Le géant bancaire français Crédit Agricole franchit une nouvelle étape dans la digitalisation de ses services financiers en annonçant le lancement de son propre stablecoin, l’EURO eXchange Token (EURXT). Ce jeton, indexé sur l’euro et conforme au règlement européen MiCA, est émis sur la blockchain Ethereum par CACEIS, filiale du groupe spécialisée dans l’asset servicing. Selon Cryptoast, cette initiative s’inscrit dans le cadre du plan stratégique ACT 2028 du Crédit Agricole, qui vise à renforcer sa position dans la finance tokenisée.

Ce qu'il faut retenir

  • Le EURXT est un stablecoin en euro indexé 1:1, émis sur Ethereum et conforme au règlement MiCA.
  • Ce jeton est sécurisé par des réserves de liquidités détenues dans le bilan de CACEIS Bank, réservées aux clients de CACEIS.
  • Le Crédit Agricole a réalisé une première souscription à un fonds monétaire tokenisé Amundi réglée en EURXT, validant son utilité opérationnelle.
  • L’objectif est d’améliorer l’efficacité des transactions et de réduire les délais de règlement dans la gestion d’actifs.
  • Le groupe rejoint ainsi des acteurs comme la Société Générale, déjà détentrice de l’EURCV depuis 2023, dans le cercle restreint des banques européennes émettant des stablecoins.

Un stablecoin en euro pour répondre aux enjeux de la finance tokenisée

Alors que les stablecoins libellés en dollar dominent largement le marché – représentant plus de 99 % des volumes disponibles – la zone euro cherche à rattraper son retard. Selon Cryptoast, la part de marché des stablecoins en euro n’est actuellement que de 0,3 %, mais cette situation pourrait évoluer rapidement avec l’arrivée de nouveaux acteurs bancaires. Le Crédit Agricole, via son EURXT, entend ainsi participer à la rééquilibration de ce paysage en proposant un instrument de paiement stable, sécurisé et conforme aux exigences réglementaires européennes. « Le lancement de notre monnaie digitale de règlement on-chain s’inscrit dans notre plan stratégique et notre volonté d’accompagner nos clients dans l’adoption progressive de nouveaux standards de règlements », a déclaré un porte-parole du groupe.

L’EURXT, émis selon la norme ERC-20, est adossé à l’euro fiduciaire avec une parité de 1 pour 1. Il se distingue par sa conformité au règlement MiCA, entré en vigueur en 2024 pour encadrer les actifs numériques en Europe. Ce cadre juridique rassurant pourrait favoriser son adoption par les investisseurs institutionnels et les gestionnaires d’actifs, alors que le secteur de la finance tokenisée connaît une croissance soutenue.

Une première mondiale validée par un fonds monétaire tokenisé Amundi

Pour démontrer la viabilité de son stablecoin, le Crédit Agricole a mené une opération pionnière : la première souscription à un fonds monétaire UCITS luxembourgeois tokenisé, réglée en EURXT. Cette transaction, réalisée via le Amundi Money Market Fund, a permis de valider l’utilité du stablecoin dans un cadre opérationnel réel. « L’objectif est de démontrer le potentiel de la tokenisation pour accroître l’efficacité opérationnelle, tout en réduisant les délais de règlement et la complexité associée à la gestion des actifs », précise le communiqué de presse.

Cette initiative s’inscrit dans une logique plus large de modernisation des infrastructures financières. Les stablecoins, en offrant un moyen de règlement digital instantané et transparent, pourraient réduire les coûts de transaction et améliorer la liquidité des marchés. Pour le Crédit Agricole, il s’agit aussi de positionner CACEIS, leader européen de l’asset servicing, comme un acteur clé de cette transition.

Un positionnement stratégique dans un écosystème en mutation

Avec le lancement de l’EURXT, le Crédit Agricole rejoint un club encore restreint de banques européennes émettant des stablecoins, aux côtés de la Société Générale et de son EURCV, opérationnel depuis 2023. Une dynamique qui devrait s’accélérer avec l’arrivée prévue du token du consortium Qivalis, dont le déploiement est attendu pour la seconde moitié de 2026. Selon Cryptoast, cette effervescence reflète une tendance de fond : l’adoption progressive des actifs tokenisés par les institutions financières traditionnelles, sous l’impulsion des régulateurs européens.

Pour les investisseurs, l’EURXT représente une alternative aux stablecoins libellés en dollar, offrant une exposition à l’euro dans un format numérique. Cependant, comme pour tout actif crypto, son utilisation implique des risques, notamment en matière de cybersécurité et de conformité réglementaire. Le Crédit Agricole a pris soin de sécuriser son stablecoin par des réserves de liquidités détenues dans son bilan, une garantie rassurante pour les utilisateurs institutionnels.

Et maintenant ?

Le déploiement de l’EURXT devrait s’étendre progressivement au-delà des clients de CACEIS, une fois les tests initiaux validés. D’autres acteurs bancaires pourraient suivre l’exemple du Crédit Agricole, notamment avec le lancement du token Qivalis prévu avant la fin de l’année. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’adoption réelle de ces instruments et leur impact sur les infrastructures financières traditionnelles. Reste à voir si l’EURXT parviendra à s’imposer face à la domination des stablecoins en dollar, dans un contexte où la régulation européenne pourrait jouer un rôle clé.

Selon les observateurs, cette initiative marque une étape supplémentaire dans l’intégration des technologies blockchain par le secteur bancaire européen. Si l’EURXT parvient à gagner la confiance des investisseurs institutionnels, il pourrait devenir un standard pour les règlements en euro dans l’écosystème de la finance décentralisée. Pour l’heure, le Crédit Agricole mise sur la transparence et la conformité pour séduire les acteurs du marché, tout en préparant le terrain pour de futures innovations.

L’EURXT offre une exposition à l’euro, ce qui permet aux investisseurs de limiter leur dépendance au dollar dans un contexte de volatilité monétaire. De plus, sa conformité au règlement MiCA le rend plus adapté au cadre réglementaire européen, offrant une sécurité juridique accrue pour les utilisateurs institutionnels.

Pour l’instant, l’EURXT est réservé aux clients de CACEIS, la filiale du Crédit Agricole spécialisée dans les services financiers pour les sociétés de gestion et les investisseurs institutionnels. Une ouverture progressive à d’autres acteurs est envisagée à moyen terme, une fois les tests initiaux finalisés.