Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se prononcer ce mardi 7 avril 2026 sur un projet de résolution révisé visant à débloquer le détroit d’Ormuz, une artère maritime stratégique par laquelle transite un cinquième de la production mondiale de pétrole ainsi qu’une part importante du gaz naturel liquéfié. Ce texte, largement édulcoré par rapport à la version initiale soutenue par les États-Unis et les pays du Golfe, a été amendé à plusieurs reprises pour éviter un rejet ou un veto de la part de la Chine, de la Russie ou de la France, selon Le Figaro.
Initialement, Bahreïn, membre élu du Conseil de sécurité, avait proposé une résolution autorisant tout État ou coalition à utiliser « tous les moyens nécessaires » pour garantir la sécurité des navires et lever le blocage imposé par l’Iran. « Nous ne pouvons pas accepter que le terrorisme économique affecte notre région et le monde entier », avait justifié l’ambassadeur de Bahreïn, Jamal Alrowaiei, lors d’une intervention à l’ONU la semaine dernière. Cependant, cette formulation a suscité de vives oppositions, notamment de la part de Paris, Moscou et Pékin.
Ce qu’il faut retenir
- Le Conseil de sécurité de l’ONU vote mardi 7 avril 2026 sur un texte révisé concernant le détroit d’Ormuz, une voie maritime vitale pour l’approvisionnement mondial en hydrocarbures.
- La version initiale, soutenue par les États-Unis et les pays du Golfe, prévoyait un mandat clair pour lever le blocage par la force, mais a été rejetée par la France, la Chine et la Russie.
- Le nouveau projet de résolution, adopté après plusieurs amendements, « encourage fortement » les États à coordonner des mesures défensives et proportionnées pour assurer la liberté de navigation.
- L’Iran est sommé de « cesser immédiatement toute attaque contre les navires » transitant par le détroit et d’y rétablir la liberté de navigation sous peine de « nouvelles mesures » de la part du Conseil.
- L’ultimatum lancé par Donald Trump, menaçant de « détruire l’Iran tout entier » si le détroit n’est pas rouvert avant mardi soir, ajoute une pression diplomatique et militaire sur Téhéran.
- Le vote intervient alors que le détroit d’Ormuz, par lequel transite normalement 20 % du pétrole mondial, est paralysé depuis le 28 février, date des frappes israélo-américaines sur l’Iran ayant déclenché un nouveau conflit régional.
Un texte vidé de sa substance pour contourner les vetos
Face aux objections des trois grandes puissances, le texte a été profondément remanié. La dernière mouture, consultée par l’AFP lundi soir, ne mentionne plus explicitement l’autorisation de recourir à la force, même défensive. Elle se contente d’« encourager fortement les États concernés à coordonner des efforts de nature défensive et proportionnés », comme l’escorte des navires marchands ou commerciaux. Cette reformulation a permis de lever l’opposition française, dont l’ambassadeur à l’ONU, Jérôme Bonnafont, avait souligné jeudi que le Conseil devait « mettre au point rapidement la réponse défensive nécessaire » contre le blocage iranien.
Pour autant, le risque d’un veto russe ou chinois persiste. Moscou, allié traditionnel de Téhéran, et Pékin, qui entretient des relations économiques étroites avec l’Iran, pourraient bloquer une résolution perçue comme une provocation. « La Chine et la Russie réussiraient à empêcher le Conseil de soutenir une potentielle escalade militaire », estime Daniel Forti, analyste au sein de l’International Crisis Group, cité par Le Figaro. Ce compromis, bien que limité, démontre selon lui que le Conseil de sécurité « reste un lieu de diplomatie, même affaibli ».
