Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a déclaré samedi 24 mai à Ottawa que les relations entre la Chine et le Canada étaient désormais « pleinement rétablies », marquant un tournant dans leurs échanges après plusieurs années de tensions. Selon Le Figaro, cette annonce intervient lors d’une visite officielle de deux jours du chef de la diplomatie chinoise au Canada, la première d’un ministre chinois des Affaires étrangères dans ce pays depuis une décennie.
Ce qu'il faut retenir
- Wang Yi a effectué une visite officielle de deux jours au Canada, la première d’un ministre chinois des Affaires étrangères depuis dix ans.
- Les relations sino-canadiennes sont qualifiées de « pleinement rétablies », avec la reprise des consultations politiques et sécuritaires au plus haut niveau.
- Le Canada et la Chine ont convenu de relancer un dialogue de haut niveau sur la sécurité nationale et l’état de droit.
- Les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint près de 90 milliards de dollars en 2025, en hausse de 4,9 % sur un an, selon une analyse de l’Université de l’Alberta.
- Pékin a abaissé certains droits de douane sur des produits canadiens, tandis qu’Ottawa a accepté d’importer des dizaines de milliers de véhicules électriques chinois sous des droits préférentiels.
Une visite historique après une décennie d’absence
La visite de Wang Yi au Canada, qui s’est tenue les 23 et 24 mai 2026, marque un retour en force de la diplomatie chinoise dans ce pays. Le dernier déplacement d’un ministre chinois des Affaires étrangères au Canada remontait en effet à 2016, illustrant les années de tensions qui ont jalonné les relations bilatérales. Pourtant, ces derniers mois ont vu un réchauffement progressif des liens, alors que les relations d’Ottawa avec Washington se dégradaient. Cette dynamique a culminé en janvier 2026 avec une rencontre à Pékin entre le Premier ministre canadien Mark Carney et le président chinois Xi Jinping, posant les bases d’un rapprochement plus large.
Des consultations politiques et sécuritaires relancées
Lors de son entretien avec sa homologue canadienne, la ministre de la Défense Anita Anand, Wang Yi a confirmé la reprise des discussions politiques et de sécurité de haut niveau. « Les relations ont pris un nouveau cap, les échanges et la coopération dans tous les domaines ont été pleinement rétablis et les principales préoccupations économiques et commerciales des deux parties ont été correctement prises en compte », a-t-il déclaré, selon un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères. Les deux parties ont également convenu de rétablir des consultations au niveau des ministères des Affaires étrangères, ainsi qu’un dialogue dédié à la sécurité nationale et à l’état de droit.
Cette reprise des échanges institutionnels intervient dans un contexte où les tensions commerciales et diplomatiques entre les grandes puissances redéfinissent les alliances économiques mondiales. Autant dire que ce rapprochement sino-canadien s’inscrit dans une logique de diversification des partenariats pour Ottawa, alors que ses relations avec les États-Unis connaissent des turbulences récurrentes.
Un rebond commercial et des concessions mutuelles
Sur le plan économique, Pékin et Ottawa ont multiplié les gestes de bonne volonté. Dès cette année, la Chine a réduit certains droits de douane sur des produits canadiens, tandis que le Canada a accepté d’importer des dizaines de milliers de véhicules électriques chinois à des tarifs préférentiels. Ces mesures s’ajoutent aux échanges commerciaux bilatéraux, qui ont atteint près de 90 milliards de dollars en 2025, soit une progression de 4,9 % en un an. Les exportations canadiennes vers la Chine ont pour leur part bondi de 13,8 %, signe d’un rééquilibrage progressif des flux commerciaux.
Anita Anand a d’ailleurs indiqué à Wang Yi que le Canada visait une hausse de 50 % de ses exportations vers la Chine d’ici 2030. Pour y parvenir, Ottawa mise sur des secteurs porteurs comme l’agroalimentaire, les technologies vertes ou encore les minerais critiques, où la demande chinoise reste forte. Cette ambition s’inscrit dans la stratégie canadienne de réduction de sa dépendance économique envers les États-Unis, comme en témoigne la création récente d’un fonds souverain destiné à financer des projets stratégiques.
Un contexte géopolitique en mutation
Le réchauffement des relations sino-canadiennes s’inscrit dans un paysage géopolitique en pleine recomposition. Alors que les tensions entre Pékin et Washington s’accentuent sur les questions technologiques et commerciales, le Canada cherche à naviguer entre ses obligations envers ses alliés occidentaux et ses intérêts économiques. La visite de Wang Yi intervient d’ailleurs alors que Mark Carney, souvent présenté comme un « premier dirigeant occidental » à avoir résisté à la pression protectionniste de l’administration Trump, incarne cette volonté canadienne de maintenir un dialogue avec la Chine malgré les pressions américaines.
Cette stratégie de diversification des partenariats n’est pas sans risques. Les critiques au sein de la classe politique canadienne pointent régulièrement le risque de dépendance accrue à l’égard de Pékin, notamment sur les questions de sécurité nationale. Pourtant, pour le gouvernement de Justin Trudeau, le réalisme économique semble l’emporter sur les considérations idéologiques, dans un contexte où la Chine reste un partenaire commercial incontournable.
En attendant, les observateurs s’interrogent sur la capacité du Canada à maintenir un équilibre entre ses alliances traditionnelles et cette nouvelle dynamique avec Pékin. Une chose est sûre : les prochains mois seront déterminants pour évaluer la solidité de ce rapprochement, alors que les tensions commerciales et technologiques entre les grandes puissances continuent de s’aggraver.
Les échanges portent principalement sur les produits agroalimentaires, les minerais critiques, les technologies vertes et les véhicules électriques. La Chine a réduit certains droits de douane sur des produits canadiens comme le bois, le porc ou les produits laitiers, tandis que le Canada a ouvert son marché aux véhicules électriques chinois à des tarifs préférentiels.