Une influenceuse suivie par quatre millions de personnes affirmait récemment que la prise de Doliprane pendant la grossesse pouvait « féminiser » les garçons à naître. Selon Franceinfo - Santé, cette affirmation, relayée massivement sur les réseaux sociaux, repose sur une mauvaise interprétation d’études scientifiques et s’inscrit dans un contexte de recrudescence des discours masculinistes en ligne.
Ce qu'il faut retenir
- Le paracétamol (Doliprane) ne « féminise » pas les garçons : aucune étude ne démontre un lien entre sa consommation et l’orientation sexuelle ou des traits comportementaux comme la « maniérisme ».
- Plusieurs travaux évoquent un possible risque accru d’anomalies génitales (comme la cryptorchidie) chez les fœtus masculins, mais sans établir de causalité directe.
- Une méta-analyse de 2017 n’a trouvé aucun lien significatif entre paracétamol et anomalies génitales, soulignant la faiblesse des preuves disponibles.
- Les agences de santé mainiennent que le Doliprane reste sans danger pendant la grossesse, mais recommandent une utilisation encadrée par un professionnel de santé.
- La rumeur s’inscrit dans un débat plus large sur les perturbateurs endocriniens et les craintes liées aux médicaments pendant la grossesse.
Une rumeur relancée par une influenceuse
Depuis un mois, des vidéos circulent sur TikTok où des hommes, parfois en adoptant une posture maniérée, demandent à leur mère si elles ont pris du Doliprane pendant leur grossesse. La réponse positive est ensuite présentée comme une explication à leur orientation sexuelle ou à leur comportement. Cette idée a été popularisée par une influenceuse, Maeva Ghennam, qui affirmait dans une vidéo republiée par des internautes : « Apparemment, ils ne veulent pas le dire mais dans des pays ils le disent et c’est ma gynéco qui me l’a dit : le Doliprane, si vous avez un garçon, il y a des études comme quoi ça féminise ».
Cette affirmation a suscité une polémique et a fait l’objet de plusieurs vérifications par des médias spécialisés dans le fact-checking, comme les Surligneurs, 20 Minutes ou les Vérificateurs de TF1. Aucun de ces organismes n’a trouvé de fondement scientifique à cette assertion. Le paracétamol n’a jamais été associé à une modification de l’orientation sexuelle ou de traits comportementaux chez les hommes.
Des études évoquent des risques d’anomalies génitales, mais sans preuve de causalité
La rumeur trouve son origine dans des travaux suggérant que le paracétamol pourrait agir comme un perturbateur endocrinien. Une étude menée sur des femmes danoises et finlandaises a mis en évidence une association possible entre la prise de paracétamol pendant la grossesse et un risque accru de cryptorchidie — un trouble caractérisé par l’absence de descente d’un ou des deux testicules dans le scrotum. Une autre étude française évoque également une possible réduction de la distance entre l’anus et le sexe chez les garçons, ainsi qu’une diminution du nombre de cellules ovariennes chez les fœtus féminins.
Ces résultats, bien que préoccupants, ne permettent pas d’établir un lien de causalité. Comme le souligne Franceinfo - Santé, ils révèlent simplement une « association » entre la prise de paracétamol et ces anomalies, sans prouver que le médicament en est la cause directe. Les facteurs environnementaux, génétiques ou liés au mode de vie de la mère pourraient tout aussi bien jouer un rôle.
Des conclusions scientifiques contradictoires
En 2017, une méta-analyse — considérée comme l’étalon-or en matière de preuves scientifiques — a passé en revue 350 études avant d’en retenir dix pour son analyse. Ses auteurs ont conclu : « Nous n’avons trouvé que de faibles preuves d’une association entre la consommation d’un analgésique et le risque de cryptorchidie. » Ils ont également souligné l’absence de lien clair entre la dose de paracétamol et le risque d’anomalie, ainsi que l’absence d’effet lié au moment de la prise pendant la grossesse.
Cette méta-analyse met en lumière la difficulté à isoler l’impact du paracétamol parmi tous les autres facteurs pouvant influencer le développement du fœtus. Les effets du médicament restent donc difficiles à évaluer avec précision. Pour autant, les agences sanitaires, comme l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en France, considèrent que le paracétamol reste le traitement antalgique de choix pendant la grossesse, à condition de respecter les posologies prescrites.
Un débat encadré par les autorités sanitaires
Malgré les incertitudes scientifiques, la prudence reste de mise. En 2023, une tribune signée par plusieurs dizaines de chercheurs appelait à une consommation raisonnée du paracétamol pendant la grossesse, en l’absence de consensus scientifique. Ces experts recommandent de ne prendre ce médicament qu’en cas de nécessité absolue et sous contrôle médical. Le paracétamol, comme tout médicament, n’est pas dénué de risques potentiels, même si ceux-ci ne sont pas encore clairement établis.
Les autorités sanitaires, dont l’ANSM, rappellent que le paracétamol reste le seul antalgique et antipyrétique recommandé pendant la grossesse, en raison de son profil de sécurité bien documenté comparé à d’autres molécules. Elles insistent cependant sur la nécessité de consulter un professionnel de santé avant toute prise, afin d’évaluer le rapport bénéfice/risque pour la mère et l’enfant.
Cette polémique illustre aussi les défis posés par la désinformation sur les réseaux sociaux, où des affirmations non étayées peuvent se propager rapidement et influencer les comportements. Les plateformes comme TikTok sont désormais appelées à jouer un rôle plus actif dans la modération des contenus viraux, notamment lorsqu’ils concernent des sujets de santé publique.
Oui, le paracétamol (Doliprane) reste le traitement antalgique et antipyrétique recommandé pendant la grossesse par les autorités sanitaires, dont l’ANSM. Il est considéré comme sûr s’il est utilisé aux doses prescrites et sur une courte durée. En revanche, il est impératif de consulter un professionnel de santé avant toute prise, afin d’évaluer le rapport bénéfice/risque.
La cryptorchidie est une anomalie congénitale caractérisée par l’absence de descente d’un ou des deux testicules dans le scrotum. Elle touche environ 3 % des nouveau-nés à terme et jusqu’à 30 % des prématurés. Dans la plupart des cas, elle se résout spontanément dans les premiers mois de vie, mais une intervention chirurgicale peut être nécessaire si elle persiste.