Alors que l’Europe s’apprête à affronter un hiver sous haute tension, les stocks de gaz en Europe atteignent un niveau critique, jamais vu depuis 2009. Thierry Bros, expert en énergie et professeur à Sciences Po Paris, a alerté sur cette situation lors de son passage ce lundi 10 août 2026 dans l’émission Good Morning Business sur BFM Business. Selon lui, la conjoncture actuelle soulève des inquiétudes majeures pour les mois à venir, alors que les tensions géopolitiques et les aléas climatiques aggravent la vulnérabilité des approvisionnements.
Ce qu'il faut retenir
- Les stocks de gaz en Europe sont à un niveau « très critique », comparable à celui de 2009, selon Thierry Bros, expert énergie et professeur à Sciences Po Paris.
- La situation préoccupe les analystes, alors que l’hiver 2026-2027 s’annonce « sous tensions » en raison des aléas climatiques et des dépendances énergétiques.
- Thierry Bros s’est exprimé ce matin dans Good Morning Business sur BFM Business, où il a détaillé les risques pour le continent.
- Les observateurs craignent un hiver difficile pour les ménages et les industries, dans un contexte de forte dépendance aux importations.
Une conjoncture énergétique alarmante
Les réserves de gaz en Europe, déjà fragilisées par les tensions internationales et les aléas météorologiques, atteignent un seuil critique. Thierry Bros, spécialiste reconnu des questions énergétiques, a tiré la sonnette d’alarme lors de son intervention matinale. « Les stocks actuels sont au plus bas depuis 17 ans », a-t-il précisé, soulignant que cette situation n’avait rien d’anodin. « Avec un hiver qui s’annonce rigoureux et une demande qui pourrait exploser, la marge de manœuvre est extrêmement réduite », a-t-il ajouté.
Pour l’expert, cette crise n’est pas uniquement conjoncturelle. Elle reflète des déséquilibres structurels dans la gestion des approvisionnements énergétiques du continent. « L’Europe reste dépendante des importations, notamment de gaz russe, norvégien et américain, et cette dépendance la rend vulnérable aux chocs géopolitiques ou climatiques », a-t-il expliqué. Les aléas récents, comme les canicules prolongées ou les perturbations logistiques, n’ont fait qu’aggraver une situation déjà tendue.
Un hiver 2026-2027 sous haute surveillance
Les craintes d’un hiver difficile ne sont pas infondées. Thierry Bros a rappelé que les mois à venir pourraient voir une demande record, notamment en raison des températures hivernales et de la reprise industrielle post-pandémie. « Les prix pourraient flamber, et les États seront obligés de puiser dans les réserves stratégiques pour éviter des pénuries », a-t-il prédit. Selon lui, plusieurs pays européens, dont l’Allemagne et la France, pourraient être particulièrement exposés, en raison de leur forte dépendance aux importations.
La Commission européenne a déjà commencé à mobiliser des mécanismes de solidarité entre États membres, mais l’efficacité de ces dispositifs reste à prouver. « Les réserves actuelles ne suffiront pas à couvrir une vague de froid prolongée », a insisté l’expert. Il a également pointé du doigt le manque d’investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures de stockage, qui auraient pu atténuer la crise.
« Les stocks de gaz en Europe sont au plus bas depuis 2009, et l’hiver 2026-2027 s’annonce sous tensions. La dépendance aux importations et le manque d’investissements dans les énergies renouvelables aggravent la vulnérabilité du continent. »
— Thierry Bros, expert énergie et professeur à Sciences Po Paris
Les leçons d’une crise annoncée
Pour Thierry Bros, cette situation n’est pas une surprise. Depuis des années, les alertes sur la fragilité du système énergétique européen se multiplient. « On a cru que les tensions géopolitiques étaient temporaires, mais la réalité est là : l’Europe n’a pas su diversifier suffisamment ses sources d’approvisionnement ni accélérer sa transition énergétique », a-t-il analysé. Les États membres ont souvent privilégié des solutions court-termistes, comme les contrats de gaz à long terme, plutôt que de développer des alternatives durables.
La crise actuelle pourrait, selon lui, servir de déclic. « Les gouvernements vont devoir repenser leur politique énergétique, et vite. Sinon, les prochains hivers pourraient être bien plus difficiles que celui que l’on craint pour 2026 », a-t-il averti. Les appels à investir massivement dans les énergies renouvelables et à renforcer les interconnexions entre pays européens devraient se multiplier dans les semaines à venir.
En attendant, les marchés restent sous tension. Les cours du gaz, déjà volatils, pourraient encore grimper si les réserves continuent de se réduire. Thierry Bros a d’ailleurs rappelé que la France, comme d’autres pays, n’est pas à l’abri de mesures de rationnement en cas de pic de demande. « L’enjeu n’est plus seulement économique, mais aussi social », a-t-il conclu.
Les stocks de gaz en Europe sont au plus bas depuis 2009 en raison d’une combinaison de facteurs : des tensions géopolitiques persistantes (notamment avec la Russie), des aléas climatiques (canicules prolongées, hiver rigoureux en 2025), et un manque d’investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures de stockage. Selon Thierry Bros, expert énergie à Sciences Po Paris, cette situation reflète des déséquilibres structurels dans la gestion des approvisionnements du continent.