Le détroit d’Ormuz, artère vitale pour le commerce mondial, voit son trafic reprendre lentement depuis la mi-juin, après plusieurs mois de blocage. Selon Capital, cette réouverture reste fragile et ne garantit pas la stabilité des flux commerciaux, alors que l’économie mondiale reste sous la menace de nouvelles perturbations.
Ce qu'il faut retenir
- 29 navires ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, un rythme bien inférieur à la normale après une série de frappes entre les États-Unis et l’Iran.
- Le détroit, par où transitait un cinquième des hydrocarbures mondiaux avant le conflit, reste sous haute surveillance malgré un redémarrage progressif.
- Les experts de BNP Paribas soulignent que plusieurs semaines seront nécessaires pour un retour à un trafic fluide, en raison des contraintes techniques et logistiques.
- L’accord préliminaire entre Washington et Téhéran, conclu mi-juin, a permis une baisse temporaire des prix du pétrole, le baril de Brent s’échangeant à plus de 70 dollars début juillet.
- Malgré cette reprise, les institutions économiques, comme l’OCDE, maintiennent leurs prévisions de croissance en baisse pour 2026 en raison des effets durables du conflit.
Un trafic en demi-teinte, marqué par des contraintes persistantes
Depuis la conclusion d’un accord préliminaire entre Washington et Téhéran mi-juin, les navires marchands ont recommencé à emprunter le détroit d’Ormuz. Selon les données de la société de suivi maritime Kpler, 29 navires transportant des matières premières l’ont franchi samedi, et 12 dimanche. Un rythme bien en deçà des niveaux habituels, alors qu’en temps normal, le détroit voit transiter 70 navires par jour.
Mercredi, 70 franchissements avaient été recensés, un record depuis la fermeture début mars, mais toujours deux fois moins qu’avant le conflit. « La réouverture du détroit d’Ormuz fait face à de nombreuses contraintes techniques et logistiques », a souligné BNP Paribas dans une note. Les opérations de déminage, l’évacuation des centaines de navires bloqués et la remise en état des infrastructures pétrolières retardent un retour à la normale.
Un soulagement économique temporaire, mais des risques persistants
Cette reprise progressive du trafic a entraîné une baisse rapide des prix du pétrole. Le baril de Brent s’échangeait à plus de 70 dollars début juillet, contre quelque 60 dollars en 2025, avant le conflit. Une amélioration qui éloigne, pour l’instant, les scénarios macroéconomiques les plus pessimistes, comme celui d’un assèchement des réserves de pétrole. « La réouverture éloigne les risques d’une envolée durable des prix », a indiqué la banque privée Edmond de Rothschild.
Cependant, les experts restent prudents. Olivier Sautel, chef économiste de Deloitte France, a rappelé que plusieurs semaines seront nécessaires avant un retour à un trafic fluide. « Un retour à la normale est menacé à chaque instant par une résurgence des tensions et le risque d’une nouvelle fermeture du détroit », a-t-il prévenu. « La reprise éloigne les scénarios macroéconomiques les plus pessimistes, mais les effets économiques de ce conflit se feront probablement sentir pendant un certain temps, même après sa fin. »
Des perspectives de croissance toujours assombries par les tensions géopolitiques
Malgré cette accalmie relative, les institutions économiques maintiennent leurs prévisions de croissance en baisse pour 2026. Début juin, l’OCDE avait indiqué que, « que la guerre au Moyen-Orient se prolonge ou pas », le monde devrait connaître moins de croissance et plus d’inflation. « Les effets économiques de ce conflit se feront probablement sentir pendant un certain temps, même après sa fin », avait ajouté l’organisation basée à Paris.
Côté inflation, Edmond de Rothschild estime que « le pic d’inflation a probablement été atteint ou le sera très prochainement ». Cependant, tous les ferments d’inflation n’ont pas disparu. « Les chaînes logistiques ont été perturbées, les prix de certains intrants comme le GNL (gaz naturel liquéfié) et les plastiques restent élevés, et une nouvelle inflation électronique apparue par le boom de l’IA se développe », a prévenu l’institut de recherche privé Rexecode.
L’Europe et les entreprises tentent de réduire leurs dépendances
Les chocs à répétition des dernières années, depuis la pandémie de coronavirus jusqu’à la crise actuelle, ont poussé entreprises et États à revoir leurs stratégies d’approvisionnement. L’Europe, par exemple, s’est efforcée depuis 2022 de réduire sa dépendance au gaz russe au profit du GNL américain. « Des transformations qui prennent préalablement du temps, puisqu’il faut développer d’autres approvisionnements, processus de production ou des itinéraires alternatifs », a souligné Olivier Sautel.
Pourtant, ces ajustements restent lents. Les industries grandes consommatrices d’aluminium ou d’acier, comme l’automobile, subissent déjà les conséquences des prix élevés des matières premières. « Tous les ferments d’inflation n’ont pas disparu à court terme », a rappelé Rexecode. Un éventuel péage, que Téhéran envisage dans le détroit d’Ormuz, pourrait également entraîner des coûts supplémentaires pour les transporteurs.
Pour les entreprises, cette période reste un test de leur résilience face aux chocs externes. Les leçons tirées de la crise actuelle pourraient accélérer les stratégies de diversification des approvisionnements, mais ces changements structurels prendront du temps.
Le détroit d’Ormuz est un point de passage incontournable pour le transport des hydrocarbures. Avant le conflit, un cinquième du pétrole mondial transitait par cette voie maritime. Une fermeture prolongée aurait entraîné une hausse des prix de l’énergie et perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales, avec des répercussions sur l’inflation et la croissance.
Les principaux obstacles incluent les opérations de déminage, la remise en état des infrastructures pétrolières et la nécessité d’évacuer les centaines de navires bloqués dans le détroit. Les experts estiment qu’un retour à un trafic fluide prendra plusieurs semaines. De plus, le risque de nouvelles tensions entre les États-Unis et l’Iran plane toujours, pouvant entraîner une nouvelle fermeture du détroit.