Cinq ans de prison, dont deux ans ferme aménageables, et une obligation de soins de dix ans. Tel est le verdict rendu ce mercredi 3 juin 2026 par la cour d’assises de la Drôme contre les parents d’une petite fille de 16 mois, morte en janvier 2018 des suites d’une dénutrition sévère. Selon Franceinfo – Faits divers, ce procès, qui s’est tenu du 26 mai au 3 juin à Valence, a abouti à une condamnation conforme aux réquisitions de l’avocate générale, qui avait plaidé pour une peine mesurée en raison des circonstances particulières de l’affaire.
Ce qu’il faut retenir
- La cour d’assises de la Drôme a condamné les parents à cinq ans de prison, dont deux ans ferme aménageables, pour privation d’aliments suivie de mort sur leur fillette, prénommée Zita.
- L’enfant, décédée en janvier 2018 à l’âge de 16 mois, ne pesait que 6,930 kg à son admission à l’hôpital de Lyon, où elle a été prise en charge quelques jours avant son décès.
- La mère a reconnu devant la cour avoir nourri sa fille exclusivement avec des laits végétaux, sans justification médicale, en raison d’une intolérance supposée au lait de vache.
- Le couple, aujourd’hui parents de neuf enfants, était également poursuivi pour des faits de privation d’aliments sur cinq autres de leurs enfants présents au foyer en 2018.
- Les parents écopent en outre d’une obligation de soins de dix ans, soulignant l’attention portée par la justice à leur prise en charge psychologique.
Un drame médical et familial remontant à 2018
La petite Zita est décédée en janvier 2018 après avoir été hospitalisée à Lyon dans un état de dénutrition extrême. À son arrivée, son poids était de 6,930 kg pour un âge de 16 mois, un chiffre bien en dessous des courbes de croissance normales pour un nourrisson de cet âge. Les médecins ont rapidement diagnostiqué une dénutrition sévère, mettant en lumière les conditions de vie de l’enfant au sein du foyer familial. L’affaire a été transmise à la justice, déclenchant une instruction approfondie sur les pratiques éducatives et alimentaires du couple, résidant à Saint-Marcel-lès-Valence (Drôme).
Dès l’ouverture du procès le 26 mai 2026, les débats ont porté sur les causes de cette dénutrition. La mère, alors âgée de 45 ans, avait expliqué lors de l’instruction avoir remplacé le lait de vache par des laits végétaux, estimant que son enfant était intolérante à ce type de produit. Cependant, aucun certificat médical ne venait étayer cette affirmation, ce qui a pesé lourdement dans l’appréciation des juges. Le père, aujourd’hui âgé de 52 ans, était également mis en cause pour sa responsabilité dans l’alimentation et les soins prodigués à Zita.
Des aveux tardifs mais une reconnaissance partielle de responsabilité
Lors de son audition, la mère a livré un témoignage poignant, marqué par une prise de conscience tardive mais réelle. « J’étais trop fixée sur mes croyances, mes choix, a-t-elle déclaré à la barre. En pensant bien faire, je suis passée à côté de tout. Depuis que j’ai entendu les différents médecins experts, j’ai bien compris… Oui, je suis responsable de sa mort par dénutrition et j’ai honte. Je ne sais pas pourquoi j’ai pu faire ça. » Ces mots, prononcés sous serment, ont illustré le cheminement intérieur de la prévenue, dont l’état d’esprit semble avoir évolué depuis les faits.
Cette évolution a été soulignée par l’avocate générale lors de ses réquisitions, mardi 2 juin. Celle-ci avait estimé qu’une peine de cinq ans de prison, dont trois avec sursis probatoire et deux ans ferme aménageables, était appropriée. « Leur place n’est pas en détention, avait-elle argued. Si ils allaient en prison, leurs enfants seraient placés et ça n’apporterait rien à la société. » Une argumentation qui a visiblement convaincu la cour, bien que les parents aient été reconnus coupables de « privation d’aliments suivie de mort » sur leur fillette.
Un couple aux parcours familial et judiciaire complexes
Le couple, aujourd’hui parents de neuf enfants, vivait à Saint-Marcel-lès-Valence au moment des faits. En 2018, ils élevaient cinq enfants au foyer, dont Zita. Les débats ont révélé que les cinq autres enfants, aujourd’hui majeurs ou adolescents, avaient également été victimes de privations alimentaires, selon l’accusation. Cependant, ces faits n’ont pas été retenus comme ayant causé leur mort, mais ont contribué à dessiner le portrait d’un environnement familial marqué par des choix éducatifs discutables.
La défense n’a pas été en mesure de contester les éléments médicaux et judiciaires accumulés depuis 2018. Les expertises ont confirmé que Zita souffrait d’un retard de croissance et de carences nutritionnelles sévères, incompatibles avec sa survie. Les juges ont donc retenu l’accusation de privation d’aliments, aggravée par le décès de l’enfant. La sévérité relative de la peine — deux ans ferme seulement — reflète à la fois la gravité des faits et la prise en compte des circonstances atténuantes, notamment l’évolution des parents depuis 2018.
Une condamnation assortie d’une obligation de soins
En plus de la peine de prison, les parents ont été condamnés à une obligation de soins de dix ans. Cette mesure, rarement appliquée avec une telle durée, souligne la volonté de la justice de s’assurer que le couple suive un accompagnement psychologique et éducatif. Ce suivi pourrait inclure des consultations en pédopsychiatrie, en nutrition ou en protection de l’enfance, afin de prévenir tout risque de récidive ou de négligence envers d’autres enfants.
Cette obligation de soins s’inscrit dans une logique de réinsertion et de prévention. Elle vise à aider les parents à comprendre les erreurs commises et à adopter des comportements conformes aux besoins fondamentaux de leurs enfants. La durée de dix ans, inhabituelle, suggère que la justice considère ce drame comme le résultat d’un ensemble de dysfonctionnements profonds, nécessitant un suivi sur le long terme.
Ce drame, survenu il y a huit ans, rappelle une fois encore que la santé et la sécurité des enfants dépendent souvent de décisions prises au sein même du foyer. La justice a tranché : les parents ont été reconnus coupables, mais leur condamnation s’accompagne d’une volonté de les réhabiliter, pour eux-mêmes comme pour leurs autres enfants. Une décision qui laisse entrevoir, malgré l’horreur des faits, une lueur d’espoir dans l’accompagnement des familles en difficulté.
Les parents disposent d’un délai de dix jours pour faire appel du verdict. Si la condamnation est confirmée en appel, les modalités d’exécution de la peine, notamment les deux ans ferme aménageables, seront précisées par le juge d’application des peines. Ils devront également se soumettre à une obligation de soins de dix ans, suivie par un service de probation.