L’Iran sommé de mettre fin au blocage sous peine de représailles
Le projet de résolution adopté en commission la semaine dernière et soumis au vote ce mardi exige de l’Iran qu’il « cesse immédiatement toute attaque contre les navires » empruntant le détroit d’Ormuz, ainsi que « toute tentative d’empêcher la liberté de navigation ». Le texte menace également d’« envisager d’autres mesures » à l’encontre de ceux qui saperait cette liberté, sans pour autant préciser leur nature. Cette formulation vague reflète les divisions persistantes au sein du Conseil, où certains membres, comme les États-Unis, poussent pour une ligne dure, tandis que d’autres privilégient une approche plus mesurée.
Cette crise survient dans un contexte de tensions extrêmes au Moyen-Orient. Depuis le 28 février, date à laquelle des frappes israélo-américaines ont visé des positions iraniennes en représailles à des attaques antérieures, Téhéran a paralysé le détroit d’Ormuz en y déployant des moyens navals et en harcelant les navires commerciaux. Cette mesure a provoqué une hausse des prix des hydrocarbures, avec des répercussions économiques mondiales, alors que la région est déjà en proie à l’instabilité.
« Ce texte permet à Bahreïn et à ses soutiens de s’assurer d’un rejet diplomatique clair du blocage du détroit par l’Iran », analyse Daniel Forti, de l’International Crisis Group. « C’est un compromis qui montre que le Conseil de sécurité peut encore agir, même de manière limitée ».
Contexte historique : des mandats militaires rares à l’ONU
Les résolutions du Conseil de sécurité autorisant le recours à la force sont exceptionnelles. La dernière en date remonte à 2011, lorsque l’OTAN avait obtenu un feu vert pour intervenir en Libye après l’abstention de la Russie. Ce précédent avait ensuite provoqué la colère de Moscou, qui avait estimé avoir été trompé par l’Occident. En 1990, une résolution similaire avait permis à une coalition internationale de libérer le Koweït après son invasion par l’Irak. Ces exemples rappellent que toute autorisation d’usage de la force au sein de l’ONU reste un exercice politique délicat, où les intérêts nationaux priment souvent sur l’unité internationale.
Dans le cas du détroit d’Ormuz, la Chine et la Russie ont clairement indiqué qu’elles ne soutiendraient pas une escalade militaire. Leur opposition à une intervention directe explique en grande partie l’affaiblissement progressif du texte initial, initialement conçu pour donner un mandat clair aux États-Unis et à leurs alliés du Golfe.
Quoi qu’il en soit, la paralysie du détroit d’Ormuz, qui concentre 20 % des échanges pétroliers mondiaux, rappelle l’importance stratégique de cette zone. Les États-Unis et leurs alliés pourraient être tentés de renforcer leur présence militaire dans la région, tandis que l’Iran, isolé mais déterminé, pourrait durcir sa réponse. La communauté internationale devra alors arbitrer entre le respect du droit international et la recherche d’une issue négociée, dans un contexte où chaque camp dispose d’arguments solides.
Ce vote intervient alors que les tensions au Moyen-Orient n’ont cessé de s’aggraver depuis le début de l’année, avec des frappes croisées entre Israël, l’Iran et leurs proxys régionaux. La situation à Gaza, au Yémen et en Syrie reste explosive, et une nouvelle crise majeure dans le Golfe pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières de la région.
Le détroit d’Ormuz est la principale voie maritime pour l’exportation du pétrole du Golfe, notamment depuis l’Arabie saoudite, l’Iran, les Émirats arabes unis et le Koweït. Environ 20 % du pétrole mondial et 30 % du gaz naturel liquéfié passent par cette étroite bande de mer. Un blocage, même partiel, provoquerait une crise énergétique mondiale et une flambée des prix des hydrocarbures.
Un veto de la Russie ou de la Chine empêcherait l’adoption de la résolution onusienne, affaiblissant la légitimité internationale de toute action future. Cela pourrait encourager l’Iran à maintenir son blocus et pousser les États-Unis et leurs alliés à agir unilatéralement, risquant une escalade militaire incontrôlable. Les marchés financiers réagiraient probablement par une hausse des cours du pétrole.
