Une enquête publiée par le média indépendant tunisien Inkyfada, le 20 août 2026, met en lumière les difficultés croissantes rencontrées par les populations riveraines du bassin minier de Gafsa, dans le sud-ouest de la Tunisie. Selon cette investigation, l’industrie du phosphate, pilier économique local, serait directement responsable de la raréfaction et de la pollution des ressources en eau, aggravant une situation déjà tendue dans une région en proie à des tensions sociales et politiques depuis le début de l’été.

Ce qu'il faut retenir

  • Les habitants des zones proches du bassin minier de Gafsa subissent un manque chronique d’eau potable, selon l’enquête d’Inkyfada.
  • La pollution des nappes phréatiques et des cours d’eau est attribuée aux activités d’extraction et de traitement du phosphate.
  • La crise hydrique s’inscrit dans un contexte de mouvements sociaux et de crise politique qui traverse la Tunisie depuis juin 2026.
  • Le bassin minier de Gafsa, l’un des plus importants au monde, concentre des milliers d’emplois mais aussi des enjeux environnementaux majeurs.

Une région sous pression : entre emploi et environnement

Le sud-ouest tunisien, et plus particulièrement la région de Gafsa, abrite l’un des plus grands gisements de phosphate au monde. Cette ressource, exploitée depuis des décennies, représente une manne économique pour des milliers de familles locales. Pourtant, Inkyfada révèle que les activités minières et industrielles associées auraient des conséquences dramatiques sur l’accès à l’eau pour les riverains. Les rejets toxiques des mines et des usines de traitement contamineraient les nappes phréatiques, rendant une partie de l’eau impropre à la consommation.

Les témoignages recueillis par le média tunisien décrivent des situations de pénurie, où les habitants doivent parcourir plusieurs kilomètres pour trouver une source d’eau potable. « Les puits sont contaminés, et les canalisations, quand elles existent, distribuent une eau jaunâtre et chargée en produits chimiques », explique un habitant de Métlaoui, cité par Inkyfada. Bref, la ressource la plus vitale devient un luxe dans cette région déjà fragilisée par le chômage et l’instabilité politique.

Un contexte politique explosif

Cette crise hydrique intervient dans un climat social déjà dégradé. Depuis juin 2026, la Tunisie traverse une période de tensions politiques et de mouvements de protestation, alimentés par des revendications économiques et sociales. Les habitants de Gafsa, qui dépendent largement du secteur minier, subissent de plein fouet les conséquences de cette instabilité. Les grèves et les manifestations, récurrentes dans la région, s’ajoutent aux difficultés quotidiennes liées à l’accès à l’eau.

Selon des observateurs, la gestion chaotique des ressources en eau par les autorités locales et les compagnies minières exacerbe le mécontentement. « Les promesses de solutions ne sont jamais suivies d’effets », déplore un militant associatif de la région. « On nous parle de projets de dessalement ou de pipelines, mais rien ne se concrétise. Pendant ce temps, l’eau du robinet est de plus en plus rare et dangereuse. »

Des solutions envisagées, mais à quel prix ?

Face à cette situation, des initiatives locales émergent pour tenter de répondre à l’urgence. Des associations et des collectifs citoyens ont lancé des campagnes de sensibilisation et des distributions d’eau potable, tandis que des projets de purification des eaux contaminées sont évoqués. Cependant, ces solutions restent limitées et souvent coûteuses pour une population déjà précarisée. De plus, leur mise en œuvre dépend largement de la volonté politique et des financements, deux éléments actuellement en tension dans le pays.

Un rapport préliminaire du ministère tunisien de l’Environnement, rendu public la semaine dernière, a reconnu l’ampleur de la pollution dans la région de Gafsa. Le document souligne la nécessité d’investir massivement dans des infrastructures de traitement et de distribution d’eau, mais sans préciser de calendrier ni de budget alloué. « La situation est critique, mais les solutions existent », a déclaré une source au sein du ministère. « Le problème, c’est qu’elles nécessitent une coordination entre les différents acteurs, ce qui fait défaut depuis des années. »

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour la région de Gafsa. Les autorités tunisiennes ont annoncé l’organisation, d’ici la fin septembre 2026, d’une réunion interministérielle dédiée à la gestion des ressources en eau dans le sud du pays. Un plan d’urgence devrait y être présenté, incluant des mesures pour sécuriser l’accès à l’eau potable et réduire la pollution liée aux activités minières. Reste à savoir si ces engagements seront suivis d’actions concrètes, dans un contexte où les priorités politiques et économiques peinent souvent à intégrer les enjeux environnementaux.

Pour l’instant, les habitants de Gafsa continuent de composer avec une situation où l’eau, élément essentiel à la survie, devient chaque jour un peu plus un symbole des inégalités et des négligences qui persistent dans la région.