La Corée du Sud frappe fort dans la course mondiale à l’intelligence artificielle. Selon Capital, le gouvernement sud-coréen a dévoilé ce lundi 29 juin un ambitieux plan d’investissement de plus de 1 000 milliards d’euros sur dix ans. Ce projet, qui s’élève à 1 800 millions de milliards de wons, représente près de deux fois le produit intérieur brut (PIB) nominal de la Corée du Sud en 2025. Avec ce programme, Séoul entend renforcer sa position de leader dans les semi-conducteurs et l’IA, tout en diversifiant son industrie loin de la région historique de Séoul.

Ce qu'il faut retenir

  • Un investissement total de 1 800 millions de milliards de wons (1 000 milliards d’euros) sur dix ans pour développer des usines de semi-conducteurs et des data centers dédiés à l’IA.
  • Quatre nouvelles usines de puces, dont deux par Samsung Electronics et deux par SK hynix, pour un premier volet de 800 000 milliards de wons.
  • La construction de data centers d’IA d’une puissance totale de 10 GW d’ici 2035, portant la capacité du pays à 18,4 GW.
  • Les infrastructures seront implantées dans la région du Honam, dans le sud-ouest du pays, pour établir une « deuxième base de production » après Séoul.
  • Ce plan dépasse les précédents méga-investissements annoncés par Samsung (450 000 milliards de wons) et Hyundai Motor (125 000 milliards de wons) en 2025.

Quatre usines de puces et des milliards d’euros d’investissements

Le volet le plus concret de ce plan concerne la construction de quatre nouvelles usines de semi-conducteurs. Selon les déclarations du ministre de l’Industrie, Kim Jung-kwan, deux seront réalisées par Samsung Electronics, et deux par SK hynix, leader mondial des mémoires DRAM. Ces infrastructures s’inscrivent dans un premier projet chiffré à 800 000 milliards de wons, soit environ 455 milliards d’euros. Le ministre a précisé que ces usines cibleront notamment les semi-conducteurs d’IA en périphérie, les mémoires de nouvelle génération et les composants pour la défense.

Ces investissements s’accompagnent d’une volonté de « conserver une position de leader écrasante sur le marché » des semi-conducteurs, a affirmé Kim Jung-kwan lors de la présentation officielle. Le ministère de l’Industrie a souligné que cette stratégie visait à « prendre les devants » sur les segments à plus forte croissance, comme les mémoires rapides et économes en énergie ou les puces destinées aux applications militaires.

Des data centers géants pour une puissance totale de 18,4 GW d’ici 2035

Le deuxième volet de ce plan concerne le développement massif de data centers dédiés à l’IA. Selon le ministre des Sciences, Bae Kyung-hoon, un investissement de 1 000 millions de milliards de wons (568 milliards d’euros) permettra de construire des centres d’une puissance cumulée de 10 GW d’ici 2035. Ce chiffre s’ajoutera à la capacité existante, portant le total sud-coréen à 18,4 GW. Ces infrastructures sont essentielles pour soutenir la croissance de l’IA, dont les besoins en calcul deviennent exponentiels.

Cette annonce marque le troisième méga-investissement dans l’IA en moins d’un an en Corée du Sud. Elle dépasse largement les engagements précédents de Samsung (450 000 milliards de wons) et de Hyundai Motor (125 000 milliards de wons) fin 2025. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la mobilisation du pays pour rester compétitif face aux États-Unis et à la Chine, principaux rivaux dans la course technologique.

Le Honam, une région stratégique mais sans écosystème établi

Pour implanter ces nouvelles infrastructures, le gouvernement a choisi la région du Honam, dans le sud-ouest du pays. Ce choix répond à une double logique : développer une « deuxième base de production » de semi-conducteurs, aujourd’hui concentrée autour de Séoul, et profiter des ressources en électricité renouvelable disponibles localement. Selon le ministère de l’Industrie, cette région offre un avantage en termes d’énergie verte, un critère de plus en plus important pour les entreprises du secteur.

Pourtant, ce pari comporte des risques. Comme le relève Lee Jong-hwan, professeur d’ingénierie des semi-conducteurs à l’université Sangmyung, « la région ne dispose actuellement d’aucun écosystème de semi-conducteurs ». Le principal défi sera de convaincre les travailleurs qualifiés et les fournisseurs de s’y installer, la plupart étant aujourd’hui concentrés autour de la région métropolitaine de Séoul. Pour contourner cet obstacle, les autorités ont promis de « réduire considérablement les délais d’obtention des permis et de construction » afin d’accélérer la mise en service des usines.

Une réflexion plus large sur la redistribution des profits de l’IA

Cette annonce intervient alors que la Corée du Sud débat de la manière dont les profits générés par le boom des semi-conducteurs pourraient être redistribués plus équitablement. Kim Yong-beom, secrétaire principal à la politique du président sud-coréen Lee Jae-myung, a évoqué en mai l’idée d’un « dividende national ». Selon lui, la Corée du Sud est en train de devenir une « économie de monopole technologique » qui profite des profits liés à l’IA, et il est nécessaire de financer des programmes sociaux en conséquence.

Parmi les pistes envisagées, il cite le soutien aux start-up destinées aux jeunes, des programmes de revenu de base pour les communautés rurales et de pêcheurs, ainsi qu’une aide aux artistes. « À l’ère de l’IA, les profits excédentaires sont structurellement voués à se concentrer entre les mains de quelques-uns », a déclaré Kim Jung-nam, professeur à l’Institut supérieur coréen des sciences et technologies. « Le pays qui saura répartir la richesse générée par l’IA fixera les normes mondiales en la matière. »

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront de la capacité des autorités sud-coréennes à surmonter les défis logistiques et humains posés par ce projet. La réduction des délais administratifs et l’attractivité de la région du Honam seront des tests décisifs. Par ailleurs, la mise en œuvre d’un « dividende national » pour redistribuer les profits de l’IA fera probablement l’objet de débats politiques intenses, alors que les élections présidentielles de 2027 approchent. Reste à voir si Séoul parviendra à concilier innovation technologique et équité sociale.

Ce plan ambitieux confirme la volonté de la Corée du Sud de jouer un rôle clé dans la révolution de l’IA. Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient autour des semi-conducteurs, notamment entre les États-Unis et la Chine, ce projet pourrait bien redessiner la carte mondiale de l’industrie high-tech. Pour l’instant, une question reste en suspens : ces investissements massifs suffiront-ils à maintenir l’avance technologique du pays face à ses concurrents ?

Le gouvernement sud-coréen a opté pour le Honam, dans le sud-ouest du pays, pour deux raisons principales : d’abord, développer une « deuxième base de production » de semi-conducteurs, aujourd’hui concentrée autour de Séoul ; ensuite, profiter des ressources en électricité renouvelable disponibles localement, un critère de plus en plus important pour les entreprises du secteur. Cependant, cette région ne dispose pas encore d’un écosystème industriel établi, ce qui pose un défi majeur pour attirer les talents et les fournisseurs.