiel à nuancer, mais prometteur

Malgré des résultats encourageants, l’étude présente plusieurs limites qui invitent à la prudence. D’abord, la consommation de fromage n’a été mesurée qu’une seule fois au début de l’étude, sans quantification précise des quantités ingérées. Ensuite, les diagnostics de démence reposent sur des fichiers administratifs d’assurance dépendance, et non sur des examens cliniques approfondis. Enfin, des données génétiques essentielles, comme la présence du gène APOE ε4 – un facteur de risque majeur de la maladie d’Alzheimer –, n’ont pas été prises en compte.

Autre réserve de taille : les Japonais consomment en moyenne seulement 2,7 kg de fromage par an et par personne, contre plus de 25 kg en France ou en Europe. « Transposer ces résultats à d’autres populations nécessite des études complémentaires », admettent les chercheurs. Pour l’heure, il est donc prématuré d’affirmer qu’un régime à base de fromage prévient la démence chez tous les seniors.

Pour autant, cette étude s’ajoute à un corpus croissant de recherches soulignant l’importance de l’alimentation dans la prévention des maladies neurodégénératives. L’OMS, dans ses recommandations sur la démence, classe d’ailleurs l’alimentation parmi les leviers modifiables les plus prometteurs, aux côtés de l’activité physique et du contrôle des facteurs de risque cardiovasculaires.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pour les chercheurs consisteront à affiner ces résultats par des études longitudinales incluant des mesures répétées de la consommation alimentaire, des examens cliniques détaillés et une analyse des profils génétiques. Une transposition à d’autres populations, notamment européennes, pourrait également être envisagée, afin de valider l’effet protecteur du fromage dans des contextes de consommation plus élevés. Enfin, des essais cliniques pourraient tester l’impact d’une supplémentation en vitamine K2 ou en peptides bioactifs sur la santé cognitive des seniors.

En attendant, les auteurs de l’étude rappellent que leurs travaux ne doivent pas être interprétés comme un encouragement à une consommation excessive de fromage. Comme le souligne l’OMS, une alimentation équilibrée et variée reste la clé d’une bonne santé, y compris cérébrale. Une chose est sûre : cette piste mérite d’être explorée plus avant.

Les chercheurs n’ont pas identifié de type de fromage spécifique comme étant plus protecteur. Ils soulignent que la majorité des bénéfices observés pourraient provenir des effets combinés de la vitamine K2, des peptides bioactifs et des probiotiques, présents en plus grande quantité dans les fromages affinés. Cependant, l’étude ne permet pas de trancher définitivement sur ce point, faute de données suffisamment détaillées.