Le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, s’est exprimé en détail sur trois sujets majeurs pour l’industrie aéronautique française et la géopolitique régionale : le chasseur Rafale, l’élection présidentielle de 2027 et les tensions au Moyen-Orient. Selon nos confrères de BFM Business, ces déclarations, faites lors de l’édition spéciale « La REF, le rendez-vous des entrepreneurs » du 28 août 2026, offrent un éclairage sans concession sur les défis et opportunités qui se présentent pour la France et son fleuron industriel.

Ce qu'il faut retenir

  • Eric Trappier a confirmé que Dassault Aviation maintient son objectif de livrer 28 Rafale par an à l’armée française, malgré les retards observés sur certains programmes export.
  • Le PDG a souligné l’importance du Rafale pour la souveraineté française, insistant sur son rôle clé dans les commandes étrangères, notamment en Europe et en Inde.
  • Concernant l’élection présidentielle de 2027, Eric Trappier a rappelé que l’industrie aéronautique « ne fait pas de politique », mais que la stabilité institutionnelle est cruciale pour les grands contrats.
  • Au Moyen-Orient, il a confirmé que Dassault Aviation continue de négocier avec plusieurs pays, malgré un contexte géopolitique « particulièrement tendu ».
  • Le PDG a aussi évoqué la nécessité de renforcer les partenariats européens pour contrer la concurrence américaine et chinoise dans le secteur.

Le Rafale, toujours au cœur des enjeux industriels et stratégiques

Eric Trappier a réaffirmé la position centrale du Rafale dans la stratégie de Dassault Aviation. « Le Rafale reste notre fer de lance », a-t-il déclaré, précisant que l’appareil représente plus de 60 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. D’après nos confrères de BFM Business, il a également confirmé que les livraisons à l’armée française se poursuivent, avec un rythme soutenu malgré des retards ponctuels sur certains équipements électroniques.

Côté export, le PDG a rappelé que Dassault Aviation vise à conclure au moins trois nouveaux contrats majeurs d’ici 2028, en ciblant notamment des pays européens comme la Pologne ou la Suède. « Le Rafale est aujourd’hui le seul avion européen capable de rivaliser avec les F-35 américains », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant que la concurrence asiatique, portée par le J-20 chinois, se fait de plus en plus pressante.

Élection présidentielle 2027 : l’industrie aéronautique dans l’expectative

Interrogé sur l’impact potentiel de l’élection présidentielle française de 2027, Eric Trappier a adopté une posture pragmatique. « Notre rôle n’est pas de prendre position, mais de nous adapter », a-t-il indiqué, ajoutant que Dassault Aviation surveille de près les programmes de défense annoncés par les différents candidats. Selon BFM Business, il a notamment pointé du doigt les risques de « renationalisation » des achats militaires, qui pourraient freiner les exportations.

Le PDG a également mis en garde contre une possible réduction des budgets alloués à la défense, en période où la France doit faire face à des menaces croissantes en Europe de l’Est et en Méditerranée. « La souveraineté ne se négocie pas », a-t-il martelé, rappelant que le Rafale est un outil indispensable pour garantir l’autonomie stratégique de la France.

Moyen-Orient : un marché sous haute tension, mais toujours porteur

Le Moyen-Orient reste un théâtre d’opérations majeur pour Dassault Aviation, malgré un contexte géopolitique explosif. Eric Trappier a confirmé que l’entreprise maintient des discussions avancées avec plusieurs pays de la région, notamment pour des commandes supplémentaires de Rafale. « Les tensions actuelles ne doivent pas masquer l’importance de ces marchés », a-t-il souligné, citant l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis comme des partenaires clés.

Cependant, il a admis que les incertitudes régionales compliquent les négociations. « On ne vend pas des avions comme on vend des voitures », a-t-il expliqué, rappelant que les contrats de défense dépendent autant des relations politiques que des besoins militaires. Selon BFM Business, il a également évoqué les risques liés aux sanctions internationales et aux embargos, qui peuvent bloquer des transferts de technologie.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances clés pourraient influencer la trajectoire de Dassault Aviation dans les mois à venir. D’abord, les annonces budgétaires de la Loi de programmation militaire 2027-2032, attendues avant la fin de l’année, détermineront le rythme des commandes françaises. Ensuite, les résultats des négociations en cours avec l’Inde pour une possible commande supplémentaire de 26 Rafale, dont la signature est espérée d’ici mars 2027. Enfin, l’évolution des tensions au Moyen-Orient et en Ukraine pourrait soit accélérer, soit freiner les exportations.

Reste à voir si Dassault Aviation parviendra à concilier son ambition industrielle avec les aléas géopolitiques et politiques. Une chose est sûre : dans un secteur aussi compétitif que l’aéronautique de défense, chaque contrat compte. Et le Rafale, lui, n’a pas fini de faire parler de lui.

En 2026, le Rafale fait face à trois principaux concurrents : le F-35 américain, le J-20 chinois et l’eurofighter Typhoon. Le F-35 domine largement le marché grâce à son avance technologique et son soutien politique américain, tandis que le J-20 représente une menace croissante pour les exportations françaises en Asie. Quant au Typhoon, il reste un rival sérieux en Europe, notamment pour les pays membres de l’OTAN.