Selon BFM - Politique, le Front de libération nationale corse – Union des combattants (FLNC-UC) a fait son retour médiatique après deux années de silence, en publiant une vidéo dans laquelle le groupe indépendantiste dénonce une « colonisation de peuplement » et menace explicitement les personnes originaires du continent. Ces déclarations interviennent alors que la Corse est au cœur d’un débat institutionnel majeur, avec l’examen au Parlement, le 2 juin 2026, d’un projet de loi constitutionnelle visant à renforcer l’autonomie de l’île. Une enquête préliminaire pour « apologie du terrorisme » a été ouverte par le parquet national antiterroriste à l’encontre de ce mouvement clandestin, dont la dernière apparition publique datait de 2024.

Ce qu'il faut retenir

  • Le FLNC-UC, groupe indépendantiste corse historique, a rompu son silence en publiant une vidéo menaçant les « étrangers » installés en Corse, selon BFM - Politique.
  • Une enquête préliminaire pour apologie du terrorisme a été ouverte par le parquet national antiterroriste contre ce mouvement.
  • Le groupe n’avait pas été vu publiquement depuis deux ans, avant cette intervention.
  • Les déclarations interviennent alors que le Parlement examine, depuis le 2 juin 2026, un projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse.
  • Le FLNC-UC dénonce dans sa vidéo une « colonisation de peuplement » et rejette la présence des non-Corses sur l’île.

Un mouvement indépendantiste historique qui resurgit

Le FLNC-UC, connu pour ses actions armées dans les années 1980 et 1990, avait officiellement déposé les armes en 2014. Le groupe réapparaît donc avec force, après deux ans d’invisibilité, pour s’opposer frontalement à ce qu’il qualifie de « colonisation » de l’île par des personnes issues de la France continentale. Dans un communiqué vidéo diffusé en ligne, ses représentants appellent à la vigilance et menacent les « étrangers » présents en Corse, selon les informations rapportées par BFM - Politique. Cette intervention coïncide avec une période de tensions accrues autour du statut institutionnel de l’île, alors que le gouvernement français tente de trouver un équilibre entre les revendications autonomistes et le maintien de l’ordre républicain.

La vidéo du FLNC-UC intervient également après plusieurs années de violences et de manifestations indépendantistes, notamment après la mort en prison d’Yvan Colonna en 2022, figure emblématique du nationalisme corse. Les tensions étaient alors montées d’un cran, avec des heurts entre militants et forces de l’ordre, ainsi que des attentats revendiqués par des groupes indépendantistes, dont le FLNC. Ces événements avaient conduit le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, à conditionner toute discussion sur l’autonomie à un retour au calme.

L’autonomie de la Corse au cœur du débat politique

La Corse est depuis des mois au centre d’un débat constitutionnel sans précédent. Le 28 mars 2024, l’Assemblée insulaire avait adopté un projet de loi visant à renforcer l’autonomie de l’île, avant qu’un accord ne soit trouvé entre les élus locaux et l’État en mars 2024. Ce texte, examiné depuis le 2 juin 2026 à l’Assemblée nationale, prévoit notamment un élargissement des compétences locales en matière de droit civil, d’éducation et de fiscalité. Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Intérieur, a salué en juillet 2025 un « texte de compromis » susceptible d’aboutir, tout en insistant sur la nécessité de préserver l’unité nationale.

Pour autant, cette réforme suscite des craintes chez certains responsables politiques, comme le député RN Julien Tanguy, qui s’interroge : « Après ce sera l’Alsace ? » en référence aux revendications autonomistes croissantes dans d’autres régions françaises. En Bretagne, le Front de libération de la Bretagne (FLB) a d’ailleurs demandé, dès mars 2022, l’organisation d’un référendum sur l’autonomie ou l’indépendance de la région, menaçant même d’actions violentes si Paris refusait d’y répondre. Autant dire que le débat dépasse désormais le cadre insulaire pour interroger l’organisation même de la République.

