À Villecien, dans le département de l’Yonne, la pépinière Planteurs organise ce mercredi un chantier participatif de replantation de haies. Cette initiative s’inscrit dans une campagne plus large, à la fois pédagogique et écologique, visant à restaurer ces linéaires végétaux essentiels à l’équilibre des écosystèmes agricoles. Selon Reporterre, l’opération illustre une tendance croissante parmi les pépinières françaises, qui replacent désormais les haies au cœur de leurs activités.

Ce qu'il faut retenir

  • La pépinière Planteurs, située à Villecien dans l’Yonne, lance une campagne de replantation de haies sous serre et en plein champ.
  • Ces haies, composées d’espèces locales comme les cornouillers ou les érables champêtres, jouent un rôle crucial pour la biodiversité et l’agriculture.
  • L’initiative s’inscrit dans une dynamique nationale de restauration des haies, portées par des structures spécialisées et des agriculteurs engagés.

Sous la serre translucide de la pépinière, où l’hiver a laissé place à une lumière hivernale blafarde, les plants de cornouillers, d’érables champêtres et d’autres essences locales bruissent au moindre souffle d’air. Cette scène, typique des paysages bourguignons, prend une dimension nouvelle avec ces chantiers de replantation. « Refaire ce qui était là du temps des anciens », résume un responsable de la pépinière, qui souligne l’importance de retrouver des paysages agricoles autrefois couverts de haies bocagères. Selon Reporterre, ces linéaires végétaux, aujourd’hui souvent disparus, remplissent plusieurs fonctions : brise-vent pour les cultures, refuge pour la faune auxiliaire et corridor écologique.

Les pépinières comme Planteurs ne se contentent pas de produire des plants. Elles accompagnent aussi les agriculteurs dans la conception et la mise en place de ces haies. « On ne plante pas n’importe quoi, explique un technicien. On sélectionne des espèces adaptées au sol et au climat local, tout en veillant à la diversité végétale. » Les chantiers, organisés en partenariat avec des associations locales et des collectivités, s’adressent aussi bien aux exploitants agricoles qu’aux particuliers soucieux de restaurer leur environnement.

Des haies pour lutter contre l’érosion des sols et favoriser la biodiversité

Les haies bocagères ont longtemps été un pilier de l’agriculture traditionnelle en France. Leur déclin, accéléré par l’intensification des pratiques agricoles dans les années 1960-1980, a eu des conséquences mesurables : perte de biodiversité, érosion des sols, et même une baisse de la résilience des cultures face aux aléas climatiques. Selon Reporterre, la replantation de ces haies s’appuie désormais sur des données scientifiques solides. Une étude publiée en 2023 par l’INRAE montrait que les haies réduisaient jusqu’à 30 % l’érosion des sols en pente, tout en abritant jusqu’à 50 % d’espèces d’oiseaux et d’insectes en plus par rapport aux parcelles non boisées.

Dans l’Yonne, où les paysages sont encore marqués par les traces du bocage, la pépinière Planteurs mise sur la pédagogie. Des ateliers sont organisés pour expliquer aux participants comment choisir les essences, les planter et les entretenir. « On part du principe que tout le monde peut agir, du néophyte au professionnel », précise un animateur. Les chantiers attirent ainsi des bénévoles, des étudiants en agronomie et des agriculteurs en conversion vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement.

Un mouvement qui dépasse les frontières de l’Yonne

Si la pépinière Planteurs est un exemple local, son initiative s’inscrit dans un mouvement national. En 2024, le ministère de l’Agriculture a lancé un plan « Haies 2030 », doté de 50 millions d’euros, pour replanter 7 000 kilomètres de haies d’ici cinq ans. Plusieurs régions, dont la Bourgogne-Franche-Comté, ont emboîté le pas avec des dispositifs d’aide à la plantation et à l’entretien. Selon Reporterre, près de 2 000 hectares de haies ont déjà été replantés en France depuis 2020, un chiffre encourageant mais encore insuffisant pour inverser des décennies de recul.

Les pépiniéristes jouent un rôle clé dans cette dynamique. En produisant des plants adaptés et en formant les acteurs locaux, ils facilitent la reconquête de ces linéaires végétaux. « C’est une question de temps et de moyens, souligne un pépiniériste. Mais avec la prise de conscience actuelle, on peut espérer un vrai rebond. » Les haies, autrefois perçues comme des obstacles à l’agriculture moderne, retrouvent ainsi leur place dans les stratégies de transition écologique.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pour la pépinière Planteurs et ses partenaires consisteront à élargir les chantiers de replantation au printemps 2026, avec une attention particulière portée aux zones les plus dégradées. Un projet de cartographie collaborative des haies disparues est également en discussion pour cibler les secteurs prioritaires. Enfin, un appel à projets sera lancé cet été pour financer de nouvelles pépinières dédiées aux essences bocagères, avec une enveloppe de 2 millions d’euros prévue dans le cadre du plan Haies 2030.

Alors que les enjeux climatiques et la baisse de la biodiversité s’intensifient, la replantation des haies s’impose comme une solution concrète et accessible. Dans l’Yonne comme ailleurs, les pépinières montrent que l’agriculture de demain peut, elle aussi, s’appuyer sur les savoir-faire d’hier.

Les pépinières comme Planteurs sélectionnent des espèces locales et adaptées au climat, comme le cornouiller sanguin, l’érable champêtre, le prunellier ou le hêtre. Ces essences offrent une bonne résistance aux maladies et favorisent la biodiversité.