Perchée à 92 mètres au-dessus de la rivière, l’ancienne structure ferroviaire des Rochers Noirs, en Corrèze, a retrouvé une seconde vie. Autrefois emprunté par un tramway reliant Tulle à Ussel, ce viaduc suspendu, l’un des cinq du genre encore debout dans le monde, est désormais accessible aux piétons et aux cyclistes. Un investissement de près de 10 millions d’euros a permis sa restauration complète, selon Franceinfo - Culture.

Ce projet, porté par le département de la Corrèze, a redonné à cet ouvrage d’art son éclat d’antan. Les suspensions, les maçonneries et l’ensemble de la structure ont été remis en état, offrant aux visiteurs une vue imprenable sur les paysages verdoyants de la Haute-Corrèze. « C’est impressionnant », confie une promeneuse, tandis qu’un cycliste s’exclame : « J’ai connu le viaduc avant la restauration. Aujourd’hui, c’est grandiose. C’est un bel ouvrage, c’est magnifique ce qu’ils ont fait. »

Ce qu'il faut retenir

  • Un viaduc suspendu à 92 mètres de hauteur, l’un des cinq du genre encore existants dans le monde.
  • Un investissement de 10 millions d’euros pour sa restauration complète par le département de la Corrèze.
  • Ouverture aux piétons et cyclistes depuis sa remise en état, mettant fin à près de 70 ans de fermeture totale.
  • Un tramway à vapeur reliait autrefois Tulle à Ussel jusqu’en 1959.
  • Le viaduc a servi de soutien logistique aux maquisards de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.

Un patrimoine ferroviaire sauvé de l’oubli

Inauguré en 1913 sous la présidence de Raymond Poincaré, le tramway corrézien, surnommé le « Transcorrézien », était le seul moyen de transport pour désenclaver les villages de la Haute-Corrèze. Il reliait la préfecture, Tulle, à Ussel, traversant ainsi des paysages escarpés où la construction d’un viaduc était indispensable. « Le président Poincaré a inauguré le transcorrézien », rappelle Franceinfo - Culture. Ce projet avait pour but de faciliter les déplacements dans une région alors difficile d’accès.

Le viaduc, avec ses murs de maçonnerie et ses suspensions métalliques, était un chef-d’œuvre d’ingénierie. Jean Geny, petit-fils d’un entrepreneur ayant participé à sa construction, en témoigne : « Il a construit tous les murs de maçonnerie. » Aujourd’hui, les vestiges de cette époque s’offrent aux regards des visiteurs, tandis que les souvenirs des anciens usagers, comme Roger Fraysse, resurgissent. Son père était chauffeur du tramway, reconnaissable à sa casquette arborant les initiales « TC » pour Tramway Corrézien.

Un symbole de résistance et de renaissance

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le tramway a joué un rôle discret mais crucial. Roger Fraysse, dont le père était chauffeur, évoque son utilisation par les maquisards : « Pendant tout ce temps-là, il y avait le maquis dans les bois, et le tramway servait pour ces gens qui se cachaient avec la mitraillette dans le pantalon. » Une page méconnue de l’histoire locale, où l’ouvrage est devenu un trait d’union entre les habitants et leur passé.

Après l’arrêt du tramway en 1959, le viaduc a été abandonné et laissé à l’abandon. La rouille a rongé ses structures, et il a été fermé à toute circulation pendant des décennies. Pourtant, son potentiel touristique et patrimonial n’a jamais vraiment disparu. Dans les années 2000, une poignée d’habitants de la région a milité pour sa restauration. Parmi eux, Daniel Raynal, un boulanger du village de Soursac, a décidé d’agir à sa manière. Depuis vingt ans, il confectionne des sablés décorés à l’effigie du viaduc. « On n’était qu’une poignée au départ et donc on voulait que tout le monde s’imprègne de l’importance de réparer ce pont », explique-t-il. « Je me suis dit, de mon côté, avec mon gâteau, je vais faire parler de ce viaduc. » Pari réussi : les sablés, vendus comme des petits pains, ont contribué à faire connaître l’ouvrage et à mobiliser les esprits.

Une restauration qui redonne vie à un territoire

La rénovation du viaduc des Rochers Noirs s’inscrit dans une dynamique plus large de valorisation du patrimoine ferroviaire en France. Avec seulement cinq viaducs suspendus de ce type encore debout dans le monde, celui de la Corrèze représente une pièce unique du patrimoine industriel. Le département a mobilisé des moyens importants pour redonner à l’ouvrage sa splendeur d’origine, tout en l’adaptant à une nouvelle fonction : celle d’un lieu de promenade et de découverte.

Pour les habitants, ce viaduc restauré est bien plus qu’un simple pont. Il incarne une mémoire collective et une fierté locale. « C’est un bel ouvrage, c’est magnifique ce qu’ils ont fait », s’enthousiasme un cycliste croisé sur place. Les visiteurs, qu’ils soient locaux ou touristes, peuvent désormais arpenter cette structure impressionnante, tout en découvrant l’histoire de la région. Un pont entre le passé et le présent, entre la mémoire des anciens et les rêves des nouvelles générations.

Et maintenant ?

Avec cette réouverture, le viaduc des Rochers Noirs pourrait devenir un site touristique majeur en Corrèze. Les autorités locales pourraient envisager des aménagements complémentaires, comme des panneaux informatifs ou des visites guidées, pour enrichir l’expérience des visiteurs. Une inauguration officielle, si elle n’a pas encore eu lieu, pourrait également être organisée dans les prochains mois pour marquer le coup. Reste à voir si ce projet suscitera de nouvelles vocations pour la préservation du patrimoine ferroviaire en France.

Pour l’heure, le viaduc des Rochers Noirs offre une escapade hors du temps, où l’on peut à la fois admirer un chef-d’œuvre d’ingénierie et plonger dans l’histoire mouvementée de la région.

Le viaduc est accessible au public toute l’année, mais les horaires peuvent varier selon la saison. Il est conseillé de se renseigner auprès de l’office de tourisme de la Corrèze pour obtenir les informations les plus récentes.

Oui, le viaduc est désormais ouvert aux piétons et aux cyclistes. Il offre une vue spectaculaire sur les paysages environnants, ce qui en fait une étape prisée pour les amateurs de vélo.