Alors que l’Afrique du Sud approche de l’échéance électorale de 2027, le nom de Patrice Motsepe revient avec insistance comme possible successeur de Cyril Ramaphosa à la tête du Congrès national africain (ANC), selon Courrier International. milliardaire des mines, propriétaire du club de football Mamelodi Sundowns et connu pour son engagement philanthropique, Motsepe incarne pour certains une bouée de sauvetage pour le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid, mais aujourd’hui en profond déclin électoral.

Ce qu'il faut retenir

  • Patrice Motsepe, magnat des mines et propriétaire du Mamelodi Sundowns, est évoqué comme potentiel successeur de Cyril Ramaphosa à la tête de l’ANC en 2027.
  • L’ANC, au pouvoir depuis 1994, a perdu sa majorité absolue au Parlement en 2024 et gouverne désormais en coalition.
  • Cyril Ramaphosa, en fonction depuis 2018, affiche un bilan économique mitigé malgré des signes de reprise avant les crises régionales.
  • Peter Bruce, éditorialiste du Sunday Times, estime qu’"il n’y a simplement personne d’autre" au sein de l’ANC pour prendre la relève.
  • Les élections de 2027 s’annoncent comme un tournant décisif pour le parti historique de Nelson Mandela.

L’ANC, qui a dirigé l’Afrique du Sud sans interruption depuis la fin de l’apartheid en 1994, traverse une période de profondes turbulences. En 2024, pour la première fois de son histoire, le parti a dû former un gouvernement de coalition après avoir perdu sa majorité absolue aux élections générales, un revers symbolique pour cette formation qui reste pourtant la pierre angulaire du paysage politique sud-africain. Face à cette situation, certains observateurs, comme l’éditorialiste Peter Bruce du Sunday Times, suggèrent que Patrice Motsepe pourrait être le dernier recours pour redonner un souffle à l’ANC. « Ayez pitié de Patrice, il n’a juste pas le choix », écrit Bruce, résumant ainsi l’opinion de nombreux cadres du parti qui voient en Motsepe une figure capable de fédérer dans un contexte de défiance généralisée.

Patrice Motsepe, 62 ans, est une personnalité aux multiples casquettes. Après avoir bâti un empire dans le secteur minier – notamment grâce à African Rainbow Minerals –, il s’est illustré dans le monde du sport en acquérant le club de football Mamelodi Sundowns en 2014, dont il a fait une équipe dominante en Afrique. Parallèlement, il mène une politique active de philanthropie, notamment à travers la fondation Motsepe, qui soutient des projets sociaux et éducatifs. Pourtant, malgré cette notoriété, le milliardaire a toujours nié tout intérêt pour une carrière politique. « Je ne suis pas intéressé par la politique », avait-il déclaré à plusieurs reprises, selon Courrier International.

Son nom revient pourtant avec insistance dans les couloirs du pouvoir à Pretoria, alors que Cyril Ramaphosa achève son mandat à la tête de l’ANC – et de l’État. Élu en 2018 après le scandale des « State Capture » sous Jacob Zuma, Ramaphosa avait promis de rompre avec les années de corruption et de relancer l’économie. Si son bilan reste contesté – accusé de lenteur dans les réformes –, le pays a connu une amélioration relative de ses indicateurs économiques avant que les crises régionales, notamment au Moyen-Orient, ne viennent perturber cette dynamique. Malgré tout, l’héritage de Ramaphosa s’annonce contrasté : d’un côté, des signes encourageants de reprise avant les chocs externes ; de l’autre, une défiance persistante de la population envers les élites politiques.

