Deux tiers des Américains de plus de 65 ans atteints de la maladie d’Alzheimer sont des femmes. Ce déséquilibre, déjà connu, vient d’être éclairé par une étude publiée en 2026 par des chercheurs de l’université de Californie à San Diego. Selon Futura Sciences, cette recherche montre que certains facteurs de risque agissent différemment selon le sexe, avec des conséquences plus sévères sur la cognition féminine.

Ce qu'il faut retenir

  • 17 182 participants ont été analysés dans le cadre de cette étude, portant sur 13 facteurs de risque modifiables.
  • L’hypertension artérielle, la perte auditive et le diabète affectent plus durement le cerveau des femmes que celui des hommes.
  • Un IMC élevé chez les femmes de 50 à 60 ans est associé à une baisse des performances cognitives, un effet qui s’atténue après 75 ans.
  • Les femmes cumulent plus de facteurs de risque au cours de leur vie, comme la dépression ou les troubles du sommeil.
  • Un niveau d’études élevé et un taux de cholestérol total plus important semblent protéger davantage la cognition féminine.
  • Les chercheurs appellent à une prévention ciblée, adaptée aux profils individuels plutôt qu’aux moyennes générales.

Une étude pionnière sur 17 000 participants

Publiée dans la revue Biology of Sex Differences, l’étude menée par Megan Fitzhugh et Judy Pa s’appuie sur les données de santé de 17 182 personnes âgées de 40 ans et plus. Ces neuroscientifiques ont croisé 13 facteurs de risque reconnus de déclin cognitif, afin de déterminer s’ils agissaient différemment selon le sexe biologique des participants. Leur analyse révèle que certains risques, comme l’hypertension artérielle ou la perte auditive, ont un impact bien plus marqué sur le cerveau féminin. Autant dire que ces résultats changent la donne pour la prévention de la démence.

Parmi les risques les plus pénalisants pour les femmes, trois se distinguent particulièrement : l’hypertension artérielle, la perte auditive et le diabète. Ces facteurs, déjà connus pour leur rôle dans le déclin cognitif, semblent agir avec une intensité accrue chez les femmes. Autre découverte notable : le surpoids, mesuré par l’indice de masse corporelle (IMC), a un impact négatif sur la cognition féminine entre 50 et 60 ans. Cet effet, en revanche, s’atténue après 75 ans, suggérant que la fenêtre d’intervention la plus efficace se situe avant cet âge.

Des facteurs protecteurs qui diffèrent selon le sexe

Si certains risques pèsent plus lourd sur les femmes, d’autres semblent au contraire les protéger davantage. L’étude met en lumière deux éléments positifs pour la cognition féminine : un niveau d’études élevé et un taux de cholestérol total plus important. « Un niveau d’éducation plus élevé semble protéger davantage le cerveau féminin », précisent les autrices. Ces résultats ne signifient pas que ces facteurs n’ont pas d’effet chez les hommes, mais ils indiquent où concentrer les efforts de prévention ciblée. Côté risques, les femmes sont aussi plus souvent exposées à la dépression, à la sédentarité et aux troubles du sommeil, des facteurs qui s’ajoutent à ceux déjà cités.

Les hommes, eux, sont davantage touchés par des risques comme les pertes auditives, le diabète ou une consommation excessive d’alcool. Mais le véritable enjeu, soulignent les chercheuses, réside dans l’accumulation des facteurs de risque. Les femmes, en plus d’être plus vulnérables à certains risques, en cumulent davantage au cours de leur vie. Cette double peine explique en partie pourquoi la démence touche deux fois plus de femmes que d’hommes après 65 ans.

« Cibler uniquement les facteurs les plus répandus dans chaque groupe serait une erreur stratégique. Un facteur peu fréquent mais très pénalisant pour la cognition féminine mérite autant d’attention qu’un facteur courant à effet modéré. »
— Megan Fitzhugh et Judy Pa, neuroscientifiques à l’université de Californie à San Diego

Vers une prévention personnalisée et adaptée

L’un des apports majeurs de cette étude est de montrer que les facteurs de risque ne sont pas universels. Leur impact varie selon le sexe, et leur accumulation aggrave davantage le déclin cognitif féminin. Les chercheuses appellent donc à une médecine préventive personnalisée, qui tiendrait compte de ces différences. « Ce sont des leviers concrets, pas des abstractions médicales », rappellent-elles. Bouger davantage, consulter pour une dépression non traitée, surveiller sa tension artérielle ou prendre en charge une perte auditive : autant de mesures qui pourraient faire la différence.

Les mécanismes biologiques expliquant cette vulnérabilité accrue des femmes restent à préciser. Les changements hormonaux liés à la ménopause sont une piste sérieuse, mais non encore confirmée. L’étude, bien que solide, est observationnelle : elle ne prouve pas de lien de causalité direct. Des analyses longitudinales seront nécessaires pour établir plus fermement ces liens. Bref, ces résultats ouvrent une voie claire vers une meilleure compréhension des différences liées au sexe dans la démence, mais des travaux supplémentaires sont indispensables.

Et maintenant ?

Les auteurs de l’étude insistent sur la nécessité de poursuivre les recherches pour affiner ces conclusions. Une meilleure prise en charge des facteurs de risque modifiables pourrait, à terme, réduire l’écart entre hommes et femmes face à la démence. Des essais cliniques ciblés, notamment sur les mécanismes hormonaux, sont attendus dans les prochaines années. D’ici là, les spécialistes recommandent de surveiller de près les facteurs identifiés, en particulier chez les femmes de 50 à 75 ans, période charnière pour la prévention.

Cette étude marque une étape importante dans la compréhension des différences liées au sexe dans la démence. Elle rappelle que la prévention ne peut plus se contenter de recommandations générales : elle doit désormais intégrer ces nuances pour être pleinement efficace.

Selon l’étude publiée en 2026 par des chercheurs de l’université de Californie à San Diego, certains facteurs de risque comme l’hypertension artérielle, la perte auditive ou le diabète affectent plus durement le cerveau féminin. De plus, les femmes cumulent davantage de facteurs de risque au cours de leur vie, ce qui aggrave leur vulnérabilité face à la démence.

Les trois facteurs les plus néfastes pour la cognition féminine sont l’hypertension artérielle, la perte auditive et le diabète. Un IMC élevé entre 50 et 60 ans est également associé à une baisse des performances cognitives, bien que cet effet s’atténue après 75 ans.