Coton, héritage colonial et résistance : tel est le triptyque au cœur du film « Cotton Queen », réalisé par la Soudanaise Suzannah Mirghani, qui sort en France le 5 août 2026, selon Courrier International. Le long-métrage met en lumière la vie de deux femmes, Nafisa et sa grand-mère Al-Sit, dans un village reculé du Soudan où la culture du coton reste une tradition ancestrale.
Ce qu'il faut retenir
- Le film « Cotton Queen » sort en France le 5 août 2026, selon Courrier International.
- Il met en scène deux femmes, Nafisa et sa grand-mère Al-Sit, dans un village soudanaise où la culture du coton est une tradition.
- L’intrigue explore la transmission intergénérationnelle face à la menace des graines génétiquement modifiées, importées par un entrepreneur britannico-soudanais.
- Le projet a été perturbé par la guerre civile au Soudan, déclenchée en 2023, empêchant le tournage initialement prévu dans le pays.
- Suzannah Mirghani, réalisatrice et historienne à l’université Georgetown au Qatar, s’est inspirée de ses recherches pour ce film.
Avec une sensibilité rare, Mirghani dépeint une relation mère-petite-fille tissée de tendresse et de résilience. Al-Sit, interprétée par Rabha Mohamed Mahmoud, incarne la mémoire vivante d’un savoir-faire menacé par des logiques économiques modernes. Sa petite-fille, Nafisa, jouée par Mihad Murtada, représente l’avenir, tiraillée entre tradition et modernité. Autant dire que le film ne se contente pas d’être une fiction : il pose des questions universelles sur la préservation des cultures locales face à la mondialisation.
L’intrigue prend une dimension politique lorsque survient un entrepreneur d’origine britannique et soudanaise, décidé à introduire des graines de coton génétiquement modifiées dans la région. Ce projet, présenté comme une avancée économique, menace directement les cultures biologiques qui font la fierté des habitantes. « Les femmes de la communauté risquent de perdre non seulement leur gagne-pain, mais aussi leur sororité, construite autour de cette terre », explique Mirghani dans une interview accordée à Courrier International.
Ce thème n’est pas anodin. Le Soudan a été sous domination britannique de 1896 à 1955, une période dont les séquelles économiques et sociales pèsent encore aujourd’hui. Mirghani, qui est également historienne, a puisé dans ses recherches universitaires pour nourrir cette fiction. Elle souligne ainsi comment le colonialisme a façonné — et parfois détruit — les économies locales, laissant des cicatrices que le néocolonialisme moderne, sous couvert de progrès, risque d’aggraver.
Le tournage de « Cotton Queen » aurait dû avoir lieu au Soudan, mais la guerre civile qui a éclaté en 2023 a rendu cette option impossible. « On a dû adapter le projet en toute urgence », confie la réalisatrice. Le film a finalement été tourné au Qatar, où Mirghani enseigne à l’université Georgetown. Ce contretemps a paradoxalement permis de donner une nouvelle dimension au projet, en intégrant la diaspora soudanaise dans le processus créatif.
« Ce film est un hommage à ces femmes qui résistent, qui transmettent des savoirs malgré tout. Leur histoire est aussi celle de l’Afrique, une histoire de résistance face à l’oppression, qu’elle soit coloniale ou économique. »
— Suzannah Mirghani, réalisatrice de « Cotton Queen »
Le long-métrage a été présenté en mars 2026 au Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) à Genève, un événement dont Courrier International était partenaire. Cette sélection internationale a permis de donner une visibilité aux enjeux soulevés par le film, bien au-delà des frontières du Soudan.
Pour Mirghani, ce projet dépasse le cadre cinématographique. « Ce film est un appel à la vigilance », précise-t-elle. Il rappelle que la lutte pour la préservation des cultures locales n’est pas un combat du passé, mais une bataille toujours actuelle, où chaque génération doit choisir entre céder à la facilité économique ou défendre son héritage. En ces temps de mondialisation accélérée, « Cotton Queen » offre une bouffée d’oxygène : celle d’un récit où la résistance, malgré tout, reste possible.
Selon l’intrigue du film « Cotton Queen », l’introduction de graines OGM pourrait menacer les cultures biologiques locales, en les rendant dépendantes de semences brevetées et coûteuses. Cela risquerait de fragiliser l’autonomie des femmes agricultrices, dont le savoir-faire et la sororité reposent sur une économie locale et traditionnelle, comme l’explique Suzannah Mirghani dans une interview à Courrier International.