Selon BFM Business, la corruption sous le gouvernement de Viktor Orbán aurait coûté près de 168 milliards d’euros à la Hongrie en seize ans. Cette estimation, révélée par Ferenc Biró, président de l’Autorité hongroise d’intégrité, s’appuie sur des soupçons de détournement systémique et de surfacturation dans les marchés publics. Les déclarations de Biró, formulées lors d’une interview accordée à Politico et à Bloomberg, interviennent dans un contexte de tensions persistantes entre Budapest et Bruxelles sur les réformes anti-corruption.

Ce qu'il faut retenir

  • 168 milliards d’euros : c’est le montant estimé des pertes subies par la Hongrie entre 2010 et 2026, selon Ferenc Biró, chef de l’Autorité hongroise d’intégrité.
  • Trois entreprises ont capté la majorité des marchés publics hongrois, avec des surfacturations suspectes atteignant 3,5 milliards d’euros sur les quatre dernières années.
  • Le Premier ministre Peter Magyar, en poste depuis avril 2026, a engagé des réformes pour débloquer 16,4 milliards d’euros de fonds européens gelés sous Orbán, sous condition de lutte contre la corruption.
  • L’Autorité d’intégrité, créée en 2022 sous pression de l’UE, a été la cible de perquisitions en 2025 après avoir enquêté sur des dépenses publiques jugées suspectes.

Des soupçons de corruption à grande échelle sous le régime Orbán

Ferenc Biró, qui dirige l’Autorité hongroise d’intégrité depuis sa création en 2022, a tiré la sonnette d’alarme sur les pratiques de détournement présumées au sein de l’administration hongroise. Dans une interview accordée à Politico et relayée par Bloomberg, il a estimé que « des hommes politiques de haut niveau pourraient être poursuivis en justice » pour leur implication présumée dans ce système. Bien qu’il n’ait pas nommé Viktor Orbán ou ses proches, Biró a affirmé avoir identifié plusieurs affaires criminelles où des fonds publics auraient été détournés vers l’étranger.

Selon ses déclarations, trois entreprises auraient obtenu la majorité des marchés publics en Hongrie, avec des surfacturations massives. Entre 2022 et 2026, le gouvernement hongrois aurait versé près de 10 milliards d’euros à ces trois sociétés, dont les noms n’ont pas été divulgués. Biró a précisé que les prix facturés pour des biens et services étaient « plusieurs fois supérieurs à ceux du marché », évoquant des manipulations d’appels d’offres publics.

Un système de surfacturation estimé à 3,5 milliards d’euros

Le montant des surfacturations suspectes s’élèverait à 3,5 milliards d’euros, selon les estimations de l’Autorité hongroise d’intégrité. Ces pratiques, si elles sont confirmées, auraient permis à des responsables politiques et à des intermédiaires de s’enrichir illicitement tout en privant l’État hongrois de ressources essentielles. Biró a souligné que « la plupart des fonds détournés ont déjà quitté le pays », rendant leur récupération difficile sans une coopération judiciaire internationale renforcée.

Dans une interview accordée au collectif citoyen De! Akciokozosseg, Biró a expliqué que la corruption s’était aggravée en Hongrie en raison du « refus des autorités de lutter contre ce phénomène ». Il a ajouté que les perquisitions menées en 2025 au siège de l’Autorité d’intégrité et au domicile de certains de ses membres visaient à les intimider et à étouffer leurs investigations. Ces pressions avaient alors suscité des inquiétudes quant à l’indépendance de l’institution, créée dans le cadre des exigences européennes.

Un changement de cap avec le gouvernement Magyar

L’arrivée au pouvoir de Peter Magyar en avril 2026 marque un tournant dans la politique hongroise. Élu sur la promesse de combattre la corruption, le nouveau Premier ministre a conclu un accord avec l’Union européenne en mai 2026 pour débloquer 16,4 milliards d’euros de fonds européens gelés sous le régime Orbán. Cet accord est conditionné à la mise en œuvre de réformes structurelles, notamment le renforcement des pouvoirs de l’Autorité d’intégrité.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a salué cet accord, déclarant : « Nous nous sommes mis d’accord sur un cadre solide visant à garantir que la Hongrie s’attaque aux problèmes liés à la corruption et à l’État de droit. » Budapest s’est engagé à déposer cette semaine un projet de loi pour satisfaire aux critères européens, incluant une réduction de 40 % des revenus des députés afin de montrer l’exemple en matière de probité.

L’Autorité d’intégrité, une institution sous pression

Créée en 2022 sous la pression de Bruxelles, l’Autorité hongroise d’intégrité est chargée de contrôler l’utilisation des fonds européens et de lutter contre la fraude. Indépendante du gouvernement, elle a été la cible de mesures coercitives en 2025, lorsque ses enquêteurs ont commencé à examiner des dépenses publiques jugées suspectes. Selon Biró, les perquisitions visant son agence et son domicile avaient pour but de « l’intimider et de la contraindre à la démission ».

Malgré ces obstacles, l’Autorité a continué ses investigations et affirme aujourd’hui détenir des preuves de détournements massifs. Biró a indiqué que son équipe travaillait en collaboration avec des procureurs pour identifier les responsables et tenter de récupérer les fonds perdus. Il a cependant refusé de préciser si des poursuites étaient déjà en cours contre d’anciens membres du gouvernement Orbán.

Et maintenant ?

Le gouvernement Magyar dispose d’un délai de quelques semaines pour déposer le projet de loi anti-corruption promis à l’UE. Si ce texte est adopté dans les termes convenus, les 16,4 milliards d’euros bloqués depuis des années pourraient être débloqués d’ici l’automne 2026. Cependant, la crédibilité de ces réformes dépendra de leur application concrète et de la capacité des autorités hongroises à traduire en justice les responsables présumés de détournements. Une question reste en suspens : les enquêtes en cours aboutiront-elles à des inculpations, ou les soupçons de corruption resteront-ils impunis ?

Pour l’instant, Ferenc Biró et son équipe maintiennent la pression, affirmant détenir suffisamment d’éléments pour engager des poursuites. « Nous avons identifié plusieurs affaires criminelles où notre pays devrait être en mesure de récupérer ces fonds », a-t-il déclaré. Reste à savoir si la justice hongroise, traditionnellement sous influence politique, osera s’attaquer à d’anciens proches du pouvoir.

Le gouvernement de Peter Magyar doit déposer un projet de loi d’ici la fin juin 2026 pour renforcer les pouvoirs de l’Autorité d’intégrité et lutter contre la corruption. Si ce texte est adopté et satisfait la Commission européenne, les 16,4 milliards d’euros pourraient être débloqués d’ici l’automne 2026.

Les perquisitions ont eu lieu après que l’Autorité a commencé à enquêter sur des dépenses publiques jugées suspectes, notamment dans le domaine de la communication gouvernementale. Ferenc Biró a dénoncé une tentative d’intimidation visant à faire taire les enquêteurs.