« Je n’avais plus de loisir, je ne faisais pas assez de sport, avec une alimentation peu équilibrée. Je me suis épuisé rapidement. Et plusieurs fois », confie Gwénaël Nicolas. Incapable de suivre un rythme de vie soutenu, ce Choletais a été diagnostiqué bipolaire en 2022, soit vingt ans après l’apparition des premiers symptômes. Son parcours illustre les difficultés persistantes d’accès au diagnostic pour les troubles bipolaires en France, comme le rapporte Ouest France.

Ce qu'il faut retenir

  • Gwénaël Nicolas a reçu un diagnostic de trouble bipolaire en 2022, après vingt ans de symptômes non identifiés.
  • Son témoignage met en lumière les retards fréquents dans la prise en charge des troubles psychiatriques en France.
  • Depuis son diagnostic, il s’engage auprès de l’association Argos 2001 pour accompagner d’autres patients.
  • Les troubles bipolaires touchent environ 1 % de la population mondiale, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Un diagnostic tardif après deux décennies de symptômes

Gwénaël Nicolas, aujourd’hui bénévole pour l’association Argos 2001, a connu une errance médicale de près de vingt ans avant d’obtenir un diagnostic précis. Les premiers signes sont apparus peu après l’obtention de son baccalauréat, rappelle-t-il. Une fatigue chronique, des difficultés à organiser son temps et des phases d’épuisement marquaient alors son quotidien. Pourtant, aucun professionnel de santé n’a su identifier la cause de ces troubles persistants.

« Je pensais que c’était juste une question de volonté, que je devais me reposer davantage ou mieux gérer mon emploi du temps », explique-t-il. Ce n’est qu’en 2022, après une aggravation notable de ses symptômes, qu’un psychiatre pose enfin le diagnostic de trouble bipolaire. Cette pathologie, caractérisée par des alternances d’épisodes dépressifs et d’états d’hypomanie ou de manie, reste encore sous-diagnostiquée en France.

Un engagement né de l’attente interminable d’une prise en charge

Le retard diagnostique a laissé des traces. Gwénaël Nicolas évoque une « fatigue émotionnelle » persistante, fruit de vingt ans à ne pas comprendre ce qui lui arrivait. Pourtant, cette épreuve l’a aussi poussé à s’investir pour les autres. Dès son diagnostic confirmé, il a choisi de s’engager auprès de l’association Argos 2001, qui soutient les personnes atteintes de troubles bipolaires. « J’avais attendu tellement longtemps pour avoir de l’aide que c’était évident d’aider moi-même », confie-t-il.

Son parcours rejoint celui de nombreux patients en France, où le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic est estimé à huit à dix ans, selon les études épidémiologiques. Ce retard s’explique en partie par la méconnaissance des troubles bipolaires, mais aussi par la stigmatisation encore associée à la santé mentale.

Les troubles bipolaires en France : un enjeu de santé publique sous-estimé

Les troubles bipolaires concernent environ 1 % de la population mondiale, soit près de 800 000 personnes en France, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pourtant, leur prise en charge reste inégale. Les patients rencontrent souvent des difficultés à accéder à un diagnostic précoce, faute de professionnels formés ou de structures adaptées. Les délais d’attente pour une consultation en psychiatrie peuvent dépasser plusieurs mois dans certaines régions.

« La précocité du diagnostic est pourtant cruciale pour limiter l’aggravation des symptômes et améliorer la qualité de vie des patients », souligne Gwénaël Nicolas. Son témoignage s’inscrit dans un contexte où les associations militent pour une meilleure reconnaissance des troubles psychiatriques, notamment dans le cadre des politiques de santé mentale annoncées par le gouvernement.

Et maintenant ?

Le parcours de Gwénaël Nicolas pourrait inspirer d’autres patients à ne pas rester isolés face à des symptômes persistants. À l’horizon 2027, le gouvernement français prévoit de renforcer les dispositifs de santé mentale dans les territoires, avec un accent particulier sur les troubles bipolaires et dépressifs. Les associations, comme Argos 2001, devraient jouer un rôle clé dans cette dynamique, notamment via des campagnes de sensibilisation et des partenariats avec les professionnels de santé.

Santé mentale : vers une meilleure prise en charge ?

Le cas de Gwénaël Nicolas reflète une réalité partagée par de nombreux patients en France : l’errance médicale avant un diagnostic. Pourtant, des avancées sont en cours. Le Ségur de la santé, lancé en 2020, a permis de financer des postes supplémentaires en psychiatrie dans les hôpitaux publics. De même, les plateformes territoriales d’appui en santé mentale, créées en 2022, visent à faciliter l’orientation des patients vers des spécialistes.

Cependant, les délais d’attente restent un frein majeur. Pour y répondre, certaines associations prônent le développement de la télémédecine et la formation accrue des médecins généralistes à la détection des troubles bipolaires. Gwénaël Nicolas, lui, mise sur l’entraide entre patients. « On se comprend entre nous, parce qu’on a vécu les mêmes épreuves », confie-t-il.

Son engagement auprès d’Argos 2001 pourrait ainsi contribuer à briser l’isolement, tout en rappelant l’importance d’un diagnostic précoce. Une priorité, alors que les troubles bipolaires figurent parmi les principales causes d’incapacité chez les jeunes adultes, selon l’OMS.

Les troubles bipolaires se caractérisent par des alternances entre des phases dépressives (tristesse profonde, perte d’énergie) et des phases d’hypomanie ou de manie (euphorie excessive, irritabilité, réduction du besoin de sommeil). D’autres signes incluent des changements d’humeur brutaux, une impulsivité accrue ou une difficulté à se concentrer. Ces symptômes doivent alerter, surtout s’ils persistent plus de quelques semaines.

Le diagnostic est posé par un psychiatre, après un entretien approfondi et éventuellement des examens complémentaires. Il est recommandé de consulter un médecin généraliste en premier lieu, qui pourra orienter vers un spécialiste. Les associations comme Argos 2001 proposent également des ressources pour aider à identifier les symptômes et préparer la consultation.