L’enclave espagnole de Ceuta, située sur la côte nord-africaine, fait face à une crise migratoire d’une ampleur inédite. Depuis le 30 juillet 2026, plus de 40 000 migrants, majoritairement des hommes et des adolescents en provenance du Maroc, ont franchi illégalement la frontière par voie maritime, selon une estimation des forces de sécurité citée par El País. Ce chiffre représente près de la moitié de la population totale de Ceuta, qui compte environ 85 000 habitants. Les centres d’accueil, déjà saturés, ne peuvent plus accueillir de nouveaux arrivants, a déclaré le président de la ville, Juan Vivas, évoquant une « urgence absolue ».
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 40 000 migrants ont pénétré illégalement à Ceuta depuis la fin du mois de juillet 2026, selon les autorités régionales.
- 27 morts ont été recensés parmi les personnes tentant de rejoindre l’enclave à la nage.
- Les centres d’accueil sont « débordés et saturés », sans possibilité d’héberger davantage de personnes, a alerté Juan Vivas, président de Ceuta.
- Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez doit se rendre sur place ce 1er août pour évaluer la situation et rencontrer les forces de l’ordre.
- L’Italie menace de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen en raison de cette crise migratoire.
- Le Maroc et l’Espagne préparent des mesures pour organiser le retour des migrants entrés illégalement.
Une crise migratoire d’une ampleur historique
Les arrivées massives de migrants à Ceuta ont débuté de manière significative le 30 juillet 2026, avec un flux quotidien moyen de 200 personnes, selon les autorités régionales. Cependant, les forces de sécurité estiment à plus de 40 000 le nombre total d’entrées irrégulières depuis le début du mois, un chiffre qui dépasse largement les capacités d’accueil de l’enclave. « Les centres d’accueil sont débordés et saturés, il n’y a plus de place pour personne », a confirmé Juan Vivas, président de Ceuta, lors d’une intervention télévisée. Les conditions de vie des migrants, souvent sans abri ni nourriture, poussent certains à regagner le Maroc par leurs propres moyens, comme l’a rapporté El País.
Parmi les arrivées, au moins 27 personnes ont péri en tentant de franchir la frontière à la nage, selon les forces de sécurité locales. Les images diffusées par les médias montrent des centaines de personnes débarquant sur les côtes de Ceuta, tandis que des milliers de jeunes Marocains se rassemblaient dans la ville de Fnideq, frontalière avec l’enclave espagnole. Certains témoignages évoquaient la rumeur d’une « frontière ouverte », bien que les autorités marocaines n’aient pas confirmé cette information.
Pedro Sánchez se rend sur place face à la pression politique
Face à cette crise, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a annoncé le déploiement de militaires pour garantir la sécurité à Ceuta. Dans un message posté sur X, il a déclaré être « entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation ». Sánchez, qui s’est entretenu avec le roi Felipe VI, doit se rendre sur place ce 1er août. Il rencontrera d’abord les forces de l’ordre à la frontière, puis les responsables régionaux, accompagnés du ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, selon un communiqué de la présidence du gouvernement.
Cette crise intervient dans un contexte politique déjà tendu pour le gouvernement socialiste de Sánchez. Critiqué par la droite pour son projet de régularisations massives de migrants irréguliers, il fait face à une opposition qui exige des mesures plus fermes. Le Parti populaire a demandé au gouvernement de déclarer Ceuta en « situation d’intérêt pour la Sécurité nationale » et de solliciter immédiatement l’intervention de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes.
L’Italie menace de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen
La crise à Ceuta a rapidement pris une dimension européenne, l’Italie adoptant une position ferme. La cheffe du gouvernement d’extrême droite, Giorgia Meloni, a annoncé vouloir « fermer l’espace Schengen à l’Espagne », qualifiant l’immigration clandestine de « menace ». « Nous sommes en train de réunir les instances compétentes et, à l’issue de ces réunions, nous sommes prêts à agir, y compris par des mesures exceptionnelles (...), comme la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne », a-t-elle écrit sur X. Son vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, s’est également dit « favorable » à cette mesure, accusant le gouvernement espagnol d’encourager le trafic d’êtres humains par sa politique de régularisation.
Cette position a provoqué une réaction immédiate de Madrid. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Luis Albares, a dénoncé la « démagogie » de l’Italie et convoqué l’ambassadeur italien en signe de protestation. « Le message du ministre italien des Affaires étrangères est inapproprié de la part d’un pays partenaire et ami dont nous attendons une solidarité européenne et non une démagogie partisane », a-t-il déclaré sur X. La tension entre les deux pays rappelle les crises diplomatiques passées, notamment en 2021 lors d’un afflux similaire de migrants à Ceuta, résolu en 2022 après que l’Espagne eut soutenu le plan marocain sur le Sahara occidental.
La France renforce ses contrôles à la frontière espagnole
La crise à Ceuta a également des répercussions en France, où le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé le renforcement des contrôles à la frontière franco-espagnole. « J’ai donné des instructions pour renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole. Par ailleurs, j’active la Force Frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il indiqué sur X. Nuñez a précisé avoir discuté avec son homologue espagnol et qu’il se tenait prêt à prendre des mesures supplémentaires si nécessaire. « Nous avons un contrôle à la frontière franco-espagnole, il existe, d’ailleurs il a été renforcé ces derniers mois », a-t-il rappelé.
Cette décision intervient alors que Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle, a appelé à « réserver la libre-circulation Schengen aux nationaux de l’UE ». En 2021, une arrivée massive de migrants à Ceuta avait déjà provoqué une crise diplomatique entre l’Espagne et le Maroc, résolue après un soutien espagnol au plan marocain sur le Sahara occidental. La situation actuelle pourrait raviver ces tensions, d’autant que les autorités marocaines n’ont pas encore réagi publiquement aux annonces espagnoles concernant le retour des migrants.
Cette crise rappelle également les défis structurels posés par l’immigration irrégulière vers l’Europe, notamment via les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, les seules frontières terrestres de l’UE sur le continent africain. Bien que la route de l’Atlantique vers les Canaries reste la principale voie d’accès pour les migrants, les tensions récurrentes à Ceuta soulignent la nécessité d’une coordination européenne renforcée pour gérer ces flux et éviter de nouvelles crises diplomatiques.
Les raisons exactes ne sont pas officiellement confirmées. Cependant, en 2021, un relâchement des contrôles marocains avait coïncidé avec une crise diplomatique entre Rabat et Madrid. Certains analystes évoquent la possibilité d’une instrumentalisation des flux migratoires à des fins politiques, bien que le Maroc n’ait pas réagi publiquement à la situation actuelle.
L’espace Schengen permet la libre circulation entre 26 pays européens. L’Italie, dirigée par Giorgia Meloni, accuse l’Espagne de ne pas contrôler suffisamment ses frontières, favorisant ainsi l’immigration irrégulière. Une suspension de l’Espagne signifierait la réintroduction de contrôles systématiques aux frontières internes de l’UE, une mesure exceptionnelle et controversée.