Selon Futura Sciences, des observations récentes menées avec l’instrument Dark Energy Spectroscopic Instrument (DESI) pourraient forcer les cosmologistes à repenser radicalement le modèle standard de l’Univers. Publiée le 3 juillet 2026, une étude menée par les chercheurs Marco Galoppo et Francesco Sylos Labini révèle des structures cosmiques à grande échelle bien plus étendues que prévu, remettant en cause l’un des piliers de la cosmologie moderne : le principe cosmologique.
Ce qu'il faut retenir
- Une anomalie à l’échelle cosmique : Les données de DESI montrent des filaments et des murs de galaxies s’étendant sur plusieurs milliards d’années-lumière, là où le modèle ΛCDM prévoyait une répartition uniforme de la matière.
- Un défi au principe cosmologique : Ce principe, selon lequel l’Univers est homogène et isotrope à grande échelle, pourrait ne plus tenir face à ces observations.
- Des implications pour la matière noire et l’énergie noire : Les structures observées suggèrent que ces composantes mystérieuses du modèle standard pourraient interagir différemment de ce que l’on imagine.
- Une remise en question du taux d’expansion de l’Univers : Les nouvelles données pourraient également influencer la mesure de la constante de Hubble, déjà source de débats dans la communauté scientifique.
- Des simulations en désaccord avec la réalité : Les univers simulés selon le modèle ΛCDM ne reproduisent pas les structures massives observées dans les cartes de DESI.
Un siècle de cosmologie en question
Il y a près d’un siècle, Albert Einstein jetait les bases de la cosmologie moderne avec sa théorie de la relativité générale. En 1917, il proposait un modèle d’Univers statique et courbe, sans se douter que les observations futures confirmeraient l’expansion de l’espace. Les travaux d’Einstein, puis ceux de scientifiques comme Georges Lemaître ou Willem de Sitter, ont conduit à l’émergence du modèle du Big Bang et, plus tard, du modèle cosmologique standard (ΛCDM), qui domine la cosmologie depuis les années 2000.
Ce modèle repose sur trois piliers : environ 5 % de matière ordinaire, 25 % de matière noire et 70 % d’énergie noire, cette dernière étant représentée par la constante cosmologique Λ. Jusqu’à présent, il a permis de décrire avec une précision remarquable l’histoire de l’expansion de l’Univers, la formation des éléments légers après le Big Bang, ainsi que le rayonnement fossile, témoignant de l’état de l’Univers lorsque celui-ci n’était âgé que de 380 000 ans.
Le principe cosmologique en sursis
Le modèle ΛCDM s’appuie sur une hypothèse fondamentale : à très grande échelle, la matière est répartie de manière homogène et isotrope dans l’Univers. Autrement dit, quelle que soit la direction ou le point d’observation, l’Univers devrait apparaître similaire. Cette idée, appelée principe cosmologique, a été validée par des observations comme celles du satellite Planck, qui a cartographié le rayonnement fossile avec une précision inégalée.
Pourtant, les données les plus récentes de DESI, dont l’objectif est de cartographier en 3D la position de millions de galaxies, pourraient bien ébranler cette certitude. Dans une étude publiée récemment, les chercheurs Galoppo et Sylos Labini analysent la répartition des galaxies à l’échelle des plus grandes structures connues. Leurs résultats révèlent des motifs directionnels persistants, suggérant que la matière n’est pas aussi uniformément répartie que le prédit le modèle standard. « Les paires de galaxies ne sont pas orientées au hasard, mais s’alignent selon des filaments et des murs cohérents, sur des distances atteignant plusieurs milliards d’années-lumière », expliquent-ils.
Une toile cosmique bien plus vaste que prévu
Les simulations basées sur le modèle ΛCDM peinent à reproduire les structures observées par DESI. Dans ces univers virtuels, les motifs directionnels sont plus faibles et moins étendus. À l’inverse, les cartes réelles montrent une toile cosmique bien plus complexe et interconnectée que ce que les cosmologistes anticipaient. « Même aux échelles les plus grandes testées, l’Univers ressemble davantage à un écheveau emmêlé qu’à une brume diffuse et homogène », soulignent les auteurs de l’étude.
Cette découverte soulève plusieurs questions. D’abord, la matière noire, censée structurer les galaxies et les amas, interagirait-elle de manière plus complexe que prévu ? Ensuite, l’énergie noire, responsable de l’accélération de l’expansion de l’Univers, pourrait-elle jouer un rôle différent à ces échelles ? Enfin, et c’est le plus fondamental : le principe cosmologique est-il encore valable ? Si ces résultats sont confirmés, « cela violerait directement le principe cosmologique et forcerait à repenser les fondements mêmes de la cosmologie moderne », estime Francesco Sylos Labini.
D’autres anomalies déjà en débat
Le modèle ΛCDM n’a pas attendu ces nouvelles données pour être mis à l’épreuve. Plusieurs anomalies sont déjà débattues dans la communauté scientifique. La plus connue est la tension de Hubble, qui oppose les mesures du taux d’expansion de l’Univers obtenues par différentes méthodes. Les observations du télescope spatial James-Webb, par exemple, remettent en cause notre compréhension de la formation des premières structures cosmiques.
Une autre énigme, moins médiatisée mais tout aussi intrigante, est celle du dipôle cosmique. Ce phénomène désigne une asymétrie dans la distribution des quasars et des radiogalaxies lointains, qui semble défier les prédictions du modèle standard. « Une direction dans le ciel présente une concentration anormalement élevée de ces objets, alors que le modèle ΛCDM prévoit une répartition uniforme », précise l’astrophysicien Marco Galoppo.
Quelles conséquences pour la cosmologie ?
Si ces observations se confirment, les cosmologistes devront envisager des scénarios radicalement différents. Plusieurs pistes sont évoquées. La première consiste à remettre en cause la nature même de la matière noire. Peut-être interagit-elle non seulement par la gravité, mais aussi par d’autres forces encore inconnues, ce qui expliquerait la formation de structures aussi massives en un temps relativement court.
Une autre hypothèse serait de modifier les équations d’Einstein à grande échelle, par exemple en introduisant des termes supplémentaires dans la relativité générale. Certains chercheurs explorent déjà des modèles dits « inhomogènes », où les grandes structures jouent un rôle plus important que dans le modèle standard.
Enfin, il est possible que l’énergie noire ne soit pas une constante, comme le suppose la cosmologie actuelle, mais évolue dans le temps ou dans l’espace. Les données de DESI pourraient bien révéler que sa nature est bien plus complexe qu’un simple paramètre Λ.
Ces découvertes rappellent que la science est un processus en constante évolution. Comme l’a souligné Jayant Narlikar, pionnier des modèles cosmologiques alternatifs, « la cosmologie n’est pas une science figée, mais une discipline où chaque observation peut bouleverser nos certitudes ».
Le principe cosmologique affirme que l’Univers est homogène et isotrope à grande échelle, c’est-à-dire que sa structure ne change pas selon la direction ou le point d’observation. Les données de DESI suggèrent que la répartition de la matière présente des motifs directionnels persistants sur des milliards d’années-lumière, ce qui contredit cette hypothèse. Autrement dit, l’Univers serait bien plus structuré qu’on ne le pensait jusqu’à présent.
Les chercheurs attendent les prochaines livraisons de données de DESI, prévues d’ici 2028, ainsi que les résultats du télescope Euclid. Si les structures observées persistent à plus grande échelle, cela signifierait que le modèle ΛCDM doit être révisé en profondeur. À l’inverse, si ces motifs s’estompent, les observations pourraient s’expliquer dans le cadre actuel.