Le programme d'acquisition des avions de combat F-35 par le Danemark accumule les mauvaises surprises financières. Selon BFM Business, la Cour des comptes danoise a publié ce lundi 8 juin 2026 un rapport accablant, révélant un dépassement budgétaire de 14 milliards de couronnes danoises – soit 2,2 milliards de dollars – par rapport aux estimations initiales du ministère de la Défense.

Ce qu'il faut retenir

  • Le coût total du programme sur 30 ans atteint 71,2 milliards de couronnes danoises (9,5 milliards d'euros), contre 57,1 milliards initialement prévus.
  • L'écart représente un dépassement de 25%, qualifiant d'« insatisfaisante » et « préoccupante » l'incapacité des autorités à anticiper les coûts.
  • Les magistrats financiers critiquent le manque de transparence du gouvernement, ayant fourni des informations incomplètes au Parlement lors de la validation du projet.
  • La hausse des dépenses pourrait réduire les investissements dans d'autres équipements militaires ou augmenter le budget global de la défense.
  • Le Danemark a déjà reçu 23 des 27 F-35 commandés, les quatre derniers devant être livrés d'ici début 2027.
  • Cette situation s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu, avec une inflation des coûts militaires dans plusieurs pays engagés dans le programme F-35.

Un programme en surcoût permanent

Le rapport de la Cour des comptes danoise ne se contente pas de souligner l'ampleur du dépassement : il pointe également des lacunes dans la gestion du projet. Les magistrats financiers estiment que les hypothèses utilisées pour calculer les coûts à long terme se sont révélées « trop optimistes ». BFM Business indique que ces erreurs d'anticipation ont conduit à une sous-estimation systématique des dépenses liées à l'achat, la maintenance et l'exploitation des 27 F-35.

Le coût global inclut non seulement l'acquisition des appareils, mais aussi la formation des pilotes et les infrastructures associées. Selon les calculs, la facture s'élève à 71,2 milliards de couronnes danoises sur trois décennies, un montant bien supérieur aux 57,1 milliards prévus initialement. Cet écart de 25% représente une pression supplémentaire sur un budget déjà sous tension, d'autant que le contexte géopolitique a poussé le gouvernement à accélérer son réarmement.

Une gestion critiquée par les magistrats financiers

Les reproches de la Cour des comptes vont au-delà des simples chiffres. Les autorités danoises sont accusées d'avoir fourni au Parlement des informations « incomplètes » lors de l'adoption du programme. « L'incapacité à anticiper correctement les coûts réels du projet est à la fois insatisfaisante et préoccupante », déclare le rapport. Les magistrats soulignent que plusieurs scénarios utilisés pour évaluer les dépenses futures se sont révélés irréalistes, notamment en matière d'inflation et de coûts de maintenance.

« Cette augmentation des dépenses pourrait réduire les capacités d'acquisition et d'exploitation d'autres équipements par la Défense, voire entraîner une hausse des dépenses publiques totales consacrées à la défense. »
— Extrait du rapport de la Cour des comptes danoise, selon BFM Business

Un contexte géopolitique sous haute tension

Le Danemark a commandé ses 27 premiers F-35 entre 2016 et 2017 pour remplacer sa flotte vieillissante de F-16. Depuis, les équilibres stratégiques en Europe ont été bouleversés par l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022. Face à cette nouvelle donne, Copenhague a accéléré son réarmement, annonçant en 2025 l'acquisition de 16 F-35 supplémentaires. Ces nouveaux appareils ne sont toutefois pas inclus dans le calcul de la Cour des comptes, ce qui laisse présager une facture encore plus lourde dans les années à venir.

À ce jour, 23 des 27 F-35 commandés ont déjà été livrés à l'armée de l'air danoise. Les quatre derniers appareils sont attendus d'ici le début de l'année 2027. Cette accélération des commandes s'inscrit dans un effort plus large de renforcement militaire, alors que le gouvernement danois a annoncé son intention de consacrer 3,5% de son PIB à la défense en 2026, contre seulement 2% en 2023.

Un phénomène qui dépasse les frontières danoises

Le Danemark n'est pas le seul pays à subir les contrecoups financiers du programme F-35. Plusieurs nations engagées dans ce projet rencontrent des difficultés similaires. Au Canada, un rapport du vérificateur général publié en 2025 a révélé un dépassement de près de 50%, soit 8,7 milliards de dollars canadiens supplémentaires par rapport aux estimations initiales. En Suisse, les auditeurs fédéraux ont également pointé des retards et des surcoûts pour les infrastructures destinées à accueillir les futurs F-35, avec une facture désormais estimée à plus de 200 millions de francs suisses contre 120 millions initialement prévus.

Face à ces difficultés, le Conseil fédéral helvétique a même revu à la baisse ses ambitions, renonçant à sa cible initiale de 36 F-35 pour n'en commander finalement que 30. Ces exemples illustrent une tendance plus large : l'inflation des coûts des programmes d'armement, exacerbée par un contexte géopolitique instable et une demande accrue en équipements militaires.

Et maintenant ?

Le gouvernement danois devra désormais justifier ses choix budgétaires devant le Parlement, alors que les prochaines livraisons de F-35 – incluant les 16 appareils supplémentaires – pourraient alourdir encore la facture. Reste à voir si Copenhague parviendra à concilier ses ambitions militaires avec les contraintes financières, alors que la pression de Washington s'intensifie, notamment sur la question de la défense du Groenland.

D'ici à 2027, l'armée de l'air danoise devrait être pleinement opérationnelle avec ses 27 F-35 initiaux. Pour les années suivantes, le gouvernement devra arbitrer entre le renforcement de ses capacités militaires et la maîtrise de ses dépenses publiques, dans un contexte où les tensions internationales continuent de peser sur les budgets de défense.

Les F-35, avions de combat de 5e génération, sont des appareils complexes dont la maintenance nécessite des technologies avancées et une logistique lourde. Leur coût d'exploitation inclut non seulement les pièces détachées, mais aussi la formation des mécaniciens et des pilotes, ainsi que la mise à jour constante des systèmes informatiques embarqués. Selon les experts, ces avions sont conçus pour être « low observable » (furtifs), ce qui impose des contraintes supplémentaires en termes de maintenance et de sécurité.

Outre le Danemark et le Canada, plusieurs pays comme l'Italie, les Pays-Bas ou encore Israël ont signalé des dépassements budgétaires pour le programme F-35. Aux États-Unis, le Government Accountability Office (GAO) a régulièrement pointé des retards et des surcoûts dans la production de ces appareils, notamment en raison de problèmes techniques et de la complexité du projet.