Un air inédit, longtemps attribué à tort à un compositeur mineur du XVIIIe siècle, pourrait finalement s’avérer être l’œuvre d’un certain Wolfgang Amadeus Mozart. C’est ce qu’affirme Franceinfo – Culture, après analyse d’un manuscrit conservé dans les archives de Salzbourg. Ce document, jusqu’ici classé parmi les pièces anonymes, présente des caractéristiques stylistiques propres au génie salzbourgeois, selon les experts consultés par la rédaction.
Ce qu'il faut retenir
- Un manuscrit conservé à Salzbourg, classé jusqu’ici comme anonyme, présente des semblances stylistiques avec Mozart
- Une équipe d’experts en musicologie, dont la musicologue autrichienne Elfriede Moser, a identifié des traits typiques du compositeur dans la partition
- L’œuvre, intitulée « L’Adieu à la nuit », était initialement attribuée à Johann Georg Albrechtsberger, contemporain de Mozart
- La découverte pourrait enrichir le catalogue des œuvres du compositeur, actuellement évalué à 626 pièces
- Un concert de présentation est prévu le 15 juillet 2026 à Salzbourg pour faire entendre cet air
Un manuscrit redécouvert dans les archives salzbourgeoises
Le document en question, un manuscrit autographe daté de 1785, a été exhumé des réserves de la Bibliothèque nationale d’Autriche à Salzbourg. Longtemps négligé par les chercheurs, il portait l’étiquette « Musique de chambre, œuvre anonyme » dans les catalogues. Pourtant, lors d’un inventaire mené en 2024, une musicologue viennoise, Elfriede Moser, a remarqué des modulations caractéristiques et une structure harmonique typiques de la période viennoise de Mozart. « On y retrouve cette écriture où les lignes mélodiques s’entrelacent avec une précision quasi géométrique », a-t-elle expliqué à Franceinfo – Culture.
Des experts divisés sur l’attribution
Si l’hypothèse d’une œuvre de Mozart séduit une partie de la communauté musicologique, d’autres voix appellent à la prudence. Le professeur Hans Weber, spécialiste de la période classique à l’Université de Munich, a indiqué que « les similarités avec l’œuvre de Mozart sont frappantes, mais cela ne suffit pas à écarter totalement la possibilité d’un pastiche ». Il rappelle que de nombreux compositeurs de l’époque imitaient le style mozartien. « Il faudra des analyses stylométriques poussées et, si possible, des comparaisons avec des œuvres avérées de Mozart pour trancher », a-t-il ajouté. Une datation au carbone 14 des encres et papiers est en cours pour affiner la chronologie du document.
Pour Elfriede Moser, en revanche, les preuves sont déjà convaincantes. « La main qui a noté cette partition est celle d’un musicien familier des techniques de Mozart. Le manuscrit comporte des annotations en allemand du XVIIIe siècle, dont certaines correspondent à des termes utilisés par le compositeur dans ses lettres », a-t-elle précisé. Elle cite notamment la présence de « Kadenzen » (cadences) et de « Modulationen » (modulations) typiques de l’écriture mozartienne.
Une œuvre méconnue à découvrir
Intitulé « L’Adieu à la nuit », cet air pour soprano et clavecin est écrit dans un style lyrique proche des arias des Noces de Figaro ou de Don Giovanni. La partition, composée de 12 pages, inclut des indications dynamiques précises (« piano », « crescendo ») et une ligne vocale exigeante, typique des rôles mozartiens. « Ce n’est pas une œuvre mineure, mais une pièce qui mérite d’être jouée », a souligné Moser. Elle évoque un « lyrisme envoûtant », avec des intervalles vocaux qui rappellent les grands airs de la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée.
Selon les archives, le manuscrit aurait appartenu à une famille noble autrichienne avant d’être cédé à l’État en 1923. Aucun enregistrement sonore de l’œuvre n’existe à ce jour, mais une reconstitution en clavecin a été réalisée par l’Ensemble Baroque de Vienne pour les besoins de l’enquête.
Reste à savoir si cette attribution sera définitivement validée par la communauté scientifique. En attendant, cette affaire rappelle que le patrimoine musical européen recèle encore des trésors méconnus, tapis dans l’ombre des archives. Comme le note Elfriede Moser : « Mozart a écrit plus de 600 œuvres en une vie relativement courte. Qui sait combien d’autres partitions dorment encore dans des bibliothèques, attendant d’être redécouvertes ? »
Les experts procèdent actuellement à des analyses stylométriques et à une datation au carbone 14 du manuscrit. Les résultats, attendus pour septembre 2026, devraient apporter des éléments déterminants pour valider ou infirmer l’hypothèse mozartienne.