L’enclave espagnole de Ceuta, située en Afrique du Nord, a enregistré cette semaine la plus forte vague d’arrivées irrégulières en une seule journée jamais observée sur le territoire de l’Union européenne. Selon Euronews FR, plus de 60 000 migrants ont franchi illégalement la frontière, un chiffre sans précédent qui plonge l’Europe dans une crise diplomatique.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 60 000 migrants ont pénétré illégalement à Ceuta en 24 heures, un record absolu pour l’UE.
- L’Italie, la Finlande et le Danemark réclament l’exclusion temporaire de l’Espagne de l’espace Schengen.
- L’Espagne a convoqué l’ambassadeur italien pour protester contre des déclarations jugées « démagogiques ».
- La France, l’Allemagne et le Portugal prônent un renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’UE, sans exclure l’Espagne.
- La Commission européenne qualifie la situation d’« inacceptable » et exclut une suspension de l’Espagne de Schengen.
L’Italie et ses alliés réclament l’exclusion de l’Espagne de Schengen
La crise à Ceuta a immédiatement déclenché une polémique au sein de l’Union européenne. L’Italie, dirigée par la Première ministre Giorgia Meloni, a été la première à proposer une mesure radicale : l’exclusion temporaire de l’Espagne de l’espace de libre circulation Schengen. Dans un message publié sur X (ex-Twitter), elle a estimé que les images des migrants arrivant à Ceuta étaient « choquantes » et a appelé à des « mesures extraordinaires » pour y faire face.
Cette position a trouvé un écho en Finlande et au Danemark, où les dirigeantes Mette Frederiksen et Mari Rantanen ont respectivement déclaré que « les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen » et que « l’UE doit envisager toutes les options, y compris une suspension de la coopération dans le cadre de Schengen ».
Madrid dénonce une « posture démagogique » et convoque l’ambassadeur italien
L’Espagne a vivement réagi aux propos italiens. Le gouvernement de Madrid a dénoncé une « posture démagogique » et convoqué l’ambassadeur d’Italie pour lui transmettre une protestation officielle. « Sur l’immigration illégale, nous ne céderons pas d’un millimètre : défendre les frontières, lutter contre les trafiquants et garantir des expulsions efficaces resteront nos priorités », a réaffirmé Giorgia Meloni sur X.
Côté espagnol, on rappelle que Ceuta bénéficie d’un statut particulier : « Ceuta ne bénéficie pas de la libre circulation vers le reste de l’espace Schengen », a précisé le président français Emmanuel Macron, qui a malgré tout ordonné le renforcement des contrôles à la frontière avec l’Espagne.
Des réactions contrastées à droite et à gauche en Europe
La crise a aussi exacerbé les tensions politiques au sein de l’UE. À droite, plusieurs figures ont pointé du doigt la politique migratoire espagnole. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a écrit sur X que les images de Ceuta montraient « à quel point la décision de Madrid d’accorder la citoyenneté espagnole à plus de 500 000 immigrés en situation irrégulière est profondément erronée et encourage la traite d’êtres humains ».
De son côté, Alice Weidel, dirigeante du parti d’extrême droite allemand Alternative für Deutschland (AfD), a estimé que « l’Allemagne est probablement la destination de la plupart de ces migrants » et appelé à « sécuriser les frontières et appliquer les refoulements avec rigueur ». Jordan Bardella, président du groupe des « Patriots pour l’Europe » au Parlement européen, a demandé l’organisation d’un « débat d’urgence » sur la gestion migratoire de l’UE.
Les responsables de gauche, en revanche, y voient une instrumentalisation politique. « La position de l’Italie est indigne d’un partenaire européen », a déclaré le député européen espagnol Javi Lopez, avant d’ajouter : « La solidarité ne va pas que dans un seul sens. » Cecilia Strada, députée européenne italienne social-démocrate, a qualifié ces critiques de « pire forme de propagande de droite », soulignant que « face à une urgence humanitaire avec des dizaines de morts et un nombre inconnu de disparus, on s’attendrait à de la solidarité plutôt qu’à des attaques instrumentales ».
L’UE rejette la demande italienne et appelle à une réponse coordonnée
La Commission européenne a pris ses distances avec la proposition italienne. Ursula von der Leyen, présidente de l’exécutif européen, a qualifié les scènes observées à Ceuta d’« inacceptables » et a indiqué que son équipe était en contact avec l’Espagne et le Maroc pour trouver une issue à la crise. Un responsable européen, cité sous couvert d’anonymat, a souligné que la priorité était de « sécuriser nos frontières extérieures » et a rappelé que la situation concernait une enclave africaine, où des contrôles supplémentaires sont nécessaires pour entrer sur le continent européen.
Bruxelles a également rappelé que « ce n’est pas comme si les migrants débarquaient en Espagne pour ensuite passer en France ». Une source diplomatique française a confirmé que Paris suivait la situation « avec attention » et réitéré son soutien à Madrid, tout en déployant des moyens supplémentaires à la frontière : « 4 unités de forces mobiles, des avions et des drones sont déployés. »
La crise à Ceuta intervient dans un contexte déjà tendu, après plus de 700 000 arrivées irrégulières en provenance de Libye en 2025. Elle rappelle que les désaccords sur la gestion migratoire continuent de fragiliser la cohésion européenne, malgré les appels répétés à la solidarité entre États membres.
Ceuta est une enclave espagnole située en Afrique du Nord, en territoire marocain. Sa position géographique en fait une porte d’entrée vers l’Europe pour de nombreux migrants, notamment subsahariens. Contrairement au reste du territoire espagnol, Ceuta ne bénéficie pas de la libre circulation au sein de l’espace Schengen, ce qui implique des contrôles renforcés à ses frontières.
La Commission européenne devrait proposer un plan d’action dans les prochains jours, incluant des mesures pour accélérer les retours des migrants en situation irrégulière et renforcer la coopération avec les pays tiers, comme le Maroc. Une réunion des ministres de l’Intérieur des États membres est également attendue avant la fin du mois d’août 2026.