L’intelligence artificielle repose sur des infrastructures physiques toujours plus gourmandes en énergie. Les data centers, ces cathédrales du numérique, sont devenus les acteurs centraux de cette révolution technologique. Dans un entretien récent, Sikander Rashid, responsable mondial des infrastructures IA chez Brookfield, a détaillé pour BFM Business les multiples facettes de ce secteur en pleine mutation, entre consommation énergétique, décarbonation et dynamiques d’investissement.

Ce qu'il faut retenir

  • 33:13 minutes : durée de l’entretien entre Kokou Agbo-Bloua et Sikander Rashid sur BFM Business.
  • 2050 Investors : programme dans lequel s’inscrit cet épisode dédié aux infrastructures technologiques.
  • L’entraînement et l’inférence : deux processus clés de l’IA qui pèsent lourdement sur la consommation d’énergie et d’eau.
  • Essor ou bulle ? : la question centrale qui anime le débat sur la pérennité des investissements dans l’IA.
  • Sikander Rashid : responsable mondial des infrastructures IA chez Brookfield, interlocuteur clé de cet échange.

Des infrastructures énergivores au cœur de l’IA

Les data centers ne sont pas de simples entrepôts de serveurs. Ils sont les moteurs invisibles de l’intelligence artificielle, assurant deux fonctions essentielles : l’entraînement des modèles, qui nécessite des milliers de serveurs fonctionnant en parallèle pendant des semaines, et l’inférence, c’est-à-dire l’exécution des algorithmes pour répondre aux requêtes des utilisateurs. Selon Sikander Rashid, ces processus consomment une quantité colossale d’énergie — « autant dire que chaque requête sur un modèle d’IA laisse une empreinte carbone significative », a-t-il souligné.

La consommation d’eau, souvent négligée, représente également un défi majeur. Les systèmes de refroidissement des data centers, indispensables pour éviter la surchauffe, nécessitent des volumes d’eau importants. Face à ces enjeux, les acteurs du secteur cherchent des solutions pour réduire leur impact environnemental, comme l’utilisation de sources d’énergie renouvelables ou des technologies de refroidissement plus efficaces.

Un équilibre délicat entre expansion et décarbonation

L’expansion des data centers est portée par une demande exponentielle, tirée par l’adoption massive de l’IA dans des secteurs variés, de la santé à la finance en passant par la logistique. Pourtant, cette croissance se heurte à une contrainte majeure : la nécessité de décarboner ces infrastructures. « Nous devons concilier l’essor de l’IA avec une réduction drastique de notre empreinte carbone », a expliqué Sikander Rashid. Pour y parvenir, les investisseurs et les entreprises explorent plusieurs pistes, comme l’alimentation des data centers par des énergies 100 % renouvelables ou l’optimisation des algorithmes pour limiter leur consommation énergétique.

Le modèle économique de ces infrastructures est également questionné. Les coûts d’investissement et de maintenance des data centers sont colossaux, et leur rentabilité dépend de leur capacité à attirer des clients prêts à payer pour des services toujours plus performants. « La question n’est plus de savoir si l’IA va se développer, mais comment financer une croissance durable », a résumé l’expert de Brookfield.

L’Europe face aux défis de la souveraineté numérique

Si les États-Unis et la Chine dominent largement le marché des data centers, l’Europe tente de se positionner comme un acteur clé de cette transition. Avec des régulations strictes en matière d’environnement et une volonté de réduire sa dépendance technologique, le Vieux Continent mise sur l’innovation pour attirer les investissements. Cependant, des obstacles structurels persistent, comme la fragmentation des marchés ou le manque de culture boursière locale.

« L’Europe a les cartes en main pour devenir un leader dans les data centers verts, mais cela nécessite une coordination accrue entre les États membres », a indiqué Sikander Rashid. Les initiatives comme le Green Deal européen ou les subventions pour les projets d’infrastructures durables pourraient accélérer cette dynamique. Reste à savoir si ces mesures suffiront à rivaliser avec les géants américains et asiatiques.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient marquer l’avenir des data centers et de l’IA dans les mois à venir. D’ici la fin 2026, l’Union européenne devrait finaliser ses nouvelles règles sur l’efficacité énergétique des infrastructures numériques, une réglementation attendue comme un tournant pour le secteur. Par ailleurs, les avancées technologiques en matière de refroidissement et d’alimentation renouvelable pourraient permettre de réduire significativement l’empreinte carbone des data centers d’ici 2027. Enfin, la question des investissements reste ouverte : la bulle spéculative autour de l’IA va-t-elle éclater, ou ces infrastructures vont-elles prouver leur rentabilité à long terme ?

Pour Sikander Rashid, une chose est sûre : « L’IA n’est pas une mode passagère, c’est une révolution en marche. Mais sa réussite dépendra de notre capacité à la construire de manière responsable ».

Les acteurs du secteur misent sur plusieurs solutions : l’utilisation exclusive d’énergies renouvelables pour alimenter les infrastructures, l’optimisation des algorithmes d’IA pour limiter leur consommation énergétique, le déploiement de technologies de refroidissement plus efficaces (comme l’immersion liquide), et enfin la mutualisation des ressources via le cloud computing pour éviter la multiplication des data centers.