Le réseau électrique de Cuba s’est effondré une nouvelle fois dimanche 2 août, plongeant l’île dans une coupure de courant nationale, selon Euronews FR. L’entreprise publique de l’énergie, Unión Eléctrica (UNE), a confirmé une « déconnexion totale » du système électrique, privant le pays, y compris la capitale La Havane, d’électricité pendant plusieurs heures. Ce black-out survient alors que les autorités tentaient depuis la veille de rétablir un approvisionnement déjà fragilisé, après une panne ayant touché l’ouest du pays la veille, samedi 1er août.
Ce qu'il faut retenir
- Nouvelle panne nationale dimanche 2 août, après une première coupure samedi dans l’ouest du pays, selon Unión Eléctrica (UNE).
- Le réseau de La Havane, déjà affaibli par des infrastructures vieillissantes, subit de plein fouet les conséquences de l’embargo américain et l’arrêt des livraisons de pétrole vénézuélien.
- Depuis janvier, Washington n’a autorisé l’arrivée que d’un seul pétrolier russe (100 000 tonnes), déjà épuisé, et a durci les sanctions contre les entreprises publiques cubaines.
- Les Cubains subissent des pénuries de carburant, d’eau et une crise sanitaire et économique persistante, aggravée par des températures élevées.
- Les protestations locales se multiplient, avec des habitants incendiant des tas d’ordures ou tapant sur des casseroles pour manifester leur colère.
Un effondrement électrique récurrent dans un contexte de crise multidimensionnelle
Ce n’est pas la première fois que Cuba est confronté à un effondrement total de son réseau électrique. Unión Eléctrica a confirmé que la panne de dimanche constituait le dernier épisode d’une série de défaillances répétées, illustrant la vulnérabilité structurelle du système. La veille, l’ouest du pays, déjà éprouvé par des difficultés similaires, avait été plongé dans le noir pendant plusieurs heures. Ces incidents s’inscrivent dans une crise énergétique, sanitaire et économique qui s’aggrave depuis des mois, sans perspective claire de résolution.
À La Havane, le réseau électrique cumule plusieurs handicaps : des infrastructures obsolètes, un manque chronique de pièces détachées et des difficultés d’approvisionnement en carburant. Depuis le début de l’année, Cuba dépendait à plus de 60 % des livraisons de pétrole vénézuélien, son principal fournisseur. Mais ces importations ont été interrompues après l’opération militaire menée par Washington au Venezuela en janvier, privant l’île de sa principale source d’énergie. Aujourd’hui, les réserves restantes, limitées à un seul pétrolier russe de 100 000 tonnes arrivé en mars, sont désormais épuisées.
L’embargo américain comme facteur aggravant de la crise
Les autorités cubaines et plusieurs observateurs pointent du doigt l’embargo imposé par les États-Unis, qui restreint drastiquement l’accès de l’île aux marchés internationaux. Depuis l’arrivée de l’administration Trump à la Maison-Blanche, les sanctions se sont multipliées. En janvier, Washington a durci les mesures contre les entreprises publiques cubaines, poussant de nombreuses sociétés étrangères à suspendre leurs activités dans le pays. Par ailleurs, seul un pétrolier russe a été autorisé à accoster à Cuba depuis le début de l’année, une mesure jugée insuffisante pour compenser la rupture des livraisons vénézuéliennes.
Ces restrictions s’ajoutent à une décision symbolique mais politiquement lourde : l’inculpation, en juillet 2026, de l’ancien président Raúl Castro, frère de Fidel Castro, pour la destruction de deux avions civils il y a trente ans. Une mesure perçue à La Havane comme une tentative de déstabilisation supplémentaire. Miguel Díaz-Canel, actuel président cubain, a dénoncé dans un discours récent une politique américaine qu’il qualifie de « fascisme hitlérien ». Malgré ces tensions, les négociations entre les deux pays restent au point mort, sans avancée concrète en vue.
Un quotidien de plus en plus difficile pour les Cubains
Pour les habitants, ces coupures de courant transforment le quotidien en épreuve. À chaque panne, l’approvisionnement en eau est perturbé, les ventilateurs s’arrêtent et les températures, souvent élevées, rendent la situation encore plus difficile à supporter. Les Cubains, habitués depuis des décennies à l’adversité, voient leur patience s’épuiser face à une crise qui s’éternise sans solution visible. Dans certaines zones les plus touchées, des manifestations spontanées ont éclaté : des habitants ont incendié des tas d’ordures ou frappé sur des casseroles pour exprimer leur mécontentement.
Le ministère cubain de l’Énergie a indiqué que les protocoles de réactivation du réseau étaient en cours, sans préciser de délai pour un retour à la normale. Pourtant, l’incertitude persiste : avec des infrastructures vieillissantes et des ressources énergétiques quasi épuisées, le risque de nouvelles pannes reste élevé. « On vit au jour le jour, sans savoir si l’électricité reviendra demain », confie une Habanaise sous couvert d’anonymat, résumant le sentiment d’une population en proie à l’exaspération.
Des réformes économiques insuffisantes pour endiguer la crise
Face à cette situation, le gouvernement cubain a tenté de relancer l’économie en adoptant une série de réformes libérales. Ces mesures, destinées à attirer les investissements étrangers et à assouplir le secteur privé, peinent cependant à produire des effets tangibles. Les pénuries persistent, le chômage reste élevé et les inégalités se creusent. Dans ce contexte, l’effondrement du réseau électrique ajoute une pression supplémentaire sur une société déjà fragilisée par des années de difficultés économiques.
Les experts soulignent que la crise actuelle dépasse le cadre énergétique. Elle révèle les limites d’un modèle économique en crise, aggravé par des décennies d’isolement et des sanctions internationales. « Sans un changement de politique de la part des États-Unis ou un soutien accru de la communauté internationale, la situation ne peut que continuer à se dégrader », analyse un économiste basé à La Havane, sous couvert d’anonymat.
La communauté internationale, notamment les pays d’Amérique latine et l’Union européenne, suit de près l’évolution de la situation. Certains États, comme le Mexique ou l’Argentine, ont déjà exprimé leur volonté d’apporter un soutien logistique ou humanitaire, mais aucune aide concrète n’a encore été déployée à grande échelle.
Une chose est sûre : sans une solution énergétique rapide et un assouplissement des sanctions, les Cubains devront continuer à vivre dans l’incertitude, entre pénuries et pannes à répétition.
Les livraisons de pétrole vénézuélien vers Cuba ont été interrompues après une opération militaire menée par les États-Unis au Venezuela en janvier 2026. Cette intervention a conduit Washington à durcir ses sanctions contre Caracas, coupant ainsi un approvisionnement crucial pour l’île, qui dépendait à plus de 60 % de ce fournisseur pour son carburant.
Les coupures de courant perturbent l’approvisionnement en eau, rendent les systèmes de ventilation inutilisables et aggravent les conditions de vie dans un contexte de températures élevées. Les habitants doivent également faire face à des difficultés accrues pour conserver leurs aliments et maintenir un minimum de confort dans leur quotidien.