Deux corps retrouvés sur l’île de Jeju, en Corée du Sud, ont conduit les autorités à rouvrir 298 affaires classées par un même officier de police. D’après Libération, ce dernier est désormais suspecté d’avoir volontairement étouffé des enquêtes et menti sur leur traitement.
Ce qu'il faut retenir
- Un policier sud-coréen est accusé d’avoir classé sans suite 298 affaires de disparitions sur l’île de Jeju.
- Deux corps ont été découverts, incitant les autorités à rouvrir ces dossiers initialement clos.
- L’officier est suspecté d’avoir menti sur le traitement de ces enquêtes et d’avoir falsifié des documents.
- Les familles des victimes pourraient demander réouverture de leurs dossiers dans les prochaines semaines.
L’île de Jeju, destination touristique prisée pour ses paysages volcaniques et ses plages, est désormais associée à une série de disparitions inexpliquées. Selon nos confrères de Libération, les investigations ont révélé que des affaires de disparitions ou de meurtres présumés avaient été closes sans suite par un même agent. La découverte de deux corps au cours des dernières semaines a poussé les autorités à réexaminer l’ensemble des 298 dossiers traités par cet officier entre 2018 et 2025.
Les premiers éléments de l’enquête interne, menés par la police nationale sud-coréenne, suggèrent que l’agent en question aurait non seulement classé ces affaires sans approfondir les investigations, mais aurait également falsifié des rapports pour justifier ces décisions. « Certains dossiers contenaient des incohérences flagrantes, comme des témoignages ignorés ou des preuves non exploitées », a déclaré un responsable du parquet de Jeju, cité par Libération. Les deux corps récemment découverts correspondent à des profils de victimes dont les disparitions avaient été initialement considérées comme non inquiétantes par les autorités locales.
Un schéma répétitif dans le traitement des affaires
Les documents saisis lors de la perquisition au domicile de l’officier révèlent un mode opératoire systématique. Dans de nombreux cas, les familles des disparus avaient signalé des comportements suspects de la part de la police locale, sans obtenir de réponses. « On nous a toujours répondu que les personnes étaient probablement parties volontairement », a témoigné un parent de victime, dont le frère a disparu en 2021. Les archives montrent que, dans au moins 40 % des affaires rouvertes, des éléments matériels (témoignages, vidéosurveillance, traces ADN) n’avaient pas été analysés ou avaient été écartés sans justification.
Les autorités sud-coréennes ont confirmé que l’enquête interne, lancée en août 2026, pourrait aboutir à des poursuites pénales contre l’officier. « Les preuves rassemblées indiquent une volonté délibérée de couvrir des faits graves », a affirmé un porte-parole du ministère de l’Intérieur à Séoul. Parallèlement, une commission indépendante a été mise en place pour réexaminer l’ensemble des dossiers clos depuis 2010 sur l’île de Jeju, une démarche qui pourrait concerner plus de 1 200 affaires.
Un impact sur la confiance des habitants et des touristes
L’affaire a suscité une vive émotion parmi les quelque 700 000 habitants de Jeju, où le tourisme représente près de 20 % du PIB local. Les associations de victimes dénoncent un « manque de transparence systémique » de la part des autorités. « Comment faire confiance à la police après cela ? », s’interroge une militante locale. Le gouvernement provincial a annoncé des mesures pour renforcer les contrôles dans les stations balnéaires et les zones isolées de l’île, où plusieurs disparitions avaient eu lieu.
Côté touristique, les voyagistes interrogés par Libération assurent que les réservations n’ont pas encore été affectées. « Les clients demandent surtout des garanties sur la sécurité, mais aucun report massif n’a été enregistré », précise une agence basée à Séoul. Pourtant, les autorités locales ont décidé de renforcer les patrouilles nocturnes et d’installer des bornes d’urgence dans les zones les plus reculées de l’île.
Pour l’instant, la police nationale a suspendu l’officier de ses fonctions et l’a placé en garde à vue préventive. Les syndicats policiers ont appelé à éviter toute « stigmatisation hâtive » de l’ensemble des forces de l’ordre, tout en reconnaissant la gravité des accusations portées.
Les familles peuvent demander la réouverture de leurs dossiers via une procédure accélérée. Une commission indépendante, composée d’enquêteurs et de magistrats, a été créée pour réexaminer l’ensemble des affaires classées depuis 2010. Les premières auditions sont prévues pour octobre 2026.