Un record judiciaire vient d’être battu en Corée du Sud. Chey Tae-won, président du géant SK Group, a été condamné à verser **566 millions d’euros** à son ex-épouse, Roh Soh-yeong, selon BFM Business. Cette somme, la plus élevée jamais attribuée dans le cadre d’un divorce en Corée du Sud, sanctionne un litige vieux de près de dix ans, mêlant enjeux financiers, questions sociétales et partage des richesses issues du travail domestique.

L’affaire, qualifiée de « divorce du siècle » par la presse locale, s’inscrit dans un contexte où l’essor fulgurant des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle a propulsé SK Group parmi les leaders mondiaux du secteur. Entre 2017 et 2026, la valorisation de SK Hynix, filiale du groupe spécialisée dans les puces mémoires, a bondi de près de **2 500 %**, passant sous les radars médiatiques à ceux des plus grandes capitalisations boursières. Ce divorce, aux ramifications économiques et familiales exceptionnelles, révèle aussi les tensions persistantes autour des rôles genrés dans une société sud-coréenne encore marquée par le patriarcat.

Ce qu'il faut retenir

  • **566 millions d’euros** : c’est la somme record à laquelle Chey Tae-won a été condamné pour solder son divorce avec Roh Soh-yeong, selon BFM Business.
  • Cette condamnation intervient après une **procédure de dix ans**, marquée par plusieurs recours et une hausse spectaculaire de la fortune de l’homme d’affaires.
  • Roh Soh-yeong a obtenu gain de cause en invoquant son rôle de mère et de gestionnaire du foyer, ainsi que le soutien politique et financier de sa famille dans les années 1990, essentiel à l’essor de SK Group.
  • En première instance, en 2022, Chey Tae-won n’avait été condamné qu’à **46 millions d’euros**, avant que la cour d’appel ne revoie ce montant à la hausse.
  • La décision n’affectera probablement pas le contrôle de SK Group par Chey Tae-won, ses avocats ayant indiqué étudier un éventuel appel.

Un empire bâti sur les semi-conducteurs, un mariage scellé entre deux dynasties

Chey Tae-won, 62 ans, dirige SK Group depuis des décennies. Ce conglomérat sud-coréen, issu de la transformation de l’ancien chaebol Sunkyung, est aujourd’hui le deuxième plus important du pays, derrière Samsung. Son ascension doit beaucoup à son secteur phare : les semi-conducteurs. SK Hynix, sa filiale spécialisée dans les puces mémoires, est devenue un acteur clé de l’industrie mondiale, notamment grâce à la demande croissante en composants pour l’intelligence artificielle. En juin 2026, la société a réalisé une levée de fonds de **26,5 milliards de dollars** à Wall Street, portant sa valorisation à plus de **1 000 milliards de dollars** à la Bourse de Séoul.

Le parcours de Chey Tae-won est indissociable de son mariage avec Roh Soh-yeong, célébré en 1988. À l’époque, cette union scellait l’alliance entre deux dynasties sud-coréennes : son père était alors le patron de Sunkyung, tandis que celui de son épouse venait d’être élu président de la République. Les deux familles, puissantes et influentes, ont joué un rôle majeur dans l’essor économique de leur pays. Pourtant, leur relation a basculé en 2015, lorsque Chey Tae-won a rendu publique une relation extraconjugale, déclenchant une procédure de divorce deux ans plus tard.

Le travail domestique reconnu comme une contribution majeure au patrimoine commun

Roh Soh-yeong, 58 ans, n’est pas une épouse anonyme. Directrice du Centre d’art Nabi à Séoul, elle a également mis en avant son rôle de mère et de gestionnaire du foyer pendant **35 ans**. Pour elle, ces responsabilités ont permis à son époux de se consacrer pleinement à la gestion de SK Group. Dans sa plaidoirie, elle a souligné que les soutiens politiques et financiers de sa propre famille, décédée depuis, avaient été déterminants dans les années 1990 pour le développement du groupe.

En 2022, la justice sud-coréenne avait déjà reconnu une partie de ces arguments en condamnant Chey Tae-won à verser **46 millions d’euros** à son ex-épouse, assortis d’une pension alimentaire de **69 000 euros par an**. Mais Roh Soh-yeong avait immédiatement fait appel, estimant que cette somme ne reflétait pas l’ampleur de ses contributions. « J’ai l’impression que toute ma vie a été complètement niée (...) alors que j’ai élevé trois enfants pendant les 34 ans de notre mariage et que j’ai aidé mon mari à la maison et ailleurs », avait-elle déclaré à l’époque, selon BFM Business.

