Alors que l’assemblée générale des actionnaires de TotalEnergies se tient ce vendredi 28 mai 2026, son PDG, Patrick Pouyanné, prend position dans un contexte géopolitique tendu. Selon Le Figaro, il revient sur les conséquences de la guerre au Moyen-Orient, qui a profondément perturbé l’approvisionnement en hydrocarbures. Trois mois après le début du conflit, le blocage du détroit d’Ormuz — une voie maritime stratégique — a révélé une réalité inédite : 20 % de la production mondiale de pétrole se trouve désormais inaccessible.
Ce qu’il faut retenir
- 20 % de la production pétrolière mondiale est bloquée en raison de la crise au Moyen-Orient, selon les estimations de TotalEnergies.
- Patrick Pouyanné, PDG du groupe, a reconnu que personne n’avait anticipé un scénario aussi rapide de blocage du détroit d’Ormuz.
- La France ne devrait pas manquer d’hydrocarbures, mais leur coût pourrait augmenter en raison de cette « non-pénurie ».
- TotalEnergies défend son modèle économique, qu’il présente comme résilient face aux crises énergétiques.
Interrogé par Le Figaro, Patrick Pouyanné a expliqué que la situation actuelle marque un tournant. « Jusqu’à la crise, nous pensions le marché pétrolier liquide ; il ne l’est plus », a-t-il déclaré. Avant le conflit, les capacités de production supplémentaires étaient principalement situées en Arabie saoudite, mais elles sont désormais hors d’atteinte dans l’immédiat. Le PDG a souligné que cette crise a rappelé au monde l’importance cruciale des hydrocarbures pour les économies et les sociétés.
Un risque théorique devenu réalité
Patrick Pouyanné a reconnu que le scénario d’un blocage du détroit d’Ormuz était considéré comme un risque lointain avant le début de la guerre au Moyen-Orient. « Objectivement, personne n’avait vraiment imaginé ce blocage aussi rapide », a-t-il affirmé. Jusqu’alors, le marché pétrolier était perçu comme stable et flexible, capable d’absorber les chocs. Pourtant, avec 20 % de la production mondiale de pétrole coupée, la donne a changé. Les stocks stratégiques et les capacités de substitution restent insuffisants pour compenser une telle perturbation.
Le PDG a également pointé du doigt l’impossibilité d’accéder rapidement à des réserves supplémentaires. « Les capacités de production supplémentaires sont principalement en Arabie saoudite, mais leur accès est désormais compromis », a-t-il précisé. Cette situation a provoqué une prise de conscience : l’Europe, et notamment la France, doit repenser sa dépendance aux importations d’hydrocarbures. Le gouvernement français, dirigé par Sébastien Lecornu, a déjà commencé à organiser des réunions avec les acteurs du secteur pour anticiper les conséquences de cette crise.
TotalEnergies face aux critiques : « Nos profits ne tombent pas du ciel »
À l’approche de l’assemblée générale des actionnaires, Patrick Pouyanné a tenu à répondre aux critiques récurrentes envers TotalEnergies, souvent accusé de profiter de la crise pour augmenter ses marges. « Nos profits ne tombent pas du ciel », a-t-il rétorqué. Le groupe défend son modèle économique, qu’il présente comme capable de traverser les crises grâce à une gestion intégrée et diversifiée. Selon lui, cette résilience s’explique par une stratégie à long terme, moins exposée aux fluctuations brutales des marchés.
Le PDG a également mis en avant la nécessité de réduire la dépendance de la France aux importations d’hydrocarbures. « Nous avons changé de monde », a-t-il affirmé, soulignant que la crise actuelle illustre l’urgence d’accélérer la transition énergétique tout en assurant la sécurité d’approvisionnement. TotalEnergies, qui mise sur des investissements dans les énergies renouvelables, reste un acteur clé du secteur, même si son modèle est aujourd’hui davantage contesté.
La France peut-elle éviter une pénurie d’hydrocarbures ?
Malgré le blocage partiel des approvisionnements, Patrick Pouyanné a assuré que la France ne devrait pas manquer de carburants dans les mois à venir. Cependant, il a prévenu que cette « non-pénurie » aurait un coût. « Il y aura un prix à payer », a-t-il indiqué, sans préciser si cela se traduirait par une hausse des prix à la pompe. Le gouvernement, de son côté, tente de rassurer la population en multipliant les annonces sur la sécurisation des stocks et la diversification des sources d’approvisionnement.
Les récentes déclarations de Sébastien Lecornu, ministre de l’Économie, suggèrent que l’État pourrait jouer un rôle plus actif dans la régulation des prix des carburants. Pourtant, TotalEnergies a rappelé que toute intervention directe sur ses marges serait contre-productive. « Obliger un groupe à baisser ses prix reviendrait à fragiliser sa capacité à investir dans la transition énergétique », a argumenté Patrick Pouyanné. La question des prix des carburants reste donc au cœur des débats politiques et économiques.
Cette crise rappelle, une fois de plus, la fragilité des chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales. Alors que les tensions persistent au Moyen-Orient, l’Europe doit désormais composer avec un nouveau paradigme : celui d’un marché du pétrole moins prévisible et plus coûteux. Pour Patrick Pouyanné, la réponse passe par une combinaison de prudence stratégique et d’innovation technologique.
Le détroit d’Ormuz est une voie maritime stratégique par laquelle transite près de 20 % de la production mondiale de pétrole. Un blocage, même partiel, perturbe gravement les flux d’approvisionnement, car les capacités de production supplémentaires sont limitées à court terme. Selon Patrick Pouyanné, « le marché pétrolier n’est plus liquide », ce qui signifie qu’il ne peut plus absorber aussi facilement les chocs qu’avant.