L’administration Trump pousse pour l’émission d’un billet de 250 dollars à l’effigie de Donald Trump, une initiative inédite depuis plus d’un siècle et demi pour une personne vivante, comme le rapporte BFM Business en s’appuyant sur une enquête du Washington Post. Ce projet s’inscrit dans une volonté plus large de marquer durablement l’histoire américaine de l’empreinte du 45e président des États-Unis, suscitant des débats sur l’opportunité d’un culte de la personnalité.

Ce qu'il faut retenir

  • Un billet de 250 dollars à l’effigie de Donald Trump est envisagé, malgré une interdiction légale datant de 1866.
  • Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à associer Trump à des symboles nationaux, comme le 250e anniversaire de la fondation des États-Unis en 2026.
  • Le projet a été porté par le Trésorier des États-Unis, Brandon Beach, et son conseiller Mike Brown, selon des sources anonymes du Bureau de la gravure et de l’impression (BEP).
  • La directrice du BEP, Patricia Solimene, a été limogée fin avril après avoir soulevé des obstacles juridiques et estimé que le projet nécessiterait des années.
  • Un projet de loi visant à lever l’interdiction a été présenté au Congrès en 2025, mais n’a pas abouti.

Un précédent interdit depuis 1866

Depuis 160 ans, la loi américaine interdit formellement la représentation d’une personne vivante sur les billets de banque. La dernière exception remonte à 1866, lorsqu’un haut fonctionnaire du Trésor, de niveau intermédiaire, avait figuré sur un billet de 5 cents. Pourtant, l’administration Trump semble déterminée à contourner cette règle pour célébrer le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis en 2026. Un projet de loi en ce sens avait été déposé au Congrès en 2025, mais il est resté sans suite, rapporte BFM Business.

Les symboles nationaux comme les bâtiments, les drapeaux ou les devises sont depuis des décennies le terrain privilégié de cette stratégie de légitimation. Le projet de billet s’inscrit dans cette logique, avec une dimension supplémentaire : intégrer les couleurs du drapeau américain et un logo commémoratif, selon les propositions validées par Trump lui-même, précise le Washington Post. Le peintre britannique Iain Alexander, chargé du design, a confirmé avoir reçu l’approbation du président pour ces éléments.

Une pression politique exercée sur les institutions

Les pressions exercées par l’administration Trump sur le Bureau de la gravure et de l’impression (BEP), l’agence fédérale chargée de produire les billets, sont désormais documentées. Des employés actuels et anciens ont révélé au Washington Post avoir reçu des ordres répétés de la part de hauts responsables du ministère du Trésor, notamment le Trésorier des États-Unis, Brandon Beach, et son conseiller Mike Brown. Ces directives visaient à accélérer le processus, malgré les obstacles juridiques évidents.

La résistance interne a cependant été significative. Patricia Solimene, directrice du BEP, a tenté de bloquer le projet en soulignant son illégalité et en estimant qu’il faudrait des années pour le mener à bien. Dans un message adressé à son équipe après son limogeage fin avril, elle a écrit : « Ici s’arrête la responsabilité ». Une phrase qui résume à elle seule les tensions entre l’exécutif et les gardiens des règles administratives, indique BFM Business.

Un premier pas déjà franchi avec les billets de 100 dollars

Avant même ce projet, l’administration Trump avait déjà marqué les billets de banque de son empreinte. Depuis 1861, seuls figuraient sur les dollars la signature du ministre des Finances et celle du trésorier. En mars 2026, Patricia Solimene avait dû autoriser la signature de Donald Trump sur les futurs billets de 100 dollars, une première pour un président en exercice. Une mesure qui avait suscité des critiques, certains y voyant une personnalisation excessive des institutions.

Cette initiative s’ajoute à une série de décisions symboliques visant à ancrer la présidence Trump dans l’histoire américaine. Des bâtiments fédéraux portent déjà son nom, et des projets de monuments ou de plaques commémoratives sont régulièrement évoqués. Pourtant, la question se pose : jusqu’où peut-on aller dans la personnalisation des symboles nationaux sans franchir une ligne rouge ?

Et maintenant ?

Le projet de billet de 250 dollars reste en suspens, malgré les pressions exercées. Aucune date n’a été fixée pour son émission éventuelle, et le Congrès devra trancher sur la levée de l’interdiction légale. Une décision pourrait intervenir d’ici la fin de l’année, à l’approche des célébrations du 250e anniversaire. En attendant, le limogeage de Patricia Solimene envoie un signal clair : les résistances internes ne seront pas tolérées si elles s’opposent aux volontés de l’exécutif.

Des enjeux plus larges : symboles et pouvoir

Cette affaire dépasse le simple cadre d’un billet de banque. Elle interroge la frontière entre célébration historique et culte de la personnalité, un débat récurrent dans les régimes démocratiques. Les États-Unis, qui ont longtemps évité de mêler les symboles de l’État à une figure politique unique, se trouvent aujourd’hui à un carrefour. Faut-il y voir une évolution normale de la communication politique ou un glissement vers une personnalisation excessive du pouvoir ?

Dans un contexte où les tensions politiques restent vives, cette initiative pourrait alimenter les critiques sur l’utilisation des symboles nationaux à des fins partisanes. Elle pose aussi la question de l’indépendance des institutions face aux pressions politiques, un sujet qui dépasse largement le cas américain et touche de nombreux pays.

Pour l’instant, le projet reste au stade des discussions internes. Mais son simple existence révèle une volonté de marquer l’histoire à son image, quitte à bousculer les traditions. Reste à savoir si le Congrès, la société américaine et l’opinion publique y seront favorables.

Cette règle a été instaurée pour éviter toute forme de culte de la personnalité sur les billets de banque, considérés comme un symbole de l’État et non d’un individu. Historiquement, les États-Unis ont toujours cherché à dissocier les institutions de l’image d’un dirigeant, même après son mandat.