L’ANC à un carrefour historique

Le déclin électoral de l’ANC s’est accéléré ces dernières années. Après avoir obtenu 57,5 % des voix en 2019, le parti est tombé sous la barre des 50 % en 2024, forçant ses dirigeants à négocier des alliances avec des formations rivales pour conserver le pouvoir. Cette perte de légitimité électorale reflète une crise plus large de confiance dans les institutions, alimentée par des affaires de corruption, un chômage endémique – officiellement à 33 % en 2025 – et des inégalités sociales toujours criantes. Dans ce contexte, la question de la succession de Ramaphosa à la tête de l’ANC en 2027 devient cruciale. Et pour beaucoup, Patrice Motsepe apparaît comme l’une des rares figures capables de redonner une cohésion au parti, même si son nom divise déjà.

Parmi les soutiens de Motsepe, on compte des cadres de l’ANC qui voient en lui un profil moderne, éloigné des querelles de clans qui ont miné le parti ces dernières années. « Il n’y a simplement personne d’autre », estime Peter Bruce, soulignant que l’ANC manque cruellement de leaders charismatiques capables de mobiliser au-delà des cercles traditionnels. Pourtant, ses détracteurs rappellent que Motsepe, bien que milliardaire, n’a aucune expérience politique et que son engagement philanthropique ne suffit pas à faire de lui un homme d’État. Certains y voient même une manœuvre des élites économiques pour préserver leurs intérêts dans un pays où les ressources minières restent un enjeu majeur.

Un économiste sud-africain en quête de stabilité

Côté économie, l’Afrique du Sud affiche des signes de reprise après des années de stagnation, mais les défis structurels persistent. Le rand, la monnaie locale, a connu une relative stabilisation face au dollar en 2025, et le PIB a enregistré une croissance de 1,8 % avant les répercussions des tensions géopolitiques. Cependant, les inégalités, le chômage des jeunes – estimé à plus de 60 % chez les 15-24 ans – et les défaillances des services publics (électricité, eau, transports) continuent de peser sur la société. Cyril Ramaphosa a tenté de relancer des réformes structurelles, notamment dans le secteur énergétique, mais les résultats restent inégaux. Autant dire que la crédibilité de l’ANC en matière de gestion économique sera un critère déterminant pour les électeurs en 2027.

Face à ce tableau, Patrice Motsepe pourrait incarner une alternative perçue comme plus moderne et moins liée aux vieux clivages de l’ANC. Son profil d’entrepreneur international et sa réussite dans les affaires pourraient séduire une partie de la jeunesse sud-africaine, désillusionnée par la classe politique traditionnelle. Pourtant, la question de son engagement politique reste entière. S’il devait se présenter, il devrait affronter des rivaux au sein même de l’ANC, où d’autres figures comme l’actuelle vice-présidente, Paul Mashatile, ou l’ancien ministre des Finances, Tito Mboweni, pourraient aussi prétendre à la succession.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes s’annoncent décisives pour l’ANC. D’ici 2027, le parti devra choisir son candidat à la présidence, un processus qui pourrait prendre plusieurs mois de négociations internes. Si Patrice Motsepe devait finalement accepter de se lancer, il devra convaincre non seulement les cadres de l’ANC, mais aussi l’opinion publique, encore sceptique quant à l’engagement des élites économiques en politique. Une chose est sûre : l’élection de 2027 s’annonce comme un tournant pour l’Afrique du Sud, où l’ANC, autrefois dominant, devra prouver qu’il peut encore incarner l’espoir d’une nation en quête de renouveau.

Quoi qu’il en soit, l’ANC devra composer avec un électorat de plus en plus volatile, où les jeunes générations, en particulier, ne cachent plus leur méfiance envers les partis traditionnels. Reste à savoir si une figure comme Motsepe pourra renverser cette tendance, ou si l’Afrique du Sud s’achemine vers une refonte radicale de son paysage politique dans les années à venir.

Non. À plusieurs reprises, Patrice Motsepe a affirmé qu’il n’était « pas intéressé par la politique », selon les propos rapportés par Courrier International et relayés par des médias sud-africains.

La prochaine élection présidentielle est prévue pour 2029, mais l’ANC devra choisir son candidat à la présidence du parti dès 2027, un scrutin qui déterminera en grande partie les stratégies pour le scrutin national.