Le premier long-métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, Cotton Queen, sort en salles ce mercredi 5 août 2026. Tourné principalement en Égypte en raison de l’impossibilité de filmer au Soudan, où la guerre civile s’est intensifiée depuis 2003, le film mêle conte féministe et récit anticolonial à travers le parcours d’une adolescente soudanaise, rapporte Franceinfo - Culture.

Ce qu'il faut retenir

  • Un premier long-métrage de Suzannah Mirghani, réalisatrice soudano-russe, sorti le 5 août 2026.
  • Le tournage a dû se dérouler en Égypte, faute de stabilité politique au Soudan.
  • L’histoire suit Nafisa, une adolescente récoltant le coton dans un village du nord du Soudan, confrontée aux tensions entre tradition et modernité.
  • Le film aborde les thèmes de la souveraineté agricole, de la résistance féministe et de la néocolonisation économique.
  • Avec dans les rôles principaux Mihad Murtada (Nafisa), Rabha Mohamed Mahmoud (sa mère) et Talaat Farid (l’homme d’affaires).

Un projet né d’une double urgence : filmer malgré la guerre et porter une voix féminine

Selon Franceinfo - Culture, Suzannah Mirghani a dû quitter le Soudan adolescente, où sa famille a fui la guerre civile. Après des années de courts-métrages produits au Qatar, ce premier long-métrage marque un tournant. Le film est présenté comme une « utopie de lutte » par la réalisatrice, qui évite délibérément de situer précisément son récit dans le chaos politique actuel du pays. « Cotton Queen est à la fois un conte féministe et un cri de rage contre la colonisation libérale », explique-t-elle dans les colonnes de Franceinfo.

Le titre du film fait référence à l’histoire de la grand-mère de Nafisa, Al-Sit, surnommée « la reine du coton ». Propriétaire du dernier champ de coton pur du Soudan, celle-ci aurait résisté aux colons britanniques au XIXe siècle. Ce personnage, à la fois historique et mythique, sert de pont entre deux époques : celle de la colonisation et celle, actuelle, de la reconstruction nationale.

Nafisa, entre l’héritage d’Al-Sit et les menaces du néolibéralisme

Le scénario suit Nafisa, 17 ans, qui travaille aux côtés des autres adolescentes du village dans les champs de coton de sa grand-mère. Les scènes de récolte, baignées d’une lumière dorée, montrent une jeunesse insouciante, chantant et riant sous le soleil. Pourtant, Al-Sit impose à Nafisa une éducation stricte, exigeant d’elle une pureté à l’image de son coton. « Je veux que tu sois aussi pure que notre coton », lui répète-t-elle, selon les dialogues rapportés par la réalisatrice.

L’équilibre du village est menacé par l’arrivée de Nadir, un industriel britannique d’origine soudanaise venu proposer des graines de coton génétiquement modifiées. Si la mère de Nafisa y voit une opportunité matrimoniale, la jeune fille pressent le danger : cette modernisation imposée pourrait détruire les traditions locales et rendre les paysans dépendants de multinationales comme Monsanto. Un symbole, pour Mirghani, des nouvelles formes de colonisation économique.

Une réalisation visuelle et narrative au service d’un message politique

Visuellement, Cotton Queen séduit par ses grands plans sur les paysages du nord du Soudan : les champs à perte de vue, les rives du Nil, les villages endormis. La photographie, signée Frida Marzouk, crée une atmosphère à la fois poétique et tendue. L’interprétation de Mihad Murtada, dans son premier rôle au cinéma, apporte une fraîcheur et une intensité remarquables, incarnant à la perfection l’ambivalence de son personnage : à la fois rêveuse et combative.

Le film évite les écueils du mélodrame en ancrant son récit dans une quotidienneté réaliste. Les conflits familiaux, les non-dits entre Nafisa et sa mère, ou encore les tensions entre les générations sont traités avec une grande délicatesse. « Toutes les familles cachent des secrets, et les adultes se battent parfois pour leurs propres intérêts, ici au détriment de ceux de Nafisa », souligne la réalisatrice.

Une fresque féministe et anticoloniale aux accents contemporains

Au-delà de son intrigue locale, Cotton Queen s’inscrit dans un débat plus large sur la souveraineté alimentaire et la résistance des communautés rurales face aux géants de l’agro-industrie. Le personnage de Nadir, incarné par Talaat Farid, symbolise cette nouvelle forme de domination : celle d’un néolibéralisme qui impose des semences brevetées et des dépendances économiques, là où les colons britanniques avaient imposé leur loi par la force.

Le film interroge aussi la place des femmes dans ces sociétés en mutation. Al-Sit, figure mythique et autoritaire, représente une féminité de pouvoir, mais aussi de contrôle. Nafisa, en revanche, incarne une jeunesse en quête d’émancipation. « Elle se bat pour son indépendance, et celle de la richesse agricole de son pays », précise Mirghani. Le coton, ici, devient un symbole : à la fois ressource économique et marqueur identitaire.

Et maintenant ?

La sortie de Cotton Queen intervient dans un contexte où le cinéma africain, et plus largement arabe, connaît un regain d’intérêt en Europe. Plusieurs festivals, dont ceux de Cannes et de Berlin, ont déjà réservé des séances spéciales pour ce film. La réalisatrice espère que son œuvre contribuera à mettre en lumière les défis des sociétés postcoloniales, mais aussi leur résilience. Reste à voir si le public français, habitué aux récits plus classiques, s’emparera de cette proposition audacieuse, portée par une équipe internationale et une distribution majoritairement soudanaise.

Produit par Strange Bird et distribué en France par Wayna Pitch, Cotton Queen s’impose comme une œuvre majeure pour comprendre les enjeux contemporains du Soudan et de l’Afrique. Son approche, à la fois esthétique et politique, en fait un film à part dans le paysage cinématographique actuel.

Selon Franceinfo - Culture, le Soudan est déchiré depuis 2003 par un conflit civil devenu guerre d’anéantissement. Après une brève période d’espoir en 2019 avec la révolution populaire, le pays a basculé à nouveau dans la violence. L’industrie créative soudanaise, en pleine résurgence en 2019-2023, a dû s’adapter à cette instabilité chronique. La réalisatrice Suzannah Mirghani a donc opté pour l’Égypte, pays voisin offrant une proximité géographique, culturelle et une importante communauté soudanaise exilée.

Le film aborde quatre thèmes centraux : la souveraineté agricole du Soudan face aux multinationales, la résistance féminine à travers le personnage d’Al-Sit et de Nafisa, la lutte contre les nouvelles formes de colonisation économique (symbolisées par le coton génétiquement modifié), et enfin l’émancipation des jeunes générations dans un contexte de traditions rigides. Tous ces éléments sont traités à travers un prisme féministe et anticolonial, selon les analyses de Franceinfo - Culture.