Deux mois après l’entrée en vigueur des nouveaux contrôles biométriques aux frontières de l’espace Schengen, les voyageurs continuent de subir des files d’attente interminables et des procédures inégales. Selon Euronews FR, l’Union européenne admet désormais qu’il faudra entre un et deux ans pour que le système d’entrée/sortie (EES) soit pleinement opérationnel. Cette annonce, qualifiée de « très douloureuse » par le secteur du voyage, intervient alors que les dysfonctionnements persistent dans plusieurs pays, notamment en Espagne, au Portugal et en France.

Ce qu'il faut retenir

  • Le système d’entrée/sortie (EES) européen, lancé mi-avril 2026, reste instable malgré ses objectifs de modernisation des contrôles aux frontières.
  • Frontex estime que sa stabilisation complète prendra entre un et deux ans, en raison des difficultés liées à la collecte des données biométriques, notamment des empreintes digitales.
  • Les disparités entre les États membres dans la mise en œuvre du dispositif aggravent les problèmes, avec des files d’attente persistantes dans les aéroports des destinations touristiques majeures.
  • La Grèce, qui avait temporairement suspendu les contrôles pour les Britanniques, a rétabli ces procédures fin mai, sans justification officielle d’exemptions pour certaines nationalités.
  • Le secteur aérien et les associations de voyage alertent sur l’absence de flexibilité pour suspendre l’EES durant la haute saison estivale, malgré l’approche de l’été.

Un système en surchauffe dès ses premiers mois

Prévu pour remplacer les tampons manuels par des enregistrements biométriques automatisés, le système EES devait fluidifier les passages aux frontières de l’espace Schengen. Pourtant, deux mois après son déploiement, la réalité est tout autre. Selon les témoignages des voyageurs et des professionnels du secteur, les retards et les incohérences persistent dans plusieurs pays, transformant l’expérience des déplacements en un parcours du combattant. Les aéroports des grandes villes touristiques, comme Barcelone, Lisbonne ou Paris, figurent parmi les plus touchés par ces dysfonctionnements.

Uku Särekanno, directeur exécutif adjoint de Frontex, a reconnu lors d’un événement organisé par l’ABTA à Londres que

« la prise d’empreintes digitales des voyageurs non européens lors de leur première entrée dans l’espace Schengen est probablement l’élément le plus difficile du déploiement ».
Le responsable a souligné que la complexité réside notamment dans le premier enregistrement, étape cruciale mais souvent mal maîtrisée par les systèmes nationaux.

Des disparités nationales qui freinent l’harmonisation

Un des principaux obstacles à la stabilisation rapide de l’EES réside dans les approches divergentes adoptées par chaque État membre. Certains pays, mieux équipés en ressources humaines et technologiques, parviennent à appliquer les procédures avec plus d’efficacité. D’autres, en revanche, peinent à suivre le rythme imposé par Bruxelles. Särekanno a concédé que « certains s’en sortent plutôt bien et disposent de ressources dédiées pour suivre les procédures », tandis que « d’autres rencontrent encore des difficultés majeures ».

Ces différences de traitement entre les frontières créent une inégalité de fait pour les voyageurs, certains passant sans encombre alors que d’autres subissent des attentes de plusieurs heures. La Grèce avait temporairement adopté une position plus souple envers les citoyens britanniques, avant de revenir sur cette décision fin mai. À cette date, le ministère grec des Affaires étrangères a nié toute exemption officielle pour certaines nationalités, rappelant que « certaines nationalités sont temporairement exemptées de la procédure en question » ne figurait dans aucune communication.

Un secteur du voyage sous pression avant l’été

À quelques semaines du début de la haute saison touristique, les acteurs du voyage tirent la sonnette d’alarme. Mark Tanzer, directeur général de l’ABTA, a qualifié la perspective d’une stabilisation en deux ans de « très douloureuse » pour un secteur déjà fragilisé par des années de crise. Les compagnies aériennes et les agences de voyage craignent que ces retards ne dissuadent une partie des touristes, déjà inquiets des complications logistiques.

La situation est d’autant plus préoccupante que la Commission européenne a clairement indiqué qu’il n’était pas prévu d’assouplir temporairement les règles de l’EES, même durant les périodes de forte affluence. Cette rigidité contraste avec les demandes répétées des professionnels pour une flexibilité accrue, notamment en été où les flux de passagers sont multipliés. Tim Alderslade, directeur général d’Airlines UK, a résumé la situation en ces termes : « Je pense que nous avons encore du travail à faire ».

Quelles perspectives pour les prochains mois ?

Malgré les critiques, Frontex conserve un optimisme mesuré. Särekanno a indiqué espérer que la plupart des dysfonctionnements seront corrigés d’ici septembre 2026. « Nous faisons beaucoup d’efforts pour harmoniser les pratiques », a-t-il précisé, tout en reconnaissant que l’harmonisation complète prendra du temps. Pour les voyageurs, cela signifie que les désagréments pourraient s’atténuer progressivement, mais sans garantie d’un retour à la normale avant plusieurs mois.

En attendant, les États membres sont appelés à renforcer leurs moyens humains et techniques pour appliquer uniformément le règlement EES. La Commission européenne, de son côté, pourrait être amenée à revoir certains aspects du dispositif si les retards persistent et impactent significativement l’économie touristique. Pour l’heure, aucune date n’a été avancée pour une éventuelle révision des règles, laissant planer une incertitude sur l’évolution du système dans les prochains mois.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’évolution du système EES. Si les dysfonctionnements majeurs ne sont pas résolus d’ici septembre, comme l’espère Frontex, la Commission européenne pourrait être contrainte d’envisager des mesures temporaires, telles que la suspension partielle des contrôles biométriques durant les pics de fréquentation estivale. Les voyageurs sont donc invités à anticiper leurs déplacements et à se renseigner sur les procédures en vigueur dans leur pays de destination avant de se rendre à l’aéroport.

Reste à voir si ces ajustements seront suffisants pour éviter un nouveau fiasco logistique cet été. Une chose est sûre : le calendrier initial de modernisation des frontières européennes a pris un retard significatif, et ses conséquences sur le tourisme et les échanges au sein de l’UE restent à mesurer.

Selon les retours des voyageurs et des professionnels, les destinations touristiques majeures comme l’Espagne, le Portugal et la France connaissent les retards les plus importants. La Grèce, après une brève suspension des contrôles pour les Britanniques, a rétabli ces procédures fin mai sans justification officielle d’exemptions pour certaines nationalités.

D’après Uku Särekanno, directeur exécutif adjoint de Frontex, cette étape est « probablement l’élément le plus difficile » du déploiement car elle nécessite un équipement technique adapté et une formation des agents. Les erreurs lors du premier enregistrement entraînent des complications ultérieures, comme des demandes d’empreintes répétées, non prévues par le règlement EES.