L’un des artistes israéliens les plus influents du XXe et XXIe siècle, Yaakov Agam, s’est éteint dimanche 21 juin 2026 à l’âge de 98 ans dans sa ville natale de Rishon LeZion, au centre d’Israël. Selon Franceinfo - Culture, son décès a été annoncé sur les réseaux sociaux par le maire de la ville, Raz Kinstlich, qui a salué « l’un des artistes les plus grands, influents et novateurs » de sa génération.

Ce qu'il faut retenir

  • Yaakov Agam, pionnier de l’art cinétique, est décédé le 21 juin 2026 à l’âge de 98 ans à Rishon LeZion, en Israël.
  • Il était lauréat du Prix d’Israël, distinction nationale majeure, décernée en avril 2026.
  • Son œuvre la plus emblématique, le Salon Agam, conçu pour l’Élysée en 1974, est aujourd’hui conservée au Centre Pompidou à Paris.
  • Agam a marqué l’art mondial avec des installations monumentales, comme la fontaine eau-feu de la place Dizengoff à Tel-Aviv ou la mosaïque de La Défense.
  • Il a côtoyé des figures majeures de l’art moderne, dont Brancusi, Marc Chagall et André Breton.
  • Son approche artistique reposait sur l’idée que « la seule langue que je parle, c’est le visuel », selon ses propres mots.

Né Yaakov Gibstein en 1928 à Rishon LeZion, Agam s’était formé en Suisse avant de s’installer à Paris dans les années 1950. C’est dans la capitale française qu’il a forgé sa réputation, en développant un style unique mêlant abstraction, mouvement et interaction avec le spectateur. Son travail, souvent classé dans la catégorie de l’art cinétique, se caractérise par des œuvres dynamiques où les formes et les couleurs évoluent selon le point de vue ou l’éclairage. Comme le rappelle le Centre Pompidou, « ses créations, souvent monumentales, ont marqué des villes comme Tel-Aviv, Paris, La Défense, Cleveland ou Leverkusen ».

Parmi ses réalisations les plus célèbres figure le Salon Agam, une œuvre conçue spécifiquement pour le palais de l’Élysée en 1974. Ce salon privé, aujourd’hui exposé au Centre Pompidou, illustre parfaitement sa maîtrise de l’art cinétique, où les éléments visuels s’animent pour créer une expérience immersive. Une autre de ses créations emblématiques reste la fontaine eau-feu de la place Dizengoff à Tel-Aviv, un hommage à la fois poétique et technique à son art. En 1977, il a également réalisé une imposante fontaine en mosaïque sur le parvis de La Défense, à Paris, consolidant sa présence dans le paysage artistique international.

Une carrière jalonnée de distinctions et d’influences

Yaakov Agam a reçu de nombreuses récompenses au fil de sa carrière, mais celle qui couronne sa vie artistique reste sans doute le Prix d’Israël, décerné en avril 2026. Lors de la cérémonie, il avait souligné l’importance de la créativité dans la tradition juive, déclarant : « La créativité est le fondement du judaïsme. » Cette distinction, l’une des plus prestigieuses d’Israël, récompense des personnalités ayant contribué de manière exceptionnelle à la culture et à la société israéliennes. Agam avait été récompensé pour l’ensemble de son œuvre, qui a profondément influencé l’art contemporain.

Son parcours artistique a été marqué par des rencontres avec des figures majeures du XXe siècle. Installé à Paris dans les années 1950, il a évolué dans un milieu artistique bouillonnant, fréquentant des artistes comme Brancusi, dont il a été l’élève, ou encore Marc Chagall et André Breton. Ces échanges ont nourri sa réflexion sur l’art et la perception, le conduisant à développer une approche résolument innovante. « Agam est devenu l’une des figures les plus marquantes de l’art cinétique mondial », peut-on lire sur le site du Centre Pompidou, qui conserve plusieurs de ses œuvres dans ses collections.

