Plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles en France pourraient bientôt échapper à une source de contamination encore mal maîtrisée. Les boues issues des stations d’épuration, actuellement utilisées comme engrais par de nombreux agriculteurs, ne faisaient jusqu’à présent l’objet d’aucun contrôle obligatoire pour les PFAS (« substances per- et polyfluoroalkylées »), ces polluants dits « éternels » en raison de leur persistance dans l’environnement. Pourtant, leur épandage sur des parcelles destinées à la production alimentaire représente un risque avéré, comme le rappelle Ouest France.

Ce qu'il faut retenir

  • Les boues d’épuration utilisées comme engrais agricole ne subissaient aucun contrôle obligatoire pour les PFAS, des polluants persistants.
  • Ces substances, dites « éternelles », peuvent contaminer les denrées alimentaires via les sols traités.
  • Les boues sont épandues sur des milliers d’hectares en France, sans suivi sanitaire spécifique.
  • Un encadrement renforcé est désormais envisagé pour limiter les risques de contamination.

Des polluants « éternels » dans les champs français

Les PFAS sont des composés chimiques utilisés depuis des décennies dans de nombreux produits industriels et domestiques, des ustensiles de cuisine aux mousses anti-incendie. Leur particularité ? Ils ne se dégradent pas naturellement et s’accumulent dans les sols, les eaux et les organismes vivants. Ouest France souligne que ces substances représentent une « source de contamination possible » pour les denrées alimentaires, dès lors qu’elles sont présentes dans les boues épandues sur les terres agricoles. Autant dire que leur présence non régulée dans ces résidus de traitement des eaux usées posait un problème de santé publique.

Jusqu’ici, les boues issues des stations d’épuration échappaient à toute obligation de contrôle pour les PFAS. Résultat : des milliers d’hectares de cultures, parfois destinées à l’alimentation humaine ou animale, ont pu être exposés à ces polluants sans que personne ne le sache. « Les agriculteurs qui épandent ces boues ne peuvent pas connaître leur niveau de contamination », explique un expert cité par le quotidien. Ce manque de transparence concernait aussi bien les petites exploitations que les grandes surfaces céréalières.

Un changement de cap annoncé pour protéger les sols et les consommateurs

Face à ce vide réglementaire, les autorités sanitaires et environnementales réfléchissent désormais à un encadrement strict des boues d’épuration. Ouest France indique que des discussions sont en cours pour intégrer les PFAS dans les analyses obligatoires avant tout épandage. L’objectif ? Éviter que ces polluants ne se retrouvent dans la chaîne alimentaire via les sols traités. « Il est urgent de mettre en place des seuils maximaux admissibles pour ces substances », a déclaré un responsable de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) à la presse régionale. Cette mesure s’inscrirait dans le cadre plus large de la stratégie nationale contre les polluants éternels, lancée en 2022.

Côté agriculteurs, la nouvelle pourrait impacter les pratiques, surtout dans les régions où l’épandage de boues est courant. Certains exploitants, déjà sensibilisés aux enjeux environnementaux, pourraient devoir se tourner vers d’autres types d’amendements si les boues s’avèrent trop contaminées. « Cela va forcément complexifier la gestion des terres », confie un céréalier de Bretagne, interrogé par Ouest France. Mais pour les autorités, l’enjeu est trop important pour ne pas agir : « Protéger la qualité des sols, c’est protéger la santé des Français sur le long terme. »

Et maintenant ?

Un projet de décret devrait être soumis à consultation publique d’ici la fin de l’année 2026, avec une application envisagée au premier semestre 2027. Les professionnels du secteur agricole et les associations de défense de l’environnement seront consultés pour affiner les modalités de contrôle. En parallèle, des études complémentaires seront menées pour évaluer l’impact réel des PFAS dans les boues, notamment dans les zones où les épandages sont les plus fréquents. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer la diffusion de ces polluants persistants dans les écosystèmes.

En attendant, les consommateurs peuvent difficilement identifier les produits issus de terres traitées avec des boues contaminées. Une situation qui pourrait évoluer si les nouvelles règles aboutissent, mais qui illustre, une fois encore, les limites d’un système où les boues d’épuration sont à la fois un déchet et une ressource — sans toujours être suffisamment contrôlées.

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont des composés chimiques synthétiques utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméables et résistantes à la chaleur. Leur dangerosité tient à leur persistance dans l’environnement : ils ne se dégradent pas naturellement et s’accumulent dans les sols, les eaux et les organismes vivants. Plusieurs études ont montré leurs effets potentiels sur la santé humaine, comme des perturbations endocriniennes, des risques accrus de cancers ou des effets sur le développement fœtal. Leur surnom de « polluants éternels » vient justement de cette impossibilité de les éliminer une fois relâchés dans la nature.