Alors que la Coupe du monde 2026 se profile à l’horizon, le tirage au sort a placé l’Algérie et l’Autriche dans le groupe J, aux côtés de l’Argentine et de la Jordanie. Selon RMC Sport, ce trio pourrait donner lieu à un scénario aussi improbable que problématique : un match où les deux équipes auraient tout intérêt à ne pas l’emporter, afin d’éviter une confrontation redoutable en huitièmes de finale.
Ce qu'il faut retenir
- L’Algérie et l’Autriche, placées dans le groupe J avec l’Argentine et la Jordanie, pourraient éviter de gagner leur affrontement du 3e jour pour éviter une finale de poule face à l’Espagne, selon les projections actuelles.
- Un scénario similaire au « pacte de Gijon » de 1982, où la RFA et l’Autriche s’étaient entendues pour ne pas jouer, avait marqué l’histoire du football.
- Si l’Argentine domine les deux premières journées, l’Algérie et l’Autriche pourraient se contenter d’une place de meilleur troisième, avec des adversaires potentiels comme la Suisse ou le Canada en 16es de finale.
- Quatre des douze meilleurs troisièmes pourraient être éliminés dès la phase de groupes, ce qui ajoute une dimension stratégique à ce match.
- Le match Algérie-Autriche, qui se déroulera en même temps qu’Argentine-Jordanie, permettra aux deux équipes de connaître le nombre de points des autres troisièmes avant leur propre confrontation.
Un groupe J qui pourrait basculer dans la stratégie
La logique est implacable. Si l’Argentine, favorite naturelle du groupe, remporte ses deux premiers matchs face à la Jordanie et à l’un des deux autres adversaires, l’Albiceleste terminera logiquement première du groupe avec 6 points. L’Autriche et l’Algérie, en revanche, pourraient se retrouver à égalité avec 3 points chacune avant le dernier match. Dans cette configuration, la Jordanie, déjà en difficulté, serait probablement éliminée avec 0 point.
C’est dans ce contexte que se pose une question aussi surprenante que délicate : et si l’Algérie et l’Autriche préféraient perdre leur affrontement ? L’objectif ? Éviter de terminer deuxième du groupe et, par conséquent, affronter le vainqueur du groupe H, très probablement l’Espagne, en huitièmes de finale. Un duel qui s’annonce autrement plus périlleux que ceux proposés aux meilleurs troisièmes.
Le « meilleur troisième » : une issue plus accessible ?
Selon les projections du site Football meets data, cité par RMC Sport, le troisième du groupe J aurait 22 % de chances d’affronter la Suisse en 16es de finale, 19 % pour le Canada et 10 % pour la Bosnie-Herzégovine. Autant dire que ces adversaires sont bien moins intimidants que l’Espagne, championne d’Europe en titre. Un argument de poids pour les deux équipes, qui pourraient ainsi viser une qualification plus sereine.
Mais ce calcul n’est pas sans risque. Quatre des douze meilleurs troisièmes de la compétition pourraient être éliminés dès la phase de groupes, selon les règles en vigueur. Or, dans ce groupe J, tout dépendra des résultats des autres troisièmes ailleurs dans le tournoi. Si quatre d’entre eux affichent déjà moins de 3 points avant la dernière journée, et que l’Algérie et l’Autriche s’imposent face à la Jordanie, leur troisième place serait alors assurée de leur offrir un billet pour les 16es de finale.
Un précédent historique : le « pacte de Gijon » de 1982
Pour comprendre l’ampleur du scénario qui se dessine, il faut remonter au 25 juin 1982, en Espagne. Lors du dernier match du groupe 2, la RFA et l’Autriche s’affrontaient dans des circonstances similaires. Avec 4 points chacun, les deux équipes savaient qu’une victoire autrichienne ou un match nul éliminerait les Allemands. Mais une victoire trop large de la RFA aurait envoyé l’Autriche à la maison. Résultat : après l’ouverture du score par Horst Hrubesch à la 11e minute, les deux équipes ont stoppé net leur jeu, se contentant de passes inoffensives sous les huées d’un public indigné. Ce « pacte de Gijon » est depuis entré dans la légende noire du football.
Quarante-quatre ans plus tard, le football a évolué. Les derniers matchs de poule se jouent désormais simultanément, limitant les risques de collusion. Pourtant, la tentation stratégique reste bien réelle, surtout dans un tournoi aussi compétitif que la Coupe du monde. L’Algérie et l’Autriche, conscientes de cette histoire, devront faire face à un dilemme éthique et sportif.
« Autrichiens et Algériens savent qu’ils devront peut-être trouver un nouveau surnom à cet autre “match de la honte”. » — François de La Taille, RMC Sport
Une stratégie risquée, mais pas inédite
Si l’idée de perdre volontairement peut sembler contre-nature, elle s’inscrit dans une logique purement sportive. Dans un tournoi où chaque point compte, les équipes n’hésitent plus à adapter leur jeu en fonction des scénarios possibles. En 2014, l’Italie avait déjà été accusée de jouer la montre lors de son match contre le Costa Rica, une fois sa qualification acquise, pour éviter de terminer première de groupe et affronter l’Uruguay en huitièmes.
La différence, cette fois, réside dans le fait que l’Algérie et l’Autriche n’auraient même pas besoin de gagner pour se qualifier. Une défaite ou un match nul leur suffirait pour espérer une place de meilleur troisième, tandis que la Jordanie, déjà en difficulté, serait éliminée. Un scénario qui rappelle furieusement les pratiques du passé, mais qui pourrait bien se concrétiser en 2026.
Reste à savoir si les joueurs, les entraîneurs et les fédérations oseront franchir ce pas. Une chose est sûre : l’histoire du football est déjà en train de s’écrire, et ce match pourrait bien y laisser une trace aussi sombre que celle de 1982.