« Roh Soh-yeong a contribué à cette augmentation par son travail au foyer, la garde des enfants, et ses activités publiques liées à SK Group. »
— Déclaration du tribunal de la Haute Cour de Séoul, le 24 juillet 2026

Une fortune multipliée par la révolution technologique, une indemnité multipliée par la justice

Entre 2017 et 2026, la fortune de Chey Tae-won a été multipliée par dix, portée par l’explosion de la demande en semi-conducteurs et en puces électroniques, essentielles au fonctionnement des logiciels d’intelligence artificielle. Cette croissance spectaculaire a profondément modifié l’équation du divorce. Le 24 juillet 2026, la cour d’appel de Séoul a finalement tranché : Chey Tae-won doit verser **566 millions d’euros** à son ex-épouse, soit **12 % de sa fortune**, une somme près de **15 fois supérieure** à celle fixée en première instance.

Pour justifier ce montant, les juges ont pris en compte non seulement la valeur actuelle des actions de SK Group, mais aussi la contribution indirecte de Roh Soh-yeong à l’essor du groupe. « Nous avons tenu compte de la forte hausse du cours de l’action de SK lors de la détermination du règlement afin d’assurer une répartition équitable des biens matrimoniaux du couple », a expliqué le tribunal. Cette décision s’inscrit dans une jurisprudence sud-coréenne de plus en plus favorable à la reconnaissance du travail domestique comme une contribution économique à part entière.

Un précédent juridique et sociétal en Corée du Sud

Cette affaire dépasse le cadre d’un simple divorce. Elle interroge la place des femmes dans une société où les rôles genrés restent très ancrés, malgré les progrès économiques. En Corée du Sud, où les femmes représentent encore une minorité des dirigeants d’entreprise, cette décision pourrait servir de référence pour d’autres contentieux similaires. Elle soulève aussi des questions sur la répartition des richesses au sein des dynasties industrielles, souvent transmises de génération en génération.

Roh Soh-yeong, désormais à la tête d’un patrimoine personnel estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, devient de facto l’une des femmes les plus riches du pays. Son avocat a refusé de commenter la décision, tandis que les avocats de Chey Tae-won ont annoncé qu’ils étudiaient la possibilité de faire appel. « Nous déciderons de faire appel ou non après avoir examiné la décision », ont-ils indiqué, sans préciser de calendrier.

Et maintenant ?

Si Chey Tae-won décide de contester cette condamnation devant la Cour suprême de Corée du Sud, la procédure pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire années. En attendant, le groupe SK Group, dont la valorisation dépend en grande partie de la confiance des investisseurs dans sa gouvernance, devrait continuer à évoluer sous la direction de son président. Une chose est sûre : cette décision judiciaire pourrait inciter d’autres conjoints à revendiquer une reconnaissance accrue de leur contribution domestique dans les divorces futurs, surtout dans les familles où l’un des époux a bâti une fortune grâce à son travail.

Ce divorce historique rappelle aussi que les fortunes industrielles, même colossales, ne sont pas à l’abri des aléas familiaux. En Corée du Sud, où les chaebols – ces conglomérats familiaux – jouent un rôle central dans l’économie, la question de la transmission et du partage des richesses reste un sujet sensible, à la croisée du droit, de l’économie et des mœurs.

La cour d’appel de Séoul a pris en compte l’augmentation spectaculaire de la fortune de Chey Tae-won, passée de quelques milliards en 2017 à plus de 5 milliards en 2026, principalement grâce à la hausse des actions de SK Hynix. Les juges ont également reconnu le rôle de Roh Soh-yeong dans la gestion du foyer et l’éducation des enfants, permettant à son époux de se consacrer à son empire industriel.

Oui, selon les observateurs. Cette affaire s’inscrit dans une tendance jurisprudentielle sud-coréenne qui reconnaît de plus en plus le travail domestique comme une contribution économique majeure. D’autres conjoints, notamment des femmes, pourraient s’en inspirer pour réclamer une meilleure répartition des biens dans le cadre de divorces.