Alors que les salles obscures accueillent en ce mois d’août deux nouveaux longs-métrages mettant en scène des dinosaures, « La Pat’ Patrouille – Mission dino » et « La Fin d’Oak Street », le genre, pourtant vieux de plus d’un siècle, peine à se renouveler malgré un engouement persistant du public. Selon Franceinfo – Culture, cette sortie simultanée pourrait bien marquer un tournant, alors que l’industrie peine à sortir de l’ombre imposante de « Jurassic Park », dont les recettes cumulées s’élèvent à 6,8 milliards de dollars.
Ce qu'il faut retenir
- Deux nouveaux films de dinosaures sortent en août 2026 : « La Pat’ Patrouille – Mission dino » (5 août) et « La Fin d’Oak Street » (12 août).
- La franchise « Jurassic Park » (1993-2022) a généré 6,8 milliards de dollars, mais le genre peine à se renouveler depuis.
- Les dinosaures, symbole ambivalent, ont d’abord été utilisés comme figures de l’inconnu ou de la menace, avant de devenir des outils de réflexion écologique.
- Le genre reste dominé par les productions américaines, malgré l’absence de protection juridique des dinosaures.
- Des réalisateurs indépendants innovent, comme Luke Sparke avec « Primitive War » (2025), mais peinent à convaincre Hollywood.
Un genre né avec le cinéma et toujours aussi populaire
Dès 1914, les dinosaures s’invitent sur les écrans avec deux approches radicalement différentes. D’un côté, « Gertie le dinosaure », un film d’animation signé Winsor McCay, présente un brontosaure attachant, presque comique, qui avale des arbres pour son goûter. De l’autre, « Brute Force » de D.W. Griffith oppose des hommes préhistoriques à des T. rex, déjà perçus comme des prédateurs effrayants. « Les dinosaures n’ont jamais été cantonnés à un seul rôle », explique Patrick Willems, critique de cinéma, qui souligne leur polyvalence dans la pop culture.
De l’inconnu à la métaphore écologique
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les dinosaures deviennent des symboles de l’inconnu ou de la menace invisible, notamment au Japon avec Godzilla, souvent associé aux conséquences de la guerre nucléaire. Leur représentation évolue ensuite vers une réflexion sur l’avenir de l’humanité. Dans « Jurassic Park », Steven Spielberg interroge directement cette idée à travers son personnage de John Hammond, entrepreneur playing Dieu, mais aussi à travers le livre de Michael Crichton, où la question centrale est : « Ils se sont éteints. Sommes-nous les prochains ? » — une interrogation qui résonne particulièrement en 2026, dans un contexte de crise climatique.
Tom Baker, créateur du site Upside Down Shark, rappelle que « le dinosaure n’est pas devenu un symbole universel comme l’Empire romain dans les péplums. Il reste un acteur à part entière, capable de s’adapter à tous les genres ». Pourtant, depuis le succès de « Jurassic Park » en 1993, le genre semble verrouillé. « On ne pouvait plus mettre en scène des dinosaures sans justifier leur présence », souligne Tom Baker.
L’héritage encombrant de « Jurassic Park » et ses copies
Le succès du film de Spielberg a en effet cadenassé le genre, à l’image de « Les Dents de la mer » qui a étouffé pendant des décennies les films de requins. Les studios se sont engouffrés dans la brèche avec des productions comme « Jurassic Reborn », « Jurassic Hunt » ou « Jurassic School », souvent sorties en moins de dix ans et rapidement oubliées. « Ces films n’ont rien à voir avec l’original, mais ils exploitent la même licence », constate Patrick Willems.
Pourtant, des alternatives existent. « Primitive War » (2025), réalisé par Luke Sparke avec un budget de moins de 10 millions de dollars, propose une approche originale : des portails spatio-temporels soviétiques déversant des dinosaures en pleine guerre du Vietnam. Une idée qui a pourtant valu à Sparke des réponses lapidaires de la part des studios : « Jurassic a l’exclusivité sur les dinosaures. Comment osez-vous imaginer un film sur eux ? »
Des dinosaures sans licence, mais un monopole de fait
Contrairement à une idée reçue, les dinosaures ne sont pas protégés par le droit d’auteur. « Les dinosaures sont dans le domaine public, mais c’est comme si la franchise Jurassic Park s’en était arrogé le monopole », déplore Patrick Willems. Luke Sparke a dû se tourner vers le financement participatif pour boucler le budget de « Dinosaurs of the Wild West », une série télévisée où des cow-boys affrontent des dinosaures, en hommage au western « La Vallée de Gwangi » (1969).
Alexis Da Costa, youtubeur spécialisé en paléontologie, explique cette domination américaine par l’histoire même des États-Unis : « Le pays s’enorgueillit d’être le berceau des dinosaures les plus célèbres, du T. rex au tricératops. Ils font partie de son folklore, au même titre que les extraterrestres. » Un attachement culturel qui explique pourquoi plus des deux tiers des quelque 150 films recensés sur l’IMDB sont américains.
Un public toujours avide, mais des défis de renouvellement
Malgré cette frilosité des studios, le public reste avide de dinosaures. « Il y a toujours un immense appétit pour ces créatures », confirme Patrick Willems, qui cite l’exemple de « L’Âge de glace 3 », où les dinosaures tenaient la vedette et qui a réalisé le meilleur score de la saga. Les premiers retours sur « La Pat’ Patrouille – Mission dino » et « La Fin d’Oak Street » laissent également présager un succès. « Cela pourrait ouvrir la porte à d’autres films en dehors de la saga Jurassic. Peut-être allons-nous enfin assister à l’âge d’or du film de dinosaure », espère le critique.
Dans « La Pat’ Patrouille – Mission dino », les héros préférés des enfants — Ryder, Chase, Marcus et Ruben — viennent en aide à des dinosaures mignons et attachants, tandis que « La Fin d’Oak Street », sorti une semaine plus tard, mise sur une ambiance horrifique avec des vélociraptors attaquant une famille américaine dans sa banlieue. Deux approches qui illustrent la dualité persistante du genre : entre divertissement familial et terreur primale.
Quant à savoir si ce regain d’intérêt marquera un véritable renouveau pour le cinéma de dinosaures, tout dépendra des choix des scénaristes et des producteurs dans les mois à venir. Une chose est certaine : le public, lui, ne semble pas prêt à tourner la page.
D’après les déclarations recueillies par Franceinfo – Culture, les studios considèrent que « Jurassic Park » détient une sorte de monopole symbolique sur les dinosaures, malgré leur statut d’œuvres tombées dans le domaine public. Luke Sparke, réalisateur de « Primitive War », a essuyé des refus systématiques en expliquant que « tout le monde à Hollywood lui répondait que Jurassic Park avait l’exclusivité sur les dinosaures ».