Alors que la France connaît un été particulièrement chaud, des dizaines de plans d’eau ont dû fermer leurs accès à la baignade en raison de la prolifération de cyanobactéries, ces micro-organismes aussi appelés « algues bleues ». Selon Franceinfo - Santé, ces bactéries, naturellement présentes dans les milieux aquatiques, peuvent, dans certaines conditions, devenir toxiques pour l’homme et les animaux. Si leur développement est favorisé par la chaleur et la stagnation des eaux, leurs causes exactes restent souvent difficiles à identifier, comme l’illustre l’exemple du lac de Brionne, en Normandie.

Ce qu’il faut retenir

  • En Normandie, le lac de Brionne a dû fermer ses activités nautiques et la baignade la semaine dernière en raison d’une prolifération de cyanobactéries.
  • Ces micro-organismes peuvent provoquer des troubles intestinaux, dermatologiques, voire être mortels pour les chiens.
  • La fermeture est intervenue en l’espace de deux semaines seulement, passant d’une eau transparente à une couleur verte fluorescente.
  • Plusieurs facteurs sont suspectés : chaleur, pollution par les eaux usées ou l’agriculture, absence de vent.
  • Les solutions envisagées, comme le curage ou les ultrasons, restent coûteuses et peu efficaces à long terme.

Une fermeture rapide et inattendue pour les vacanciers

Le lac de Brionne, géré par la base de loisirs municipale de l’Eure, était jusqu’alors un spot prisé des habitants et des touristes. Pourtant, en l’espace de quinze jours seulement, l’eau a changé radicalement d’aspect, passant d’une transparence cristalline en juillet à une teinte verte fluorescente, signe d’une prolifération massive de cyanobactéries. La baignade et les activités nautiques y sont désormais interdites, au grand dam des vacanciers. « C’était la première fois pour le petit mais malheureusement, ce ne sera pas aujourd’hui », confie Marine, une mère de famille venue avec son fils de six ans, initialement enthousiaste à l’idée de faire du kayak.

Autour d’elle, la déception est palpable. Le plan d’eau de Brionne, situé au cœur d’une région peu dotée en alternatives de baignade, représentait une solution de proximité pour de nombreuses familles. « C’est quand même au milieu de pas mal de petites communes, donc c’est un endroit où il y a toujours relativement du monde », observe Marine. Elle précise : « Le plus proche, c’est Pont-l’Évêque. C’est quand même à 40-50 minutes de route, et puis c’est moins grand, c’est moins sympa. »

Des causes multiples, des solutions incertaines

Pour Pascal Madeleine, adjoint au sport à la mairie de Brionne, la situation a évolué « très, très vite ». « En l’espace de 15 jours, l’eau a changé du tout au tout », souligne-t-il. Si les fortes chaleurs sont souvent pointées du doigt, les cyanobactéries se développent en réalité sous l’effet combiné de plusieurs facteurs : température élevée, pollution par l’azote ou le phosphore (liée aux rejets agricoles ou aux eaux usées), et absence de brassage naturel de l’eau, notamment en cas de vent faible. Pourtant, ces conditions n’étaient pas réunies en juillet, où l’eau était alors saine malgré des températures déjà élevées.

« On ne sait pas pourquoi, il y a des années où ça va bien fonctionner, d’autres où ça ne va pas fonctionner », explique Pascal Madeleine. Le responsable municipal admet que « personne n’a vraiment la solution adéquate pour résoudre ce problème ». Parmi les pistes envisagées, le traitement par ultrasons est actuellement testé en France. Une méthode prometteuse, mais dont le coût élevé et l’efficacité limitée — « ce n’est pas efficace à 100 % » — en font une solution partielle. Autre option : le curage du lac. Une solution radicale, coûteuse — « 250 000 euros pour un lac deux fois plus petit » selon Michel Louchard, responsable de la base de loisirs — et dont l’efficacité reste aléatoire. « Deux ans après un curage, la cyanobactérie s’est réinstallée dans un lac voisin », rappelle-t-il.

Des alternatives limitées pour les baigneurs

En attendant des solutions durables, la base de loisirs de Brionne propose une alternative aux activités nautiques : des parcours de canoë ou de paddle sur la rivière voisine, dont les eaux sont claires. En revanche, la baignade y est interdite pour des raisons de sécurité. Une situation qui illustre les difficultés rencontrées par les collectivités pour concilier santé publique, tourisme et préservation des écosystèmes.

À l’échelle nationale, la situation n’est pas isolée. Selon Franceinfo - Santé, des dizaines de plans d’eau sont actuellement interdits à la baignade en France, principalement en raison de la prolifération de cyanobactéries. Ces micro-organismes, bien que naturels, peuvent devenir dangereux lorsque leur concentration dépasse un certain seuil. Leurs effets sur la santé humaine incluent des troubles digestifs, des irritations cutanées, voire des complications plus graves en cas d’ingestion d’eau contaminée. Les animaux, en particulier les chiens, sont encore plus vulnérables : leur ingestion d’eau toxique peut s’avérer mortelle.

« On nous dit qu’il faut faire un curage du lac. On connaît un lac, pas très loin d’ici, qui a fait un curage, deux ans après, la cyanobactérie s’est réinstallée. »
— Michel Louchard, responsable de la base de loisirs de Brionne

Une problématique qui dépasse le cadre local

Le cas de Brionne n’est qu’un exemple parmi d’autres de la vulnérabilité des écosystèmes aquatiques face aux changements environnementaux. Les cyanobactéries, autrefois cantonnées à des épisodes ponctuels, semblent aujourd’hui se multiplier et persister plus longtemps, en lien avec le réchauffement climatique et la dégradation de la qualité de l’eau. Les experts s’accordent à dire que les solutions doivent être à la fois locales — gestion des rejets agricoles, épuration des eaux — et globales, via une politique de préservation des milieux aquatiques à long terme.

Michel Louchard espère que « au niveau du gouvernement, de l’État, il y ait des recherches un peu plus poussées pour nous permettre de trouver des solutions dans les années à venir ». En Normandie, Brionne est le troisième plan d’eau à fermer ses activités nautiques cet été. Deux autres lacs de la région se trouvent à la limite du seuil d’alerte, selon les autorités sanitaires.

Et maintenant ?

Si les collectivités locales multiplient les initiatives, aucune solution miracle ne semble émerger à court terme pour endiguer durablement la prolifération des cyanobactéries. Les recherches se poursuivent, notamment sur les traitements par ultrasons ou les méthodes de bio-remédiation, mais leur mise en œuvre à grande échelle prendra du temps. D’ici là, les baigneurs devront redoubler de prudence, en vérifiant systématiquement l’état des plans d’eau avant de s’y rendre. Les autorités sanitaires, quant à elles, appellent à une vigilance accrue, en particulier pour les chiens, dont les décès liés à l’ingestion d’eau contaminée ont déjà été recensés cet été dans plusieurs régions.

Une chose est sûre : avec l’intensification des épisodes de canicule et la pression accrue sur les ressources en eau, la problématique des cyanobactéries devrait rester au cœur des débats environnementaux dans les années à venir. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place et adapter les politiques publiques en conséquence.