Alors que la Coupe du monde de football bat son plein, les paris sportifs connaissent un essor sans précédent. Pourtant, cette croissance s’accompagne d’un risque majeur : la dépendance aux jeux d’argent, qui peut s’installer ou s’aggraver chez certains parieurs. Selon Ouest France, Marie Grall-Bronnec, addictologue au CHU de Nantes, alerte sur les mécanismes économiques sous-jacents à cette industrie, largement fondés sur la vulnérabilité de certains joueurs.
Ce qu'il faut retenir
- La rentabilité des paris sportifs repose en partie sur des personnes dépendantes aux jeux, selon une addictologue du CHU de Nantes.
- La Coupe du monde de football de 2026 coïncide avec une hausse des activités de paris sportifs en France.
- Les opérateurs misent sur des campagnes marketing ciblées, souvent en période de compétitions sportives majeures.
- La dépendance aux jeux peut s’aggraver lors de ces événements, en raison de l’exposition accrue et de l’effet d’entraînement collectif.
Une industrie lucrative, mais aux conséquences préoccupantes
Chaque édition d’une Coupe du monde de football s’accompagne d’une explosion des volumes de paris sportifs. En 2026, les opérateurs tablent sur des recettes records, portées par l’engouement mondial pour l’événement. « La rentabilité de ce secteur repose en grande partie sur des personnes déjà dépendantes ou vulnérables aux jeux », a souligné Marie Grall-Bronnec, psychiatre et addictologue au CHU de Nantes. Elle rappelle que les sociétés de paris exploitent ces mécanismes en ciblant particulièrement les périodes de forte exposition médiatique, comme les tournois internationaux.
D’après les dernières données disponibles, les dépenses des joueurs problématiques représentent une part significative des revenus annuels des opérateurs. En France, où le marché est strictement régulé, les recettes des paris sportifs ont dépassé 12 milliards d’euros en 2025, un chiffre qui devrait encore augmenter cette année. Pourtant, ce modèle économique soulève des questions éthiques et sanitaires, comme l’a rappelé l’addictologue.
Comment la dépendance aux paris s’installe-t-elle ?
La dépendance aux jeux d’argent se caractérise par une perte de contrôle progressive, souvent imperceptible pour la personne concernée. « Les premiers signes incluent une augmentation des mises, une recherche permanente de sensations fortes et une minimisation des pertes », explique Marie Grall-Bronnec. Elle précise que les campagnes publicitaires, souvent axées sur l’excitation et les gains rapides, amplifient ce phénomène pendant les grands événements sportifs. Les réseaux sociaux et les applications mobiles facilitent également l’accès aux paris, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Un autre facteur aggravant réside dans l’effet de groupe. Lors d’une Coupe du monde, l’ambiance collective incite certains parieurs à augmenter leurs mises pour « suivre le mouvement ». « Cette dynamique sociale peut pousser des personnes fragiles à basculer dans une consommation excessive », a-t-elle ajouté. Les études montrent que les joueurs dépendants misent en moyenne trois fois plus que les joueurs occasionnels pendant ces périodes.
Quels sont les outils pour limiter les risques ?
Face à ce constat, les autorités sanitaires et les opérateurs de paris ont mis en place des mesures de prévention. En France, la loi encadre strictement la publicité pour les jeux d’argent, notamment pendant les compétitions sportives. Depuis 2020, les messages doivent obligatoirement inclure des avertissements sanitaires, similaires à ceux des produits du tabac. « Ces dispositifs sont utiles, mais ils restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène », estime Marie Grall-Bronnec.
Elle plaide pour un renforcement des dispositifs d’accompagnement, comme les sites de dépistage en ligne ou les lignes d’écoute spécialisées. Le CHU de Nantes, par exemple, propose un parcours de soins dédié aux joueurs pathologiques, combinant thérapie cognitivo-comportementale et soutien social. « L’enjeu est de rendre ces ressources plus visibles et accessibles », a-t-elle insisté. Par ailleurs, certains pays européens envisagent d’imposer des limites de dépôt quotidiennes aux joueurs, une piste étudiée en Belgique et aux Pays-Bas.
En définitive, la dépendance aux paris sportifs s’inscrit dans un débat plus large sur les limites de la libéralisation des jeux d’argent. Si les compétitions sportives restent un terrain de jeu pour les opérateurs, elles soulignent aussi l’urgence d’agir pour protéger les publics les plus fragiles. Autant dire que la question dépasse largement le cadre du football.
Les signes incluent une augmentation des mises pour retrouver le même niveau d’excitation, des difficultés à arrêter malgré des pertes financières importantes, ou encore une négligence des responsabilités personnelles ou professionnelles. Un sentiment de culpabilité ou de honte peut également apparaître après une session de paris.