À Berlin, du 9 au 10 juin 2026, le New Age Defence Summit a réuni militaires, start-up, investisseurs et responsables politiques autour d’un enjeu central : l’avenir de la défense européenne, façonné par les enseignements tirés de la guerre en Ukraine. Selon Euronews FR, cet événement organisé sur le site historique de l’aéroport de Tempelhof a mis en lumière l’évolution rapide des technologies de défense, ainsi que la nécessité pour l’Europe de s’adapter à un environnement sécuritaire en mutation.

Ce qu'il faut retenir

  • Le sommet de Berlin a rassemblé militaires, entrepreneurs et responsables politiques pour discuter des leçons de la guerre en Ukraine, où les drones sont devenus un outil central des combats.
  • Des entreprises comme ARX, fondée par d’anciens soldats, développent des systèmes robotisés adaptés aux besoins des forces armées, avec un déploiement déjà effectif en Ukraine depuis 2024.
  • L’Estonie consacre désormais 5,4 % de son PIB à la défense en 2026, contre 3,4 % en 2025, tandis que des incidents récents en Lettonie et en Estonie rappellent la menace russe en Baltique.
  • Les experts, comme Raimond Kaljulaid, député estonien, soulignent que la vraie question n’est pas de savoir quand la Russie attaquera, mais si l’Europe est prête.
  • Kateryna Mykhalko, directrice du sommet, plaide pour une intégration plus rapide des technologies éprouvées en Ukraine, critiquant les lenteurs bureaucratiques européennes.

Un sommet sous le signe des drones et des leçons ukrainiennes

Entre drones, véhicules autonomes et systèmes robotiques, le New Age Defence Summit n’a pas seulement célébré l’innovation technologique. Comme le rapporte Euronews FR, l’événement a surtout servi de plateforme pour analyser les transformations induites par la guerre en Ukraine. Autrefois outils de niche, les drones sont désormais au cœur de la stratégie militaire moderne, utilisés pour la reconnaissance, l’acquisition de cibles ou les attaques. « Nous apprenons surtout beaucoup ici de nos amis ukrainiens, forts d’expériences qu’ils paient malheureusement très cher », a déclaré à Euronews Bastian Ernst, président de l’association des réservistes et député CDU.

Cette guerre a aussi bouleversé la dynamique du secteur de la défense. Les grands groupes d’armement ne sont plus les seuls à innover : des start-up, souvent fondées par d’anciens militaires, développent des solutions directement adaptées aux réalités des conflits actuels. Ces entreprises, présentes en force lors du sommet, incarnent une nouvelle approche, où l’expérience terrain prime sur les modèles théoriques.

La Baltique, zone de tensions et laboratoire des réponses européennes

La menace russe en Baltique a occupé une place centrale dans les débats. Selon Euronews FR, lundi 9 juin, des avions de chasse français ont abattu un drone ayant pénétré l’espace aérien letton en provenance de Russie, un incident qualifié par Riga de « guerre électronique russe ». Cet événement s’inscrit dans une série d’incidents similaires en Estonie et en Lettonie, où des drones et des activités hybrides russes se multiplient.

Les analyses de l’OTAN, évoquées par le chef d’état-major de la Bundeswehr, Carsten Breuer, indiquent que la Russie pourrait disposer d’ici 2029 des moyens militaires suffisants pour attaquer un pays membre de l’Alliance. Une évaluation partagée par le Premier ministre britannique, Keir Starmer, qui estime que Moscou pourrait frapper dès 2030. Mais pour Raimond Kaljulaid, député estonien et président du groupe de travail parlementaire sur l’industrie de défense, ces scénarios sont secondaires : « La vraie question n’est pas de savoir quand la Russie sera prête, mais si nous, nous le sommes ».

Face à cette menace, l’Estonie a accéléré ses investissements. En 2025, le pays consacrait déjà 3,4 % de son PIB à la défense, un niveau parmi les plus élevés de l’OTAN. À partir de 2026, cette part atteindra 5,4 %, avec un budget passant de 1,7 à 2,4 milliards d’euros. L’objectif affiché : renforcer la dissuasion pour éviter toute tentation offensive de la part de Moscou.

