Une plainte contre X a été déposée pour des soupçons de détournement de fonds publics et d’emploi fictif à l’encontre de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, et de la RATP. Cette initiative émane de l’association AC !! Anti-Corruption, qui s’appuie sur une enquête du Canard enchaîné publiée ce vendredi 7 août 2026. Selon Franceinfo – Politique, la plainte a été transmise au Parquet national financier et vise également des soupçons de prise illégale d’intérêts, de favoritisme, de manquement à la probité ainsi que de cumul irrégulier d’activités publiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Une plainte contre X a été déposée le 7 août 2026 par l’association AC !! Anti-Corruption auprès du Parquet national financier.
  • Les soupçons portent sur un détournement de fonds publics, un emploi fictif, une prise illégale d’intérêts et un cumul irrégulier d’activités à la RATP.
  • Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est mis en cause pour avoir cumulé un mandat local et un poste de cadre à la RATP entre 2000 et 2015.
  • Selon le Canard enchaîné, son salaire de cadre à la RATP aurait dépassé 6 000 euros par mois, incluant treizième mois et primes.
  • La RATP déclare se tenir « très sereinement à la disposition de la justice » pour fournir les éléments nécessaires.

L’enquête du Canard enchaîné, intitulée « Le ticket gagnant de Bally Bagayoko », révèle que l’édile a « longtemps cumulé mandat local et poste de cadre à la RATP avant de conquérir la mairie de Saint-Denis ». Le quotidien satirique souligne qu’un tel cumul de deux emplois publics à temps plein est interdit par la loi, sauf autorisation expresse et motivée. Or, selon l’association, aucune dérogation n’aurait été accordée dans ce cas.

Le journal fait état d’un recrutement à la RATP en 2000 « sans concours ni entretien », avec des « horaires élastiques » et des « indemnités généreuses ». En 2015, après la perte de son mandat départemental, le conseil municipal de Saint-Denis, alors dirigé par le PCF, aurait accordé à Bally Bagayoko une « hausse de 102 % de ses indemnités d’adjoint ». Cette augmentation aurait permis à l’élu de compléter un salaire de cadre dépassant 6 000 euros par mois, primes et treizième mois inclus, comme il l’a confirmé au Canard enchaîné.

Pour l’association AC !! Anti-Corruption, si ces rémunérations ont été perçues pour un emploi non exercé à plein temps, cela constituerait une « utilisation indue des fonds publics ». Eric Halphen, président d’honneur de l’association et ancien juge, a déclaré à l’AFP : « Une association comme la nôtre doit signaler ce qui lui paraît illégal et attentatoire aux intérêts de nos concitoyens, que les faits soient commis par des gens classés à gauche comme à droite. » Il ajoute : « À partir du moment où des faits semblent mettre en cause un élu municipal et une institution telle que la RATP, nous nous devions de les dénoncer au Parquet national financier. Après, nous verrons ce que le parquet décide de faire. Mais nous avons un rôle de lanceur d’alerte en quelque sorte. »

Contacté par l’AFP, Bally Bagayoko n’a pas souhaité réagir à ces accusations. Du côté de la RATP, la direction a affirmé se tenir « très sereinement à la disposition de la justice pour lui fournir tous les éléments nécessaires, si celle-ci décidait de donner suite à cette plainte ».

Un cumul d’emplois publics strictement encadré par la loi

Le cumul de deux emplois publics à temps plein est encadré par l’article 432-12 du Code pénal, qui sanctionne le détournement de fonds publics. Selon le texte, ce cumul est interdit sauf dérogation expresse, motivée par des raisons de service et accordée par l’autorité hiérarchique. Dans le cas de Bally Bagayoko, l’association AC !! Anti-Corruption estime que les conditions légales n’ont pas été respectées, ce qui pourrait caractériser un emploi fictif et un détournement de fonds.

Le montant des rémunérations perçues par l’édile suscite également des interrogations. D’après les éléments rapportés par le Canard enchaîné, son salaire de cadre à la RATP aurait atteint un niveau bien supérieur à la moyenne des agents publics. Ce niveau de rémunération, couplé à l’absence de justification claire de son temps de travail, alimente les soupçons de fraude. Bally Bagayoko a reconnu au journal avoir perçu « un salaire de cadre dépassant les 6 000 euros par mois », incluant des primes et un treizième mois, sans préciser l’étendue de ses fonctions réelles.

Les réactions des institutions et des élus

La plainte déposée par AC !! Anti-Corruption intervient dans un contexte où la lutte contre les conflits d’intérêts et les abus de biens sociaux figure parmi les priorités du Parquet national financier. L’institution, spécialisée dans la délinquance financière et économique, devrait examiner les éléments transmis par l’association pour décider d’ouvrir ou non une enquête préliminaire. Si une information judiciaire est ouverte, elle pourrait conduire à des perquisitions, des auditions et, le cas échéant, des mises en examen.

Côté politique, la mise en cause de Bally Bagayoko, figure de La France insoumise (LFI) et maire de Saint-Denis depuis 2020, intervient alors que son parti est régulièrement critiqué pour ses positions sur la moralisation de la vie publique. Interrogé sur la capacité de LFI à gérer ce type d’affaires, un observateur politique note que « la crédibilité des discours dépend aussi de la transparence des actes ». Pour l’instant, aucun commentaire officiel n’a été émis par le parti ou par la mairie de Saint-Denis.

Et maintenant ?

Le Parquet national financier dispose désormais de la plainte et des éléments transmis par AC !! Anti-Corruption. Il devra décider dans les prochaines semaines s’il ouvre une enquête préliminaire ou s’il classe sans suite. Si une enquête est lancée, les prochaines étapes pourraient inclure des auditions de Bally Bagayoko, de responsables de la RATP et d’anciens collègues, ainsi que l’examen des bulletins de paie et des plannings de travail de l’élu. Une décision sur l’ouverture d’une information judiciaire pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2026.

Quoi qu’il en soit, cette affaire rappelle les enjeux de la lutte contre les conflits d’intérêts et les abus dans la fonction publique. Elle intervient alors que plusieurs collectivités locales font l’objet d’enquêtes similaires, comme à Marseille ou à Lyon, où des soupçons de cumul d’emplois ou de détournement de fonds publics ont déjà été soulevés. Elle pourrait donc relancer le débat sur la nécessité de renforcer les contrôles et les sanctions en matière de probité des élus et des agents publics.

En cas de condamnation pour détournement de fonds publics, Bally Bagayoko pourrait encourir une peine d’emprisonnement de dix ans, une amende pouvant atteindre un million d’euros, ainsi que l’inéligibilité. Pour la RATP, les sanctions pourraient inclure des amendes et des mesures de redressement administratif, voire la mise en cause de sa responsabilité pénale en tant que personne morale.

L’association a transmis au Parquet national financier l’article du Canard enchaîné, les éléments relatifs au cumul d’emplois et aux rémunérations perçues par Bally Bagayoko, ainsi que les déclarations de l’élu confirmant le montant de son salaire. Elle a également souligné l’absence de dérogation légale autorisant ce cumul.