Il y a 300 millions d’années, les forêts de la Terre abritaient des libellules atteignant 70 cm d’envergure et des mille-pattes mesurant jusqu’à 2,50 mètres. Pourtant, ces arthropodes géants ont totalement disparu, laissant place à des espèces bien plus modestes. Longtemps, les scientifiques ont attribué ce phénomène à la baisse des niveaux d’oxygène dans l’atmosphère. Mais une étude récente publiée dans la revue Nature remet en cause cette hypothèse, comme le rapporte Ouest France.

Ce qu'il faut retenir

  • Les arthropodes géants des forêts du Carbonifère pouvaient mesurer jusqu’à 70 cm pour les libellules et 2,50 m pour les mille-pattes.
  • La théorie dominante expliquait leur disparition par la baisse de la teneur en oxygène dans l’atmosphère.
  • Une étude parue dans Nature contredit cette hypothèse et propose une nouvelle explication.
  • Les chercheurs ont analysé des fossiles et des données géochimiques pour établir leurs conclusions.

Des créatures impressionnantes, disparues il y a des millions d’années

Le Carbonifère, période géologique s’étendant d’environ 359 à 299 millions d’années, a été marqué par une biodiversité exceptionnelle. Parmi ses habitants figuraient des arthropodes de taille record. Les fossiles découverts en Amérique du Nord, en Europe et en Asie témoignent de l’existence de libellules géantes du genre Meganeura, dont l’envergure atteignait 70 cm, ou encore de mille-pattes du genre Arthropleura, pouvant mesurer jusqu’à 2,50 mètres de long. « Ces dimensions restent inégalées chez les arthropodes terrestres actuels », souligne un paléontologue cité par Ouest France.

Ces géants ont pourtant disparu à la fin du Carbonifère, une époque où les niveaux d’oxygène atmosphérique étaient particulièrement élevés, dépassant 30 % contre 21 % aujourd’hui. Jusqu’à présent, les scientifiques avançaient que la baisse de cette concentration avait pu jouer un rôle clé dans leur extinction. Cependant, une équipe de chercheurs internationaux vient de publier une étude dans la revue Nature qui bouscule cette théorie.

Une nouvelle piste pour expliquer leur disparition

L’équipe de chercheurs, dirigée par des scientifiques de l’Université d’Exeter (Royaume-Uni) et de l’Université de Californie (États-Unis), a analysé des fossiles d’arthropodes ainsi que des données géochimiques sur les taux d’oxygène au cours du Carbonifère. Leurs résultats montrent que la baisse de la concentration en oxygène n’a pas été suffisante pour expliquer à elle seule l’extinction de ces géants. « Les niveaux d’oxygène sont restés élevés suffisamment longtemps pour que ces espèces aient pu s’adapter, même si une diminution progressive a eu lieu », explique le Dr Philip Mannion, co-auteur de l’étude.

Les chercheurs suggèrent plutôt que des changements environnementaux plus larges, tels que l’évolution des écosystèmes forestiers ou la concurrence avec d’autres espèces, pourraient avoir joué un rôle déterminant. « Nous devons considérer d’autres facteurs, comme la disponibilité des ressources alimentaires ou les interactions entre espèces », ajoute le Dr Mannion. Cette remise en question ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre les mécanismes ayant conduit à la disparition de ces créatures fascinantes.

Une étude qui relance le débat scientifique

Cette découverte s’inscrit dans un débat plus large sur les causes des extinctions massives passées. Jusqu’ici, la baisse des niveaux d’oxygène était considérée comme un facteur clé dans la disparition des arthropodes géants. Or, cette étude montre que le phénomène est bien plus complexe. « Nos résultats indiquent que nous devons réévaluer les hypothèses existantes et explorer d’autres pistes », précise le Dr Emma Dunne, paléontologue à l’Université de Birmingham et co-autrice de l’étude.

Les chercheurs ont également examiné les fossiles de plantes et d’animaux associés à ces arthropodes, ce qui leur a permis de reconstituer partiellement leur environnement. Selon eux, la transformation des forêts du Carbonifère, marquée par l’apparition de nouvelles espèces végétales, aurait pu réduire l’habitat disponible pour ces géants. « Autant dire que l’écosystème a changé de manière significative, ce qui a pu affecter directement ces espèces », indique le Dr Dunne.

Et maintenant ?

Les auteurs de l’étude appellent à de nouvelles recherches pour affiner ces conclusions. Ils prévoient notamment d’analyser des fossiles supplémentaires et de comparer leurs données avec celles d’autres périodes géologiques. Une meilleure compréhension de ces mécanismes pourrait également éclairer les enjeux actuels liés à la biodiversité et aux changements climatiques. Les prochaines analyses sont attendues pour 2027, date à laquelle une conférence internationale sera organisée pour discuter de ces résultats.

Si cette étude bouleverse les connaissances sur les extinctions passées, elle rappelle aussi que les écosystèmes sont fragiles et que leur évolution peut avoir des conséquences imprévues. Les arthropodes géants du Carbonifère restent un témoignage fascinant de la capacité de la vie à s’adapter — ou à disparaître face aux bouleversements environnementaux.

Selon les théories dominantes, leur disparition était attribuée à la baisse des niveaux d’oxygène. Cependant, une étude récente dans Nature remet en cause cette hypothèse et suggère que d’autres facteurs, comme les changements dans les écosystèmes ou la concurrence entre espèces, ont pu jouer un rôle plus important.