Une équipe de chercheurs de l’université du Sud de l’Illinois, aux États-Unis, a mis au point une méthode innovante pour transformer des déchets agricoles et plastiques en aliments consommables. Selon BFM Business, cette avancée, baptisée « µBites », repose sur la décomposition de ces déchets, suivie de leur utilisation comme substrat pour des levures génétiquement modifiées. Ces micro-organismes produisent ensuite des protéines, qui sont enfin imprimées en 3D sous forme de biscuits riches en protéines.

Ce qu'il faut retenir

  • Une recette à base de déchets : des déchets agricoles et plastiques sont décomposés pour nourrir des levures génétiquement modifiées.
  • Un processus en trois étapes : décomposition des déchets, transformation par des levures, puis impression 3D des protéines en biscuits.
  • Des tests de comestibilité en cours : les chercheurs doivent encore vérifier l’absence de risques allergènes et la sécurité alimentaire.
  • Un projet soutenu par la NASA : cette innovation s’inscrit dans le cadre du « Deep Space Food Challenge », un concours visant à développer des solutions alimentaires pour les missions spatiales.
  • Une application terrestre envisagée : la technologie pourrait aussi être utilisée dans des environnements extrêmes, comme l’Arctique ou les déserts.
  • Un arôme de vanille déjà développé : les chercheurs ont également réussi à produire un arôme naturel à partir de déchets végétaux, sans plastique cette fois.

Une innovation née d’un défi spatial

Le projet « µBites » s’inscrit dans le cadre du « Deep Space Food Challenge », un concours organisé par la NASA pour encourager le développement de nouvelles méthodes de production alimentaire. Cette initiative vise à répondre à un enjeu majeur : nourrir les astronautes lors de missions de longue durée, comme celles envisagées vers Mars ou la Lune. Selon Lahiru Jayakody, professeur à l’université du Sud de l’Illinois, cette technologie pourrait aussi s’appliquer sur Terre, dans des environnements extrêmes où les ressources alimentaires sont limitées. « Si demain on veut produire de la nourriture dans des environnements extrêmes, à partir des déchets disponibles sur place, dans l’Arctique ou dans le désert par exemple, et peut-être un jour sur Mars ou sur la Lune, µBites pourrait le permettre », a-t-il expliqué.

Un biscuit né d’un laboratoire, pas d’une cuisine

À première vue, le résultat ressemble à un biscuit classique. Pourtant, il est le fruit d’un processus entièrement automatisé et scientifique. D’après les explications de Sandhya Jayasekara, membre de l’équipe de recherche, « µBites, c’est une nouvelle façon de produire de la nourriture. On décompose des déchets agricoles et plastiques, puis on utilise ces composants pour nourrir des levures génétiquement modifiées. Elles les transforment en protéines, et ce sont ces protéines qui nous servent ensuite à imprimer nos biscuits en 3D ». Cette méthode permet non seulement de recycler des déchets, mais aussi de produire des aliments nutritifs dans des conditions où les ressources sont rares.

Des défis encore à relever avant une commercialisation

Pour l’instant, ces biscuits ne sont pas encore prêts à être consommés. Les chercheurs doivent encore mener des tests approfondis pour s’assurer qu’ils sont comestibles et qu’ils ne présentent aucun risque pour la santé. « Nous devons vérifier qu’il n’y a pas de risques d’allergie ou de toxicité », a précisé Sandhya Jayasekara. Autant dire que la route vers une commercialisation est encore longue. Cependant, cette innovation ouvre des perspectives intéressantes, tant pour les missions spatiales que pour des applications terrestres. Parallèlement, l’équipe travaille sur l’amélioration du goût des produits. Elle a déjà réussi à produire un arôme de vanille à partir de déchets végétaux, sans utiliser de plastique cette fois-ci.

Une technologie qui pourrait révolutionner l’alimentation durable

Si cette innovation reste pour l’instant cantonnée aux laboratoires, elle s’inscrit dans une tendance plus large : celle de la valorisation des déchets et de la production alimentaire durable. En transformant des matériaux autrement jetés en ressources nutritives, les chercheurs américains pourraient contribuer à réduire l’empreinte écologique de l’industrie agroalimentaire. À plus grande échelle, cette technologie pourrait aussi offrir une solution pour nourrir des populations dans des zones reculées ou touchées par des crises alimentaires. « L’idée est de créer un système circulaire, où les déchets deviennent une ressource », a souligné Lahiru Jayakody. Pour l’instant, le projet en est encore à ses débuts, mais il suscite déjà l’intérêt de la communauté scientifique et industrielle.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pour l’équipe de l’université du Sud de l’Illinois consistent à finaliser les tests de sécurité et à optimiser le processus de production. Si les résultats sont concluants, une commercialisation pourrait être envisagée dans quelques années, d’abord pour des applications spatiales, puis éventuellement pour le grand public. La NASA, qui suit de près ces avancées, pourrait intégrer cette technologie dans ses missions futures. Quant à une adoption terrestre, elle dépendra des réglementations et de l’acceptation des consommateurs face à des aliments issus de déchets.

En attendant, cette innovation rappelle que les solutions pour l’avenir de l’alimentation pourraient bien se trouver là où on ne les attend pas : dans nos poubelles, transformées en laboratoires.

Non, ces biscuits ne sont pas encore commercialisés. Les chercheurs doivent encore effectuer des tests pour vérifier leur comestibilité et leur innocuité avant toute mise sur le marché. La commercialisation n’est donc pas envisagée avant plusieurs années.

Théoriquement, oui. La technologie développée par l’équipe américaine pourrait être adaptée à d’autres contextes, notamment en Europe, où la valorisation des déchets et la recherche de solutions alimentaires durables sont des priorités. Cependant, son adoption dépendra des réglementations locales et de l’acceptation des consommateurs.