Violences et radicalisation : un contexte explosif

Le retour du FLNC-UC et ses menaces interviennent dans un contexte particulièrement tendu. En 2023, plusieurs attentats avaient été revendiqués par des groupes indépendantistes, dont 17 ayant visé des résidences secondaires, selon un communiqué du mouvement. Par ailleurs, des heurts avaient éclaté entre indépendantistes et forces de l’ordre lors de manifestations à Bastia et Ajaccio, notamment après la mort d’Yvan Colonna, dont l’agression en prison avait été qualifiée par Gérald Darmanin d’« acte terroriste » comparable à celui subi par Samuel Paty. Ces événements avaient conduit à des fermetures de mairies en signe de protestation, ainsi qu’à des incendies criminels revendiqués par des organisations indépendantistes.

La situation reste fragile, alors que le gouvernement tente de concilier dialogue politique et fermeté. En février 2024, Gérald Darmanin avait même reporté un déplacement en Corse « faute de conditions sereines », avant de se rendre sur l’île en mars 2024 pour un « point d’étape ». L’objectif affiché était de relancer les discussions institutionnelles, tout en rappelant que « l’ordre républicain doit être au rendez-vous » avant toute avancée. Pourtant, les violences continuent de ponctuer le débat, comme en témoignent les heurts survenus en mars 2024 à Ajaccio et Bastia lors de rassemblements en hommage à Yvan Colonna.

« On parle de l’avenir de la République. » – Citation issue d’un entretien avec un élu corse, rapporté par BFM - Politique en juin 2026, lors des discussions parlementaires sur le statut de la Corse.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes. Le Parlement doit examiner d’ici la fin de l’été 2026 les grandes lignes du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie corse. Si le texte est adopté, il devra ensuite être soumis à référendum local, une étape qui pourrait raviver les tensions sur l’île. Parallèlement, l’enquête préliminaire ouverte contre le FLNC-UC pourrait aboutir à des poursuites, tandis que les autorités maintiennent une surveillance accrue des mouvements indépendantistes. Enfin, la question de l’autonomie pourrait rebondir dans d’autres régions, comme la Bretagne, où les revendications gagnent en visibilité.

Reste à voir si le gouvernement parviendra à concilier fermeté contre les menaces indépendantistes et avancées concrètes en matière de décentralisation, dans un climat où la radicalisation et les divisions politiques risquent de s’exacerber.

Un enjeu qui dépasse la Corse

Au-delà des tensions locales, le dossier corse interroge la capacité de l’État à gérer des revendications autonomistes croissantes, alors que plusieurs territoires français, de la Bretagne à l’Alsace en passant par la Nouvelle-Calédonie, observent avec attention les évolutions institutionnelles en cours. Si le projet de loi constitutionnelle pour la Corse devait aboutir, il pourrait servir de modèle – ou au contraire, d’avertissement – pour d’autres régions aspirant à plus de compétences locales. La question dépasse donc largement le cadre insulaire : elle touche à l’équilibre même de la République et à sa capacité à intégrer des demandes d’autonomie sans fracturer l’unité nationale.

Enfin, la réapparition du FLNC-UC rappelle que les mouvements indépendantistes, bien qu’affaiblis depuis les années 1990, conservent une capacité de nuisance et une audience dans certaines franges de la population corse. Leur rhétorique, fondée sur la dénonciation d’une « colonisation » et l’exclusion des « étrangers », pourrait trouver un écho dans un contexte où le sentiment d’abandon économique et culturel persiste dans certaines zones de l’île. Autant dire que le chemin vers une solution apaisée s’annonce semé d’embûches.

Le projet de loi constitutionnelle, examiné depuis le 2 juin 2026, prévoit un élargissement des compétences de la Collectivité de Corse en matière de droit civil, d’éducation, de fiscalité et de gestion des ressources naturelles. Il vise également à renforcer la représentation de l’île dans les instances nationales et à adapter les lois françaises aux spécificités locales, dans un cadre qui reste à définir.

Le FLNC-UC dénonce ce qu’il qualifie de « colonisation de peuplement », accusant les non-Corses d’accaparer les ressources économiques et foncières de l’île. Cette rhétorique s’inscrit dans une logique nationaliste visant à préserver une identité corse perçue comme menacée par l’afflux de résidents continentaux ou étrangers, une thématique récurrente dans l’histoire des mouvements indépendantistes corses.