Le candidat à l’élection présidentielle de 2027, Jean-Luc Mélenchon, propose d’effacer près d’un cinquième de la dette publique française, soit quelque 600 milliards d’euros actuellement détenus par la Banque de France. Selon nos confrères de Euronews FR, cette idée, déjà évoquée pendant la crise sanitaire du Covid-19, a été réactualisée lors d’un récent meeting de La France insoumise (LFI). Une proposition qui divise profondément le paysage politique et économique français.
Ce qu'il faut retenir
- Jean-Luc Mélenchon propose d’annuler les 18 % de la dette publique détenus par la Banque de France, soit environ 600 milliards d’euros.
- Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, proche de la gauche, soutient cette initiative, estimant qu’elle n’aurait « aucun impact économique ou financier ».
- Cette mesure est jugée « juridiquement impossible » par plusieurs responsables politiques et économistes, dont le ministre de l’Économie Roland Lescure et l’ancien chef économiste du FMI Olivier Blanchard.
- Avec une dette publique dépassant 116 % du PIB, la question de son financement sera au cœur de la campagne présidentielle d’avril 2027.
- Un grand débat économique organisé par le Medef ce 28 août 2026 réunira sept candidats, dont Mélenchon et Marine Le Pen, autour de ce sujet brûlant.
Une proposition choc pour relancer la dépense publique
Dans un discours de campagne, Jean-Luc Mélenchon a résumé son idée en ces termes : « Il suffit de prendre les 18 % détenus par la Banque de France et de les jeter au feu. » Selon lui, cette annulation permettrait de dégager des marges budgétaires pour financer des investissements publics, notamment dans des secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle ou la défense. Une rhétorique qui séduit une partie de l’électorat de gauche, alors que la dette française dépasse désormais les 3 000 milliards d’euros, soit plus de 116 % du produit intérieur brut.
Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, ancien conseiller de ministres socialistes comme Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, a apporté son soutien à cette proposition lors d’un meeting de LFI le week-end dernier. « La dette publique peut être annulée, comme l’a dit Jean-Luc, sans aucun impact économique ou financier », a-t-il affirmé sous les applaudissements. Pigasse, qui a conseillé le gouvernement grec pendant sa crise financière et aidé le Venezuela à restructurer sa dette, défend l’idée d’une annulation sans conséquence pour les marchés.
Des critiques virulentes de la part des adversaires politiques et des économistes
Cette initiative a suscité une vague de réactions hostiles. Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur, a publié une tribune cinglante dans les Echos pour dénoncer une mesure « juridiquement impossible ». La Banque de France, rappelle-t-il, fait partie de l’Eurosystème et ne peut effacer des obligations de sa propre initiative, sous peine de violer les traités européens. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a été encore plus direct : il a qualifié Mélenchon de « raconter n’importe quoi » et a mis en garde contre une « crise financière » en cas de mise en œuvre d’une telle proposition.
« Annuler la dette revient à dire que nous ne rembourserons pas les gens à qui nous devons de l’argent », a-t-il expliqué sur BFMTV. « Derrière la dette, il y a des épargnants, des contrats d’assurance-vie, des banques. Si vous dites : ‘on l’annule’, vous détruisez la confiance. » Il a également souligné que cette mesure serait « illégale » et constituerait un « gigantesque doigt d’honneur » à la zone euro, les banques centrales nationales étant, par les traités, interdites de financer directement leur propre État.
Un débat technique et des arguments opposés
Olivier Blanchard, ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI) lors de la crise grecque de 2015, a qualifié le débat autour de cette proposition d’« idiot ». Sur le réseau social X, il a expliqué que si la Banque de France annulait les obligations d’État qu’elle détient, l’effet net serait nul. « L’État économiserait sur le paiement des intérêts, mais perdrait exactement le même montant, puisque la banque centrale ne lui reverserait plus ces profits », a-t-il détaillé. Une analyse que Pigasse a vivement contestée, accusant Blanchard d’avoir mal géré la crise grecque, qui a selon lui conduit à des coupes budgétaires plutôt qu’à une restructuration anticipée de la dette.
Une économie française sous tension à l’approche de la présidentielle
Avec une dette publique représentant plus de 116 % du PIB, la France dispose d’une marge de manœuvre budgétaire extrêmement réduite. Ce fardeau limite considérablement les dépenses publiques et place la question de la dette au cœur des débats pour le scrutin d’avril 2027. Les candidats devront proposer des solutions pour financer des investissements stratégiques, comme ceux nécessaires à la transition écologique, à la défense ou au numérique, tout en rassurant les investisseurs sur la soutenabilité des finances publiques.
Le paysage politique français, marqué par une Assemblée nationale sans majorité stable, ajoute à la complexité du dossier. La paralysie institutionnelle qui en découle rend l’adoption de réformes structurelles particulièrement ardue. Dans ce contexte, la candidature de Jean-Luc Mélenchon et celle de Marine Le Pen, également attendue au grand débat économique organisé par le Medef ce 28 août 2026, pourraient peser lourd dans les discussions. Jordan Bardella, bras droit de la présidente du Rassemblement national, a déjà qualifié le programme économique de Mélenchon de « n’importe quoi ».
La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a d’ailleurs rappelé, lors d’un entretien accordé à Euronews FR en juillet 2026, que toute mesure unilatérale de ce type serait incompatible avec les règles de l’Eurosystème. Une position qui laisse peu de marge de manœuvre à une éventuelle application de l’idée de Mélenchon.
La Banque de France fait partie de l’Eurosystème, régi par la Banque centrale européenne (BCE). Selon les traités européens, elle ne peut pas effacer ou annuler des obligations d’État de sa propre initiative, sous peine de violer les règles de la zone euro. Toute mesure de ce type serait donc « juridiquement impossible », comme l’a souligné Thierry Breton dans une tribune publiée dans les Echos.
Selon ses opposants, comme le ministre de l’Économie Roland Lescure ou l’économiste Olivier Blanchard, une annulation de la dette entraînerait une perte de confiance des marchés. Les épargnants, les assurés (via les contrats d’assurance-vie) et les banques seraient directement impactés. L’État économiserait sur les intérêts, mais perdrait en contrepartie les profits reversés par la Banque de France, rendant l’opération globalement neutre.