La guerre au Moyen-Orient va grever de 100 milliards de dollars la facture collective de carburant des compagnies aériennes en 2026, selon les dernières estimations de l’Association internationale du transport aérien (Iata). Présentées lors de son assemblée générale à Rio de Janeiro, qui s’achève aujourd’hui, ces projections illustrent l’ampleur de la crise que traverse un secteur déjà fragilisé par la flambée des prix de l’énergie. À cela s’ajoutent les critiques virulentes de l’organisation contre les réglementations jugées trop contraignantes, notamment en Europe, où plusieurs taxes et normes sont pointées du doigt comme des freins à la rentabilité. Willie Walsh, directeur général de l’Iata, a résumé l’ampleur du choc : « Nous prévoyons des prix des carburants 70 % plus élevés qu’en 2025. Cela ajoutera 100 milliards de dollars à notre facture collective cette année. »

Ce qu'il faut retenir

  • La guerre au Moyen-Orient fait exploser la facture de carburant des compagnies aériennes, avec un surcoût estimé à 100 milliards de dollars en 2026, selon l’Iata.
  • L’organisation dénonce les taxes et réglementations européennes, qualifiées de « populistes », ainsi que des mesures similaires en Tanzanie et au Brésil.
  • Les tensions géopolitiques, en dopant le prix du pétrole, aggravent une rentabilité déjà fragile pour le secteur aérien.
  • L’Iata a évité de critiquer directement les États-Unis et Israël, malgré leur rôle dans le conflit au Moyen-Orient.
  • Des scénarios de « bourbier » prolongé dans le Golfe sont évoqués, mais sans anticipation de pénurie de kérosène à court terme.

Si le conflit au Moyen-Orient, déclenché par Washington et Tel-Aviv, a fait bondir les cours du pétrole et donc du kérosène, les compagnies aériennes peinent à se remettre de la crise. Selon les données de l’Iata, la hausse des coûts énergétiques représente un choc sans précédent pour un secteur qui avait déjà du mal à se relever des crises sanitaires et économiques récentes. Willie Walsh a souligné que cette augmentation « pèsera lourdement sur nos marges, déjà sous pression ».

Lors d’une table ronde organisée dimanche à Rio, un journaliste de CNN, Richard Quest, a demandé aux dirigeants présents s’ils étaient « énervés » par des événements échappant à leur contrôle. Güliz Öztürk, représentante de la compagnie turque Pegasus Airlines, a répondu avec une pointe d’ironie : « Notre métier, c’est de prévoir un scénario en début d’année… et de voir se réaliser un tout autre. » Une allusion aux multiples chocs subis par le secteur ces dernières années.

Contrairement à l’édition 2025 de l’assemblée générale de l’Iata, qui s’était tenue à New Delhi dans un contexte de tensions commerciales exacerbées par Donald Trump, cette année a été marquée par une relative discrétion sur les déclarations erratiques du président américain ou ses tentatives avortées de rapprochement avec l’Iran. Un contraste qui n’a pas échappé à l’économiste en chef de l’organisation, Marie Owens Thomsen, qui a plaisanté : « L’an dernier, on pensait que c’était la fin du monde. Cette fois, les annonces de Trump n’ont même pas été un sujet. »

L’Europe dans le viseur de l’Iata

C’est surtout l’Union européenne qui a concentré les foudres de l’Iata lors de ce congrès. Willie Walsh n’a pas hésité à qualifier le Parlement européen de « populiste » lorsqu’il a évoqué la question des indemnisations pour les passagers victimes de retards. Une conférence de presse sur le manque de carburants non fossiles, organisée samedi, a également servi de tribune pour dénoncer la réglementation européenne imposant un quota minimal de ces carburants dans les réservoirs des avions. Une mesure jugée « contre-productive » par l’organisation.

Parmi les exemples cités, une taxe de 45 dollars par passager en Tanzanie a été qualifiée de « complètement inacceptable » par Kamil Alawadhi, directeur régional Afrique et Moyen-Orient de l’Iata. Même le Brésil, pays hôte de l’événement, n’a pas été épargné : quatre mois avant ses élections présidentielle et législatives, Willie Walsh a critiqué le projet du gouvernement brésilien d’appliquer une TVA de 26,5 % sur les billets d’avion. « Les recettes supplémentaires que l’État en tirera seront bien faibles comparées aux dégâts économiques que cela engendrera », a-t-il prévenu.

L’assemblée générale de l’Iata, qui réunit chaque année les principaux acteurs du secteur, a donc servi de caisse de résonance aux frustrations des compagnies. Entre la hausse des coûts, les réglementations perçues comme excessives et l’incertitude géopolitique, le ciel s’annonce particulièrement chargé pour les transporteurs aériens en 2026.

Un approvisionnement en kérosène sous surveillance

Dans un point de situation présenté dimanche, l’Iata s’est appuyée sur les analyses de S&P Global Energy pour évaluer les risques pesant sur l’approvisionnement en kérosène. Le cabinet a évoqué l’hypothèse d’un « bourbier » dans le Golfe, susceptible de bloquer les exportations de pétrole et de carburant pendant plusieurs mois. Interrogée sur la possibilité d’un conflit prolongé à l’image de la guerre du Vietnam, Eleanor Budds, directrice de recherche chez S&P Global Energy, a répondu avec prudence : « Le bourbier est un scénario parmi d’autres. Cela ne signifie pas que nous l’attendons. »

Face aux interrogations sur d’éventuelles pénuries de kérosène, la chercheuse a réaffirmé que « dans notre scénario de base, nous n’anticipons pas de rupture d’approvisionnement ». Une déclaration rassurante, mais qui laisse planer un doute sur la résilience du secteur en cas d’aggravation de la situation géopolitique. L’Iata, de son côté, a choisi de concentrer ses critiques sur les politiques internes, plutôt que sur les facteurs externes qu’elle ne maîtrise pas.

Et maintenant ?

Les compagnies aériennes devraient continuer à subir la pression des coûts énergétiques dans les mois à venir, avec un impact direct sur les prix des billets pour les passagers. L’Iata a d’ores et déjà appelé les gouvernements à revoir leurs politiques fiscales et réglementaires, sous peine de fragiliser davantage un secteur essentiel à l’économie mondiale. La prochaine assemblée générale, prévue en 2027, pourrait être l’occasion de faire un premier bilan des mesures prises par les États pour atténuer la crise. D’ici là, les transporteurs devront composer avec un environnement économique et géopolitique toujours aussi instable.

La question de la transition énergétique du secteur aérien, souvent évoquée lors des débats, reste en suspens. Si l’Iata a critiqué les quotas de carburants non fossiles imposés par l’UE, elle n’a pas proposé d’alternative concrète pour accélérer la décarbonation du transport aérien. Une problématique qui devrait revenir sur le devant de la scène lors des prochaines négociations internationales.

L’Iata reproche à l’Union européenne d’alourdir les coûts du secteur aérien via des taxes élevées et des réglementations contraignantes. Parmi les exemples cités figurent une taxe de 45 dollars par passager en Tanzanie et un projet de TVA à 26,5 % sur les billets d’avion au Brésil. L’organisation a également dénoncé le caractère « populiste » du Parlement européen dans le débat sur les indemnisations des passagers.

La guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les États-Unis et Israël, a provoqué une hausse des cours du pétrole et du kérosène. Selon l’Iata, cela entraînera une augmentation de 70 % des prix du carburant en 2026, grevant la facture collective des compagnies aériennes de 100 milliards de dollars.