La Bolivie traverse une crise politique et sociale majeure, selon Euronews FR. Deux membres clés de l’exécutif, le ministre de la Défense Marcelo Salinas et la ministre de l’Éducation Beatriz García, ont présenté leur démission mardi 2 juin 2026, alors que le pays est secoué par plus d’un mois de mobilisations exigeant le départ du président Rodrigo Paz.

Ces démissions, confirmées par une source gouvernementale auprès de l’AFP, interviennent alors que le gouvernement est sous pression en raison d’une dégradation économique persistante et d’une escalade des tensions sociales. Elles surviennent à peine six mois après l’arrivée au pouvoir de Paz, élu en novembre 2025 dans l’espoir de redresser une économie bolivienne fragilisée par des décennies de crises.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux ministres démissionnent : Marcelo Salinas (Défense) et Beatriz García (Éducation) ont quitté leurs postes mardi 2 juin 2026, accentuant la crise politique.
  • Plus de 100 barrages routiers sont recensés dans tout le pays, paralysant les approvisionnements en aliments, médicaments et carburant.
  • Le président Paz envisage un état d’urgence pour rétablir l’ordre, sans exclure une intervention militaire accrue.
  • L’opposition évoque un référendum révocatoire pour trancher sur le maintien de Paz au pouvoir, alors que les manifestations s’intensifient.
  • L’ancien président Evo Morales, visé par une procédure judiciaire, est accusé par le gouvernement d’alimenter les tensions, ce qu’il dément.

Un exécutif affaibli par des démissions en cascade

La démission des deux ministres représente un revers significatif pour Rodrigo Paz, dont la présidence, initialement perçue comme une opportunité de stabilisation, est aujourd’hui fragilisée. Depuis son élection en novembre 2025, Paz avait tenté de redresser une économie bolivienne exsangue, marquée par des pénuries chroniques et une inflation galopante. Il avait notamment restauré les importations de carburant et amélioré les relations diplomatiques avec les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, qui soutient son gouvernement.

Cependant, les mesures prises par Paz, comme la suppression des subventions aux carburants ou les accords avec des partis conservateurs, ont suscité un profond mécontentement. Plusieurs groupes ayant initialement soutenu sa candidature lui reprochent désormais d’avoir trahi ses promesses électorales, notamment en réduisant la représentation des communautés indigènes au sein du gouvernement.

Des manifestations massives paralysent le pays

Les mobilisations, qui rassemblent des travailleurs, agriculteurs, mineurs, transporteurs et enseignants, réclament des mesures urgentes face à la hausse vertigineuse du coût de la vie. Selon les chiffres officiels, le pays compte désormais plus de 100 barrages routiers, soit près du double du nombre enregistré il y a deux semaines. Ces blocages ont provoqué des pénuries critiques dans les grandes villes comme La Paz et El Alto, où les hôpitaux peinent à se procurer des fournitures médicales essentielles.

Les conséquences sont dramatiques : des milliers de camions sont immobilisés sur les axes principaux, et les prix des produits de base ont explosé. Face à cette situation, Paz a tenté de calmer les esprits en annonçant une série de mesures, comme la réduction de moitié de son salaire ou l’augmentation du salaire minimum. Aucune de ces initiatives n’a pour l’instant permis de mettre fin aux protestations.

Le spectre d’un état d’urgence et la menace d’une militarisation

Alors que la Bolivie semble approcher d’un « point de rupture », selon les termes du président Paz, l’hypothèse d’un état d’urgence est désormais sérieusement envisagée. Cette mesure permettrait aux forces armées d’intervenir plus directement pour rétablir l’ordre public. Jusqu’à présent, le gouvernement a privilégié le dialogue, mais la pression pour une réponse plus ferme s’accroît, y compris au sein de l’exécutif.

Les forces de sécurité ont déjà eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser certaines manifestations, et plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées. Cependant, une intervention militaire à grande échelle est redoutée, car elle risquerait d’aggraver encore les tensions. Paz, qui bénéficie du soutien des États-Unis, a été critiqué par l’opposition pour son alignement sur Washington, perçu comme une rupture avec les politiques précédentes.

Evo Morales, figure controversée au cœur de la crise

Le gouvernement accuse l’ancien président Evo Morales, au pouvoir de 2006 à 2019, d’attiser les tensions. Morales, qui se cache actuellement, est visé par une procédure judiciaire pour « trafic présumé d’une mineure », une affaire dans laquelle il aurait eu un enfant. Lors d’une récente déclaration à l’AFP, il a dénoncé les politiques économiques de Paz, qu’il juge trop proches des États-Unis, et a appelé à des élections anticipées.

Bien que Morales démente financer les manifestations, ses partisans au sein de syndicats et d’organisations indigènes restent actifs dans les blocages. Les autorités affirment que certains de ses soutiens ont rejoint les protestations pour intensifier la pression sur l’exécutif, une accusation que l’ancien président rejette catégoriquement.

La polarisation internationale autour de la crise bolivienne

La crise en Bolivie divise également la communauté internationale. Plusieurs gouvernements latino-américains proches de Washington, comme ceux du Brésil ou de la Colombie, ont exprimé leur soutien à Paz et condamné les manifestations. À l’inverse, certains dirigeants de gauche de la région, comme ceux du Venezuela ou de Cuba, se montrent plus compréhensifs envers les revendications des manifestants.

Les États-Unis, dont le président Donald Trump soutient ouvertement Paz, ont qualifié les mobilisations de « tentative de déstabilisation d’un gouvernement démocratiquement élu ». Cette position a encore alimenté les critiques contre Paz, accusé de servir les intérêts américains au détriment de la souveraineté bolivienne.

Et maintenant ?

Alors que la crise s’aggrave, l’opposition envisage une solution institutionnelle : l’organisation d’un référendum révocatoire pour trancher sur le maintien de Rodrigo Paz à la présidence. Cette hypothèse, encore improbable il y a quelques semaines, gagne en crédibilité à mesure que les manifestations s’éternisent et que les blocages routiers isolent les grandes villes. Le gouvernement, pour sa part, exclut toujours toute démission et mise sur le dialogue pour sortir de l’impasse. La prochaine échéance politique majeure pourrait intervenir dans les prochains mois, si une consultation populaire est effectivement organisée.

En attendant, la Bolivie reste suspendue à l’évolution de cette crise, dont l’issue déterminera non seulement le sort de Rodrigo Paz, mais aussi l’avenir politique et économique d’un pays déjà profondément divisé.

Evo Morales, qui a dirigé la Bolivie de 2006 à 2019, est accusé par le gouvernement actuel d’attiser les tensions sociales. Il est visé par une procédure judiciaire pour « trafic présumé d’une mineure » et dément financer les manifestations, bien que ses partisans au sein de syndicats et d’organisations indigènes participent activement aux blocages. Il a récemment appelé à des élections anticipées et dénoncé la politique économique de Rodrigo Paz, jugée trop alignée sur les États-Unis.