Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, le réseau Starlink, déployé par l’entreprise américaine SpaceX, représente un atout stratégique majeur pour les forces ukrainiennes. Selon Numerama, ce système permet à Kiev de maintenir ses communications militaires et d’exploiter des armements de précision, malgré les tentatives de Moscou pour le neutraliser. Dernièrement, des drones ukrainiens ont ciblé et détruit au moins deux systèmes russes conçus pour brouiller les signaux de Starlink, comme l’a révélé l’expert militaire ukrainien Serhiy Beskrestnov.
Ce qu'il faut retenir
- Les drones ukrainiens ont détruit au moins deux systèmes russes de brouillage Starlink dans le sud du pays début juin 2026.
- Ces systèmes, appelés Volna Kupol Garant, coûtent environ 1,3 million d’euros l’unité et nécessitent six remorques pour être déployés.
- Chaque appareil utilise huit paraboles pour saturer les fréquences de Starlink (14 à 14,5 GHz) et rendre les satellites temporairement « sourds ».
- L’Ukraine a pu les neutraliser grâce à une intensification de ses frappes sur les lignes logistiques russes.
Un système russe coûteux et vulnérable
Pour contrer l’avantage technologique ukrainien, Moscou a investi dans des équipements de brouillage sophistiqués, comme le Volna Kupol Garant, développé par l’entreprise Russian Kupol, basée en Crimée occupée. Selon Numerama, ce complexe repose sur huit paraboles dissimulées sous des coques en forme d’œufs, chacune ciblant un canal de fréquence spécifique utilisé par Starlink. « Chaque antenne sature l’un des huit canaux de la bande de fréquence (14 à 14,5 GHz) avec de puissantes interférences », explique Serhiy Beskrestnov. Résultat : le satellite devient temporairement inutilisable, le temps que les interférences cessent.
Cependant, cette puissance a un prix. Le Volna Kupol Garant, dont le coût unitaire avoisine les 1,3 million d’euros, présente des faiblesses majeures. « C’est un colosse aux pieds d’argile », souligne Beskrestnov. Son déploiement nécessite six remorques et une alimentation électrique importante, ce qui le rend peu discret et donc vulnérable aux attaques. Une aubaine pour l’Ukraine, qui a intensifié ses frappes sur les lignes d’approvisionnement russes ces dernières semaines.
Une victoire tactique pour l’Ukraine
Mi-juin 2026, le Service de sécurité ukrainien (SBU) et le 422e bataillon de drones ont repéré et détruit au moins deux de ces systèmes dans le sud du pays. Une opération menée avec des drones, comme en témoignent des vidéos partagées sur les réseaux sociaux. L’une d’elles, publiée par le compte @front_ukrainian (près de 350 000 abonnés sur X), montre les drones ukrainiens s’attaquer aux remorques transportant les paraboles, avant que d’autres appareils ne filment les dégâts depuis les airs. « Le 422e régiment de systèmes sans pilote de la 17e corps d’armée et le Centre des opérations spéciales « A » du SBU ont détruit une station russe de guerre électronique dans la direction sud », précise le message accompagnant la vidéo.
Pour Serhiy Beskrestnov, cette victoire illustre l’asymétrie des coûts entre les deux camps. « Ces messieurs de chez Russian Kupol ont réussi à vendre ces produits à l’armée au prix de 1,3 million d’euros l’unité. C’est tout simplement un conte de fées », déclare-t-il. L’expert rappelle que, face à la constellation de milliers de satellites Starlink en orbite, les brouilleurs terrestres russes restent limités en portée et en efficacité. Leur destruction, à moindre coût pour Kiev, renforce ainsi l’avantage technologique ukrainien.
Un enjeu stratégique dans le conflit
L’utilisation de Starlink par l’Ukraine a déjà joué un rôle clé dans plusieurs phases du conflit. Dès le début de l’invasion, le réseau a permis de maintenir les communications malgré les cyberattaques et les bombardements russes. Plus tôt en 2026, les restrictions imposées par SpaceX pour limiter l’usage militaire de Starlink ont même contribué à lancer une contre-offensive ukrainienne. Ces tentatives russes de brouillage s’inscrivent donc dans une stratégie globale visant à réduire cet avantage.
Pour Moscou, le déploiement de systèmes comme le Volna Kupol Garant était une réponse coûteuse, mais nécessaire. Cependant, leur destruction récente montre que ces équipements, malgré leur prix élevé, restent vulnérables aux frappes ukrainiennes. « Ces systèmes sont une cible de choix, autant par leur coût que par leur manque de discrétion », note Beskrestnov. Leur perte pourrait donc fragiliser la capacité russe à contrer les communications ukrainiennes.
Reste à voir si l’Ukraine parviendra à exploiter pleinement cette brèche. Une chose est sûre : le conflit technologique entre les deux camps s’intensifie, avec des enjeux qui dépassent largement le champ de bataille ukrainien.