Le Tribunal de commerce d’Orléans a acté, le 1er juin 2026, l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire pour l’entreprise Duralex, marquant ainsi sa cinquième entrée en redressement en vingt ans. Cette décision intervient alors que la verrerie, spécialisée dans la fabrication de verres incassables, affichait une croissance de 7 % de son chiffre d’affaires au 31 décembre 2025, selon Capital.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Tribunal de commerce a ouvert un redressement judiciaire pour Duralex le 1er juin 2026, avec une période d’observation de six mois.
  • L’entreprise, malgré une croissance de 7 % de son chiffre d’affaires en 2025, souffre d’une forte hausse des stocks et d’un point d’équilibre à 36 millions d’euros, alors que son CA était de 32 millions en 2025.
  • Duralex a bénéficié en juillet 2024 d’un repreneur coopératif (Scop), soutenu par des fonds publics, dont une garantie bancaire de 3 millions d’euros.
  • En novembre 2025, une levée de fonds de 5 millions d’euros a été organisée, recueillant 15 millions d’euros de promesses en 24 heures auprès de 21 000 souscripteurs.
  • Les investisseurs ayant souscrit des titres participatifs risquent de perdre tout ou partie de leur mise, ces créances étant gelées pendant la procédure.

Pour Eric Gaftarnik, associé fondateur du cabinet GWL Avocats, cette situation illustre un problème structurel au sein de l’entreprise. « Ce qui montre bien que le problème est structurel », a-t-il souligné. Malgré des indicateurs financiers en apparence solides, Duralex a été placée en cessation de paiement, incapable d’honorer ses obligations envers ses salariés et ses fournisseurs. La hausse des coûts des matières premières et de l’énergie, couplée à des ruptures de stocks sur des produits emblématiques, a précipité la décision.

En 2025, le chiffre d’affaires de Duralex s’élevait à 32 millions d’euros, tandis que son point d’équilibre était estimé à 36 millions. Le résultat net cumulé entre 2018 et 2024 atteignait quant à lui 64 millions d’euros. Pourtant, ces chiffres ne reflètent pas la réalité de la trésorerie, fortement affectée par des stocks élevés en janvier et février 2026. « On peut vendre plus et manquer de liquidités en même temps, c’est assez fréquent », a rappelé l’avocat.

La gouvernance de l’entreprise a également été fragilisée par le départ en avril 2026 de François Marciano, directeur général, et de son fils, directeur financier. Une instabilité qui s’ajoute aux défis opérationnels et financiers déjà présents. Duralex, autrefois fleuron industriel français, traverse ainsi une crise multidimensionnelle, où se mêlent problèmes de production, de gestion et de rentabilité.

Une reprise coopérative sous perfusion publique

En juillet 2024, Duralex a été reprise sous forme de Société coopérative et participative (Scop) par ses salariés. Une opération largement soutenue par des fonds publics : Orléans Métropole a cédé les murs de l’usine à la Scop, tout en lui accordant un crédit-bail de quinze ans et une garantie bancaire publique de 3 millions d’euros. « L’opération sera difficile à déboucler, car ces actifs valent apparemment moins que prévu une fois pris en compte la dépollution et le désamiantage », a analysé Eric Gaftarnik.

Les salariés sont devenus des salariés-associés, investissant entre 500 et 2 000 euros chacun pour acquérir des parts sociales de la Scop lors de sa création le 1er août 2024. Environ 60 % de l’effectif ont participé à cette levée de fonds interne, motivés avant tout par la préservation de leurs emplois. « On peut comprendre que beaucoup d’entre eux aient choisi de participer pour sauver leur emploi, sans toujours s’assurer de la viabilité du projet », a précisé l’avocat.

Une levée de fonds record, mais des promesses non tenues

Pour moderniser son outil de production, Duralex a lancé en novembre 2025 une levée de fonds en ligne sur la plateforme Lita. Objectif affiché : 5 millions d’euros. Contre toute attente, la collecte a dépassé les espérances avec 15 millions d’euros de promesses en seulement 24 heures, réunies auprès de plus de 21 000 souscripteurs. Le ticket moyen s’élevait à 910 euros, et l’entreprise promettait une rémunération annuelle de 8 % aux investisseurs, sous forme de titres participatifs – des quasi-fonds propres très subordonnés.

Avec l’ouverture du redressement judiciaire, ces créances sont désormais gelées pendant toute la durée de la procédure. Leur sort dépendra du plan arrêté par le tribunal. « Ces porteurs sont quasiment en bout de file, servis après les créanciers privilégiés et la plupart des autres, d’où un risque important de perte totale ou partielle », a averti Éric Gaftarnik. Seul avantage pour eux : la réduction d’impôt de 18 % sur leur mise initiale reste acquise, même en cas de perte.

Un avenir incertain pour 226 emplois et un patrimoine industriel

La situation de Duralex soulève des questions sur la pérennité des 226 emplois encore en poste, ainsi que sur le devenir de son site historique d’Orléans. Le redressement judiciaire, avec sa période d’observation de six mois, laisse entrevoir deux scénarios possibles : un plan de continuation permettant à l’entreprise de se restructurer, ou un plan de cession aboutissant à la vente de tout ou partie de ses actifs. Plusieurs candidats à la reprise s’étaient déjà manifestés avant cette procédure, mais leur engagement reste désormais conditionné par les conclusions du tribunal.

Les actifs de Duralex, notamment le site industriel, pourraient voir leur valeur réévaluée à la baisse en raison des coûts de dépollution et de désamiantage, rendant toute reprise moins attractive. « Les actifs valent apparemment moins que prévu », a confirmé Eric Gaftarnik. Cette dépréciation potentielle complique encore davantage la recherche d’un repreneur viable, capable d’assurer la pérennité de l’entreprise et de ses emplois.

Et maintenant ?

La période d’observation de six mois, ouverte le 1er juin, doit permettre au tribunal de commerce d’évaluer les chances de redressement de Duralex. D’ici fin 2026, une décision devrait être rendue sur l’avenir de l’entreprise : continuation sous une nouvelle forme juridique, cession partielle ou totale, ou liquidation. Dans l’immédiat, les salariés, les fournisseurs et les investisseurs devront attendre les orientations du tribunal pour connaître l’ampleur des pertes potentielles. Quant aux créanciers, leur remboursement dépendra de la solidité du plan retenu.

Cette nouvelle crise chez Duralex interroge plus largement sur la capacité des entreprises industrielles françaises à surmonter des cycles de difficultés récurrents, malgré des levées de fonds exceptionnelles et des soutiens publics. L’histoire récente de la verrerie rappelle que la croissance du chiffre d’affaires ne suffit pas à garantir la pérennité d’une entreprise, surtout lorsque les coûts structurels et les dettes s’accumulent.

Le tribunal de commerce a pour mission de superviser la procédure de redressement judiciaire, d’évaluer la situation financière de l’entreprise et d’approuver un plan de continuation ou de cession. Il peut également nommer un administrateur judiciaire pour piloter la restructuration.

Les titres participatifs, bien que considérés comme des quasi-fonds propres, sont des créances subordonnées. En cas de redressement judiciaire, ils sont remboursés après les créanciers privilégiés. Les investisseurs risquent donc de perdre tout ou partie de leur mise, sauf si le plan de redressement prévoit un remboursement partiel.