Entre 2021 et 2024, Cuba a enregistré le départ de plus de 77 000 professionnels de santé, dont 30 000 médecins, représentant près d’un quart de ses effectifs médicaux, selon les dernières statistiques officielles publiées fin 2025 par le quotidien Le Monde.

Ce phénomène, qualifié d’exode massif par plusieurs observateurs, illustre une crise profonde au sein du système de santé cubain. La perte d’un tel volume de personnel qualifié, en si peu de temps, interroge sur les causes de ce mouvement et ses conséquences pour l’île caraïbe, où le système de santé était autrefois érigé en modèle régional.

Ce qu'il faut retenir

  • Entre 2021 et 2024, Cuba a perdu 77 000 soignants, dont 30 000 médecins.
  • Cela représente un quart des effectifs médicaux du pays.
  • Les statistiques ont été publiées fin 2025 par les autorités cubaines.
  • Cet exode s’inscrit dans un contexte de détérioration des conditions de travail et de baisse des salaires.

Un système de santé autrefois modèle

Longtemps présenté comme un fleuron du socialisme cubain, le système de santé de l’île a longtemps servi de vitrine internationale. Grâce à un réseau dense de centres de soins et à une médecine gratuite et accessible, Cuba formait des médecins pour ses propres besoins et pour des pays alliés, notamment en Amérique latine, en Afrique et au Moyen-Orient. Pourtant, depuis le début des années 2020, la situation s’est inversée.

Les professionnels de santé, y compris les médecins, font désormais face à des conditions de travail jugées indignes par une partie de la communauté internationale. Les salaires, déjà modestes, ont été fortement érodés par l’inflation et la crise économique persistante, aggravée par les sanctions américaines et les difficultés d’approvisionnement en produits de base.

Des départs massifs vers l’étranger

Selon les données officielles, 30 000 médecins ont quitté le pays entre 2021 et 2024. Parmi eux, une majorité a choisi de s’installer dans des pays offrant des conditions de travail et des rémunérations plus attractives, comme l’Espagne, le Portugal, ou encore le Mexique. D’autres ont rejoint des missions médicales internationales, mais dans des conditions souvent moins avantageuses que par le passé.

Ce mouvement n’épargne aucun domaine de la santé : infirmiers, techniciens de laboratoire, spécialistes en santé publique — tous sont concernés. Les régions rurales, déjà en proie à un manque criant de personnel, sont les plus touchées par ces départs. Les provinces de l’est de l’île, comme Santiago de Cuba ou Granma, enregistrent les pertes les plus importantes.

Des causes multiples et cumulatives

Plusieurs facteurs expliquent cet exode sans précédent. D’abord, la détérioration des salaires, qui, en dollars américains, représentent aujourd’hui une fraction de ce qu’ils étaient il y a dix ans. Un médecin cubain gagne en moyenne entre 20 et 50 dollars par mois, un montant insuffisant pour subvenir aux besoins de base dans un contexte d’inflation galopante.

Ensuite, les conditions de travail se sont fortement dégradées. Manque de matériel médical, pénuries de médicaments, infrastructures vétustes : autant d’éléments qui découragent les professionnels et les poussent à chercher des alternatives à l’étranger. Enfin, l’isolement économique de Cuba, accentué par l’embargo américain et la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, a joué un rôle déterminant dans cette fuite des cerveaux.

Un impact direct sur la population

La disparition de près d’un quart des effectifs médicaux a des conséquences immédiates pour la population cubaine. Les délais d’attente pour une consultation ou une hospitalisation se sont allongés, et certains services, comme les urgences ou les spécialités rares, peinent à fonctionner normalement. Les zones rurales, déjà mal desservies, sont les plus exposées.

Les autorités cubaines ont tenté de freiner ce mouvement en promettant des augmentations de salaire et des améliorations des conditions de travail, mais ces mesures restent insuffisantes pour retenir les professionnels. « Les promesses ne suffisent plus, déclare un médecin anonyme interrogé par Le Monde. On nous parle de réformes, mais le quotidien ne change pas. Comment rester quand on ne peut même pas nourrir sa famille ? »

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir s’aggraver cette crise si aucune solution durable n’est trouvée. Les autorités cubaines devraient présenter un plan d’urgence pour stabiliser le système de santé d’ici la fin de l’année 2026, mais les observateurs restent sceptiques quant à sa faisabilité. En parallèle, des négociations sont en cours avec des organisations internationales pour tenter de recruter des médecins étrangers, une solution temporaire qui ne résoudra pas le problème structurel.

Une question reste en suspens : Cuba parviendra-t-elle à inverser la tendance avant que son système de santé ne soit durablement affaibli ? Le temps presse, et les indicateurs actuels ne plaident pas en sa faveur.

Les principaux motifs invoqués sont la baisse des salaires, jugés insuffisants pour vivre décemment, et la détérioration des conditions de travail (manque de matériel, pénuries de médicaments). L’isolement économique de Cuba, aggravé par l’embargo américain et la crise sanitaire, a également joué un rôle clé dans cette fuite des cerveaux.