L’Europe doit s’inspirer de l’Ukraine, selon les acteurs du sommet

Kateryna Mykhalko, directrice générale du New Age Defence Summit, a insisté sur l’urgence d’intégrer l’expérience ukrainienne dans les stratégies européennes. « En Ukraine, nous avons l’expérience ; dans l’Union européenne, vous avez les ressources », a-t-elle souligné lors d’un entretien avec Euronews. Elle s’est dite impressionnée par la collaboration entre entreprises européennes, concurrentes sur le marché mais unies pour convaincre les gouvernements de l’importance des nouvelles technologies.

Mykhalko a pointé du doigt les lenteurs des procédures d’acquisition en Europe, un frein majeur face à l’évolution rapide des conflits. « Il n’est plus possible de produire les mêmes solutions pendant dix ou vingt ans », a-t-elle affirmé. Pour elle, l’investissement dans les technologies de défense modernes est aussi un outil de dissuasion : « Ceux qui peuvent montrer de manière crédible qu’ils sont capables de se défendre réduisent le risque d’une attaque. »

« Par les soldats, pour les soldats » : l’approche des start-up de défense

Parmi les entreprises présentes, ARX, un fabricant allemand de robotique, a présenté son système terrestre sans pilote « GEREON ». Fondée par d’anciens militaires, cette société illustre une philosophie claire : « Par les soldats, pour les soldats ». Comme le rapporte Euronews FR, Maximilian Wied, cofondateur et directeur financier d’ARX, explique que l’expérience directe des anciens soldats permet de concevoir des équipements répondant aux besoins réels des troupes.

Le véhicule chenillé « GEREON », à propulsion électrique, peut transporter jusqu’à 500 kg de charge et s’adapter à différents modules : transport de matériel, brancards pour blessés, capteurs ou radars. Déployé en Ukraine depuis 2024, il fait partie de la « plus grande flotte hybride produite par un pays occidental » actuellement en service, selon Wied. Le nom du système n’est pas anodin : saint Gereon de Cologne est considéré comme le saint patron des soldats.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir une accélération des investissements européens dans les technologies de défense, notamment sous la pression des incidents en Baltique et des alertes de l’OTAN. Les sommets comme celui de Berlin devraient se multiplier, avec pour objectif de réduire les délais entre innovation et déploiement. Reste à voir si les États membres parviendront à harmoniser leurs stratégies, alors que certains, comme l’Estonie, ont déjà franchi un cap significatif en matière de dépenses militaires.

Les conclusions du sommet de Berlin pourraient également influencer les discussions au sein de l’OTAN, notamment lors du prochain sommet de l’Alliance prévu en juillet 2026 à Washington. La question d’une réponse collective à la menace russe en Baltique devrait y figurer en bonne place, tout comme l’intégration des enseignements ukrainiens dans les doctrines militaires européennes.

Alors que les tensions persistent et que les technologies évoluent à un rythme inédit, une chose est sûre : l’Europe n’a plus le luxe de l’attentisme. Comme l’a résumé Kaljulaid, « la menace est déjà là ».

Les enseignements sont multiples : les drones sont devenus incontournables, les start-up technologiques jouent un rôle croissant dans l’innovation militaire, et l’expérience terrain des soldats ukrainiens est désormais considérée comme un repère essentiel pour la modernisation des armées européennes. La guerre a aussi montré l’importance de la rapidité d’adaptation face à des conflits en constante évolution.

L’Estonie consacre désormais 5,4 % de son PIB à la défense en 2026, un niveau parmi les plus élevés de l’OTAN. Le pays a également développé de nouvelles capacités militaires et soutenu l’émergence d’entreprises technologiques nationales. Ces investissements s’inscrivent dans une stratégie de dissuasion face à la menace russe, avec pour objectif de rendre toute attaque contre un pays membre de l’Alliance trop coûteuse pour Moscou.