« La seule langue que je parle, c’est le visuel. La parole trahit, car les mots viennent de la bouche, et la bouche vient de l’estomac… Les yeux font partie de l’âme. Si vous regardez avec les yeux, vous regardez avec l’âme. »
— Yaakov Agam, en 2020, lors d’un entretien avec le Centre d’art.

Un héritage artistique encore visible dans le monde

L’héritage de Yaakov Agam dépasse largement les frontières d’Israël. Ses œuvres, souvent monumentales, ornent des lieux publics et des musées à travers le globe. À Paris, le Centre Pompidou conserve plusieurs de ses créations, dont le Salon Agam, une œuvre conçue pour l’Élysée mais jamais installée en raison de contraintes techniques. Aujourd’hui, cette pièce majeure de l’art cinétique est exposée et continue de fasciner les visiteurs par son dynamisme et sa complexité.

En Israël, ses réalisations sont visibles dans plusieurs villes. À Tel-Aviv, sa fontaine eau-feu de la place Dizengoff est devenue un symbole de la ville, mêlant eau et feu dans une chorégraphie visuelle. À Jérusalem, ses œuvres sont présentes dans des collections privées et publiques, témoignant de son ancrage dans la culture israélienne. À l’étranger, ses installations à La Défense (France), Cleveland (États-Unis) ou Leverkusen (Allemagne) ont marqué l’espace urbain, transformant des lieux ordinaires en expériences artistiques uniques.

Son style, à la fois minimaliste et spectaculaire, a inspiré des générations d’artistes. En associant technologie et poésie, Agam a repoussé les limites de l’art cinétique, faisant de ses œuvres des ponts entre l’abstraction et la participation du public. Comme le souligne le Centre Pompidou, « ses créations essaiment de par le monde, laissant une empreinte durable dans l’histoire de l’art moderne ».

Et maintenant ?

Avec le décès de Yaakov Agam, le monde de l’art perd une figure majeure du XXe siècle. Son influence sur l’art cinétique et l’art contemporain devrait perdurer, notamment à travers les expositions de ses œuvres dans les musées et les rétrospectives qui lui seront consacrées. Le Centre Pompidou, qui conserve déjà plusieurs de ses pièces, pourrait organiser une exposition dédiée pour célébrer son héritage. Par ailleurs, les villes où ses œuvres sont installées, comme Tel-Aviv ou La Défense, pourraient renforcer leur promotion culturelle autour de ces réalisations, attirant ainsi un public international.

Enfin, la question de la conservation de ses œuvres monumentales se pose, notamment celles exposées en extérieur. Leur entretien et leur protection contre les intempéries et le vandalisme seront essentiels pour préserver cet héritage pour les générations futures.

Yaakov Agam laisse derrière lui une œuvre prolifique et une vision de l’art qui a marqué des millions de spectateurs. En refusant de se limiter à une seule discipline ou à un seul médium, il a démontré que l’art peut être à la fois un langage universel et une expérience personnelle, accessible à tous ceux qui acceptent de regarder au-delà des apparences. Son message, à la fois simple et profond, résonne encore aujourd’hui : « Si vous regardez avec les yeux, vous regardez avec l’âme. »

L’art cinétique est un mouvement artistique apparu dans les années 1950-1960, qui intègre le mouvement réel ou optique dans les œuvres. Les artistes cinétiques utilisent des matériaux mobiles, des moteurs ou des effets de lumière pour créer des œuvres dynamiques. Yaakov Agam, avec des artistes comme Alexander Calder ou Victor Vasarely, a contribué à populariser ce mouvement en donnant une dimension immersive et interactive à ses créations.

Non. Le Salon Agam, conçu spécialement pour le palais présidentiel de l’Élysée en 1974, n’a jamais été installé dans les locaux en raison de contraintes techniques. L’œuvre est aujourd’hui conservée au Centre Pompidou à Paris, où elle est exposée et accessible au public.