Malgré les engagements pris par le président de la République, Emmanuel Macron, et les dispositifs mis en place depuis le début de son second mandat en 2022, le Conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM) constate, dans son dernier rapport annuel publié en avril 2026, une aggravation des inégalités d'accès aux soins entre les territoires. D'après Le Monde - Politique, l'institution souligne la persistance, voire l'accentuation, des écarts entre les « territoires gagnants » — où l'offre médicale reste dense — et les « territoires perdants », souvent ruraux ou périurbains, où la désertification médicale s'aggrave.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Conseil de l'Ordre des médecins constate une aggravation des inégalités territoriales d'accès aux soins en 2026, malgré une hausse du nombre total de médecins en France.
  • L'institution identifie des « territoires gagnants » — souvent urbains — et des « territoires perdants » — majoritairement ruraux ou périurbains — où la désertification médicale progresse.
  • En 2025, près de 3 millions de Français vivaient dans une zone sous-dotée en médecins généralistes, selon les dernières données disponibles.
  • Les mesures gouvernementales, comme les incitations financières pour les installations en zones prioritaires, peinent à inverser la tendance.
  • Le CNOM appelle à une refonte plus ambitieuse des politiques publiques pour répondre à cette crise structurelle.

Un bilan contrasté malgré les promesses présidentielles

Dans son rapport 2026, le Conseil de l'Ordre des médecins dresse un constat sans appel : les écarts entre les territoires s'aggravent, et ce malgré une légère hausse du nombre total de médecins en France. Selon Le Monde - Politique, cette progression globale (+1,2 % en 2025) masque en réalité des disparités criantes. Les zones déjà bien dotées, comme les grandes métropoles ou certaines régions touristiques, voient leur offre médicale se renforcer, tandis que les territoires ruraux ou certains secteurs périurbains subissent une désertification accrue. « La situation est d'autant plus préoccupante que les mesures mises en place depuis 2022 n'ont pas permis de corriger ces déséquilibres », a déclaré Jean-Marie Cohen, président de la section santé publique du CNOM, lors de la présentation du rapport.

Le phénomène touche particulièrement les médecins généralistes, dont la densité varie de 1 pour 800 habitants dans les zones bien desservies à 1 pour 2 500 dans les déserts médicaux. « Autant dire que l'accès aux soins primaires reste un luxe dans certaines communes », a souligné Cohen. Les données du CNOM révèlent également que les déserts médicaux concernent désormais près de 10 % des communes françaises, soit environ 3 500 localités.

Les dispositifs gouvernementaux jugés insuffisants

Pour tenter de remédier à cette situation, le gouvernement a déployé plusieurs dispositifs depuis 2022 : majoration des honoraires en zones sous-dotées, aides à l'installation pour les jeunes médecins, ou encore création de maisons de santé pluridisciplinaires. Pourtant, d'après Le Monde - Politique, ces mesures peinent à produire les effets escomptés. Les chiffres sont révélateurs : sur les 5 000 médecins généralistes supplémentaires installés entre 2022 et 2025, seulement 30 % l'ont été dans des zones classées en « très faible densité médicale ». « Les incitations financières ne suffisent pas à compenser les contraintes liées à l'exercice en milieu rural », a expliqué un représentant de l'Ordre, sous couvert d'anonymat.

Parmi les explications avancées, la concentration des étudiants en médecine dans les CHU, ainsi que le manque d'attractivité des territoires éloignés, souvent perçus comme peu dynamiques. Les syndicats de médecins pointent également du doigt la bureaucratie administrative, jugée trop lourde pour les installations en zones prioritaires. « Les dossiers de demande d'aides sont si complexes qu'ils découragent même les vocations », a confié un médecin installé en zone rurale.

Les territoires perdants : un phénomène qui s'étend

Les « territoires perdants » — où l'accès aux soins est le plus difficile — se caractérisent par une densité médicale inférieure à 2,5 médecins pour 1 000 habitants, selon les critères de l'Ordre. Selon Le Monde - Politique, ces zones concernent désormais près de 3 millions de Français, principalement dans les départements de la Creuse, de la Nièvre, ou encore des Hautes-Alpes. Dans certaines communes, les délais pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste dépassent six mois, et les services d'urgence sont saturés faute de médecins disponibles pour assurer les gardes.

Le phénomène n'épargne plus les zones périurbaines, autrefois épargnées par la désertification. « On observe un glissement des déserts médicaux vers des territoires qui étaient jusqu'alors considérés comme bien desservis, comme certaines communes de la grande couronne parisienne ou de la région lyonnaise », a indiqué un expert en santé publique contacté par nos soins. Cette extension géographique aggrave la crise, rendant les solutions encore plus complexes à mettre en œuvre.

Et maintenant ?

Face à l'échec partiel des politiques actuelles, le Conseil de l'Ordre des médecins appelle à une refonte en profondeur du système. Plusieurs pistes sont évoquées : une réforme de la formation médicale pour mieux répartir les futurs médecins, une simplification administrative pour les installations en zones prioritaires, ou encore un renforcement des moyens alloués aux maisons de santé pluridisciplinaires. Une réunion est prévue au ministère de la Santé d'ici la fin du mois d'avril 2026 pour discuter de ces propositions, mais les associations de patients et les élus locaux réclament des actions plus immédiates. Reste à voir si le gouvernement parviendra à concilier ces ambitions avec les contraintes budgétaires actuelles.

En attendant, la crise des déserts médicaux continue de s'aggraver, creusant un peu plus les inégalités territoriales. Une question se pose désormais avec une urgence croissante : combien de temps la France pourra-t-elle encore fermer les yeux sur cette fracture sanitaire, alors que les premières victimes sont les plus vulnérables ?

Parmi les dispositifs déployés, on compte la majoration des honoraires pour les médecins installés en zones sous-dotées, des aides financières à l'installation (jusqu'à 50 000 euros pour les médecins généralistes en zones très prioritaires), et la création de maisons de santé pluridisciplinaires. Le gouvernement a également lancé un plan de « rééquilibrage territorial » doté de 300 millions d'euros sur cinq ans, mais ces mesures peinent à inverser la tendance.

Plusieurs facteurs expliquent cette réticence : la charge de travail souvent plus lourde en milieu rural, l'éloignement des grands centres hospitaliers pour les spécialistes, et un manque de dynamisme culturel ou économique dans certaines régions. De plus, la bureaucratie administrative liée aux aides à l'installation est souvent citée comme un frein par les jeunes praticiens.