Un paysage martien aussi intrigant qu’inattendu vient d’être révélé par le rover Curiosity de la Nasa. Le 11 juin 2026, l’engin a photographié une butte sableuse de six mètres de haut, surnommée « Miraflores », dans le cratère Gale. Autour d’elle, une étendue de fractures polygonales en nid-d’abeilles s’étend à perte de vue, une formation géologique jamais observée avec une telle ampleur sur la Planète rouge. Selon Futura Sciences, cette découverte soulève de nouvelles questions sur l’histoire climatique et sédimentaire de Mars.

Ce qu’il faut retenir

  • Le rover Curiosity a capturé le 11 juin 2026 une structure géologique inédite dans le cratère Gale, composée de polygones de dessiccation s’étendant sur une large surface.
  • Chaque polygone mesure entre 4 et 8 centimètres de diamètre, une taille inhabituelle pour ce type de formation, selon les planétologues.
  • Ces textures rappellent les fentes de dessiccation terrestres, mais leur origine sur Mars reste à élucider, entre cycles de gel-dégel et compression sédimentaire.
  • Le cratère Gale, où évolue Curiosity depuis 2012, est considéré comme un site clé pour étudier l’habitabilité passée de Mars, notamment pendant le Noachien (il y a plus de 3,7 milliards d’années).
  • Ashwin Vasavada, responsable scientifique de la mission au JPL, a qualifié ce paysage de « coup de souffle » et espère que les analyses permettront d’en percer les secrets.

Un paysage martien qui défie les attentes

Depuis son atterrissage dans le cratère Gale le 6 août 2012, le rover Curiosity explore méthodiquement les strates géologiques de Mars. Grâce à son générateur thermoélectrique à radio-isotope, il transmet en continu des données sur la composition minérale et les conditions environnementales passées. Selon Futura Sciences, la découverte récente d’une étendue de polygones de dessiccation dans la vallée « Valle Grande » marque une étape supplémentaire dans la compréhension de la géologie martienne.

Ce type de texture, bien connu sur Terre, se forme généralement lorsque de la boue ou des sédiments humides se rétractent en séchant, créant des fissures en forme de nids-d’abeilles. Pourtant, sur Mars, les mécanismes à l’œuvre pourraient être différents. Les scientifiques envisagent deux hypothèses principales : soit ces polygones résultent de cycles répétés de réchauffement et de refroidissement, soit ils proviennent de la compression de couches sédimentaires enfouies, expulsant l’eau sous la surface.

Le cratère Gale, une fenêtre sur le passé de Mars

Le choix du cratère Gale comme site d’atterrissage pour Curiosity n’est pas anodin. Creusé par un astéroïde il y a entre 3,8 et 3,5 milliards d’années, ce bassin offre un accès privilégié aux terrains les plus anciens de Mars. Selon les spécialistes, cette période correspond à l’ère noachienne, une phase où la planète abritait vraisemblablement des lacs et des rivières, voire un océan boréal. « Si de la vie a existé sur Mars, c’est dans ces strates que nous avons le plus de chances de trouver des traces fossiles », souligne Futura Sciences.

Les polygones découverts dans la vallée « Valle Grande » pourraient ainsi fournir des indices sur les conditions climatiques passées. Leur taille inhabituelle — entre 4 et 8 centimètres — suggère en effet une formation prolongée, probablement liée à des processus répétés plutôt qu’à un événement unique. Une telle observation est rare, même sur Terre, où ces structures se forment généralement à petite échelle.

Une découverte qui suscite l’enthousiasme des planétologues

« Nous avons découvert de nombreux paysages fascinants à travers les yeux de Curiosity, mais cette mer de polygones nous a coupé le souffle », a déclaré Ashwin Vasavada, responsable scientifique de la mission au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa, dans un communiqué. « Nous avons soigneusement mesuré leurs formes et analysé leur composition chimique. Nous espérons que ces données contiennent des indices permettant de comprendre comment ces structures se sont formées. »

Les images transmises par le rover montrent que ces polygones ne se limitent pas au fond de la vallée. Ils recouvrent également les flancs de la butte « Miraflores », recouverte d’une épaisse couche de sable. Cette observation renforce l’hypothèse selon laquelle ces formations pourraient être le résultat de processus anciens, préservés sous une fine couche de poussière martienne.

Des pistes pour comprendre l’évolution climatique de Mars

Sur Terre, les polygones de dessiccation sont souvent associés à des environnements arides, où l’eau s’évapore rapidement. Pourtant, sur Mars, leur présence dans une région comme le cratère Gale pourrait indiquer que la planète a connu des périodes de transition entre des climats humides et secs. Selon Futura Sciences, cette hypothèse s’inscrit dans le cadre plus large de l’évolution climatique martienne, marquée par trois grandes ères : le Noachien (humide), l’Hespérien (refroidissement et assèchement) et l’Amazonien (désert glacé actuel).

Les scientifiques estiment que les polygones découverts par Curiosity pourraient dater de la fin du Noachien ou du début de l’Hespérien, soit entre 3,7 et 3,2 milliards d’années. Leur étude détaillée pourrait ainsi aider à dater plus précisément les changements climatiques majeurs survenus sur Mars et, par extension, à mieux comprendre les conditions ayant permis — ou non — l’émergence de la vie.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à analyser les données chimiques et minéralogiques transmises par Curiosity. Les spectromètres embarqués permettront notamment de déterminer si ces polygones contiennent des traces d’argile ou de sels, deux indicateurs d’une exposition passée à l’eau liquide. Par ailleurs, l’équipe du JPL pourrait orienter le rover vers d’autres zones du cratère Gale présentant des formations similaires, afin d’établir une chronologie plus précise de leur formation. Enfin, cette découverte pourrait servir de référence pour les futures missions, comme le retour d’échantillons martiens prévu dans les années 2030, qui permettra d’étudier en laboratoire des fragments de ces structures.

Pour les exobiologistes, ces polygones représentent une piste supplémentaire dans la quête de traces de vie sur Mars. Leur étude s’inscrit dans une logique de planétologie comparée, où les connaissances acquises sur Terre aident à interpréter les paysages martiens. Comme le rappelle Futura Sciences, « Mars n’a pas toujours été le désert glacé que l’on connaît aujourd’hui ». Les missions robotisées comme Curiosity jouent ainsi un rôle clé dans la reconstruction de cette histoire.

Reste à savoir si ces polygones de dessiccation révéleront un jour leurs secrets. Une chose est sûre : avec chaque nouvelle image transmise par Curiosity, la frontière entre la science et la fiction s’amenuise, rapprochant un peu plus l’humanité de la compréhension de sa voisine planétaire.

Sur Terre, les fentes de dessiccation mesurent généralement quelques centimètres de diamètre, car elles se forment rapidement lors de l’assèchement de la boue. Sur Mars, leur taille plus importante pourrait s’expliquer par des processus plus lents et répétés, liés à des cycles climatiques prolongés ou à des mécanismes de compression sédimentaire sur des échelles de temps géologiques.

Le cratère Gale est considéré comme un site clé car il abrite des strates géologiques datant du Noachien, une période où Mars était probablement plus humide. Les roches y sont plus anciennes et pourraient contenir des traces fossiles d’une vie microbienne passée, si celle-ci a existé. Curiosity analyse notamment la présence de minéraux argileux, indicateurs d’une exposition prolongée à l’eau liquide.